Justine Arnal - Rêve d'une pomme acide
Publié le 10 Mai 2026
Il faut tant de temps pour voir l’enfermement de la famille. Comment le corps s’est habitué à la cellule.
Et tout ce que l’on est prêt à faire et supporter pour ne pas en sortir.
Un draïm vum e süüre Äpfel
Une famille. Deux clans. Les Alsaciens et les Lorrains. Les femmes et les hommes.
Chez les femmes, le règne des larmes. Chez les hommes, le règne des chiffres.
Les hommes comptent et les femmes ne croient plus aux contes.
Et dans cette famille, l’une des filles observe, comprend puis retranscrit la vie de ses parents, Elisabeth Witz et Eric Richard.
Elle livre le récit des larmes féminines et des comptes masculins avec au centre, en pivot, la date d’un drame : le 22 avril :
« Un saut sur le tapis de lentilles d’eau,
des encyclies,
et le silence ».
Et c’est aussi ça le drame : le silence. Des larmes, un drame, des chiffres et finalement aucun véritable mot dans cette famille. Juste un langage taiseux.
Alors, la narratrice comble le vide, raconte le creux, épuise le silence en racontant. Elle met enfin des mots sur cette famille. Une langue qui oblitère le silence. Elle utilise aussi dans le corps du texte l’alsacien, langue de sa famille maternelle, langue utilisée quand le silence n’était plus de mise ou, du moins, langue qui permettait de cacher ce qui était tu, à renfort de proverbes, de chants ou de contes.
L’autrice livre une langue qui relie cette famille, leur (re)donne une substance, un corps.
Et cette comptine en fin d’ouvrage qui acte la fin de l’enfance, qui acte ce que la vie n’est pas : un rêve ou alors celui où les pommes croquées à pleines dents sont terriblement acides…
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