imaginaire

Publié le 25 Mai 2026

Margaret Atwood - La servante écarlate

Sous Son Œil

Classé dans les romans dystopiques, on peine aujourd’hui à lire ce célèbre roman autrement que comme un avertissement très proche. À l’heure où Donald Trump règne aux Etats-Unis, où de nombreux pays se radicalisent, où l’on envoie en France des lettres pour un « réarmement démographique », on ne peut pas lire ce livre sans effroi. C’est d’autant plus effroyable que Margaret Atwood s’était fixé une règle : « je n’inclurais rien que l’humanité n’ait pas déjà fait ailleurs ou à une autre époque, ou pour lequel la technologie n’existerait pas déjà ».

Déjà célèbre à sa sortie en 1985, La servante écarlate a bénéficié d’une nouvelle mise en lumière grâce à la série commencée en 2017, où Elisabeth Moss incarne Defred /Offred. J’ai d’ailleurs le souvenir de l’avoir regardée enceinte de ma dernière. La première saison est très fidèle au livre (les autres saisons vont au-delà du livre).

Pour celleux qui ne connaissent pas l’histoire, on suit la vie de Defred, une servante dans le régime de Galaad (ou Gilead) situé aux Etats-Unis. Galaad est un régime totalitaire, patriarcal et profondément religieux, né dans un contexte de baisse de la fertilité en lien avec le désastre écologique. Même quand une femme tombe enceinte, il n’est pas assuré que l’enfant soit en bonne santé. Defred, propriété du Commandant et de sa femme, est là pour assurer la descendance. Tous les mois, lors de Cérémonies très ritualisées, elle est violée. En dehors de ce rôle reproducteur, Defred n’a aucune existence si ce n’est faire des courses sous la surveillance d’une autre servante. C’est ainsi qu’elle fait la connaissance de Deglen qui aura une importance dans le récit. Defred se remémore sa vie avant Galaad, avec son mari Luke, sa petite fille qu’elle imagine morte et sa meilleure amie Moira. Des flash-backs nous permettent aussi de voir la transition entre le régime démocratique et le régime totalitaire quand Defred est en formation avec Tante Lydia.

Dans le récit, le Commandant commence à briser des interdits avec Defred en lui proposant notamment de le rejoindre le soir pour jouer au Scrabble. Du côté des opprimés, la résistance s’organise…

Il y a beaucoup, beaucoup de choses à dire sur ce roman : la répartition par castes des femmes, l’existence des Colonies où l’ont traite les déchets radioactifs jusqu’à ce que mort s’en suive, l’existence du mur où l’on pend les traitres (Margaret Atwood a commencé l’écriture du roman en 1984 à Berlin-Ouest avec son mur pour horizon), la complicité des opprimées (Serena Joy, la femme du Commandant est une ancienne star de la TV religieuse… elle me fait penser à toutes ces tradwives que l’on voit aujourd’hui sur les réseaux sociaux), l’hypocrisie du régime religieux qui cache de la prostitution chez les « Jézabels ».

La force du roman réside dans cette règle de la vraisemblance que l’autrice s’était fixée. Nous ne sommes plus dans un roman dystopique mais dans un roman qui rassemble ce qui a été et ce qui sera si nous ne faisons pas attention. Il est d’ailleurs à noter que le roman se conclut par des Notes historiques où un historien, James Darcy Pieixoto, raconte la découverte en 2195 du journal enregistré de Defred. Nous savons que le régime de Galaad est tombé mais le rôle de l’historien est de montrer ce qui a été et peut donc là encore advenir.

« Nolite te bastardes carborundorum » (« Ne laisse pas les salauds t’écraser ») disait la précédente servante du Commandant dans ce faux latin…

Traduit de l’anglais par Michèle Albaret-Maatsch.

 

 

Les classiques c'est fantastique - saison 6 - mai 2026

Les classiques c'est fantastique - saison 6 - mai 2026

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Publié le 24 Mars 2025

Jacqueline Harpman - Moi qui n'ai pas connu les hommes

Pendant très longtemps les journées se sont déroulées de façon exactement semblable, puis je le suis mise à penser et tout à changé

Le sens d’une vie 

Quarante femmes sont enfermées dans une cave. Elles sont surveillées H24 par des geôliers. Nous ne savons pas depuis combien de temps elles sont ici, nous ne savons pas pourquoi et soyons clairs dès le départ, nous ne saurons jamais rien.

La Petite est l’une de ces quarante femmes. Elle est jeune, sans doute adolescente et, contrairement à ses autres camarades de détention, elle semble n’avoir jamais connu le monde d’avant. Elle est ainsi en décalage par rapport aux autres au sujet des sentiments, des choses de la vie. Pourtant, bien qu’ignorante du monde extérieur, elle a une soif d’apprendre.

Un jour, alors que les détenues s’apprêtent à prendre leur repas, une énorme sonnerie retentit. Les geôliers disparaissent, la clé dans la serrure. C’est alors le début d’une remontée vers le monde d’avant qui a bien changé.

Quelle belle lecture que ce roman de l’autrice belge Jacqueline Harpman (1929-2012) ! Si le roman se classe en SF, j’y vois plutôt un roman d’apprentissage, de quête philosophique.

À travers la Petite et sa soif inextinguible de connaissances, d’autonomie, d’indépendance, nous abordons un sujet important : qu’est-ce qui donne un sens à une vie ? Que vaut une vie sans but ? Là où certains se tournent vers la religion pour trouver des réponses, la Petite estime que le sel de sa vie est d’apprendre et de transmettre… même s’il n’y a personne à qui transmettre. S’interroger la rend libre même dans une solitude qui emprisonne. L’acte de créer, de penser compte ainsi davantage que sa réception.

Enfin, ce qui se forge dans la Petite au fil du temps passé avec ses compagnes de fortune, c’est le sentiment, le besoin de dignité. La dignité fait l’humanité tout comme la création. C’est sans aucun doute à méditer.

Jacqueline Harpman - Moi qui n'ai pas connu les hommes

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