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Publié le 1 Avril 2026

Richard Adams, James Sturm et Joe Sutphin - Watership Down

Le coup du lapin

Hazel et son frère Fyveer vivent dans une garenne très hiérarchisée, dirigée avec une grande fermeté par le Maître. Un jour, Fyveer a une vision horrible : du sang partout. Il en est sûr, c’est un présage funeste pour toute la communauté. Pas pris au sérieux par le Maître, ils décident de partir de la garenne et parviennent à rallier d’autres lapins avec eux. Ils vont ainsi voyager, au péril de leur vie, dans l’espoir de fonder un nouveau foyer.

Je n’ai jamais lu le roman de Richard Adams donc je ne sais pas si cette BD est une adaptation fidèle mais j’ai beaucoup aimé entrer dans l’histoire de ces lapins qui permet de mettre en lumière des aspects de notre société humaine : la dictature, la désobéissance civile, la liberté, la solidarité, la violence et la trahison.

Pour autant, nous n’avons pas affaire à un récit véritablement anthropomorphique puisque que chaque lapin a sa personnalité propre de lapin, avec sa propre culture, son propre mode de pensée, des comportements typiques de ces animaux. Ils ne connaissent d’ailleurs pas grand-chose des hommes hormis qu’il faut s’en méfier et ils ont également un rapport au temps différent. Enfin, ces lapins ont leur propre langue retranscrite en partie dans le texte : farfaler, hourda, kataklop.

Le dessin est très beau, coloré, capable de retranscrire un côté enfantin tout comme retranscrire la force des violences subies. Une bien belle découverte. La BD fournit également une carte et un lexique du vocabulaire des lapins.

Richard Adams, James Sturm et Joe Sutphin - Watership Down
Richard Adams, James Sturm et Joe Sutphin - Watership Down

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Publié le 4 Février 2026

Séverine Vidal et Nina Ramsey - Nepka

Grande ourse et petite ourse

Un très gros coup de cœur pour cette BD découverte grâce à Moka Milla.

Sur l’île d’Hokkaido, dans ce Japon ancien, nous suivons la vie d’un village de la communauté autochtone aïnoue. Des chasseurs récupèrent le bébé d’une ourse tuée. Selon la tradition, cet ourson doit vivre au sein du village avant d’être offert ensuite en sacrifice à l’âge adulte afin que son esprit devienne bienfaisant pour toute la communauté. La jeune Nepka s’attache à celle qu’elle finit par considérer comme une sœur et refuse le sort promis ce qui aboutit à un événement dramatique et à un exil.

Pendant quatre saisons, on suit Nepka dans un voyage initiatique aussi violent que magnifique parce qu’il oblige à faire ressortir d’elle. Plongée dans un monde onirique et pourtant effrayant, Nepka longtemps prise dans un conflit de loyautés, finit par se libérer et trouver sa propre voie.

Si cette BD est magnifique par l’histoire qui nous est contée par Séverine Vidal – ce lien à la nature, au vivant mais aussi le poids des traditions et de la transmission – elle l’est tout autant pour ses splendides illustrations de Nina Ramsey. Le lecteur navigue dans différentes gammes de couleurs : des bleus turquoises, des verts profonds, des orangés… Ces couleurs marquent les saisons que traversent Nepka, invitent à la méditation, à la contemplation. Les traits précis mais légers ainsi que les pastels apportent une très grande douceur dans ce récit pourtant marqué par la violence mais laissant sa part au rêve.

J’ai beaucoup aimé découvrir cette communauté aïnoue plutôt méconnue en France et qui compte aujourd’hui seulement quelques milliers de représentants en Russie et dans le nord du Japon.

Je ne peux que vous inviter à découvrir ce petit bijou qu’on rapproche souvent de Miyazaki mais je trouve dommage de le réduire à cette filiation (pas fausse mais pas totalement vraie non plus) car, comme Nepka, cette BD mérite de voler de ses propres ailes…

Séverine Vidal et Nina Ramsey - Nepka
Séverine Vidal et Nina Ramsey - Nepka
Séverine Vidal et Nina Ramsey - Nepka
Séverine Vidal et Nina Ramsey - Nepka
Séverine Vidal et Nina Ramsey - Nepka

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Publié le 21 Janvier 2026

Jean-Paul Krassinsky et Bérangère Cournut - De pierre et d’os

Inukshuk

Lors d’une nuit glaciale, la banquise se fracture, séparant la jeune Uqsuralik de sa famille. Son père a juste le temps de lui lancer un harpon et une peau d’ours avant de lui dire adieu. Uqsuralik débute un long périple de survie dans ce monde hostile où elle peut cependant compter sur ses qualités de chasseuse et sur ses chiens qu’elle retrouve. Elle finit par être recueillie par un groupe d’hommes et de femmes. Mais Uqsuralik n’est pas en sécurité pour autant…

J’avais lu il y a quelques années le roman de Bérangère Cournut qui livrait un très beau portrait de femme que l’on suit de son adolescence à l’âge mûr. Une femme avec une vie faite de dureté, de violence mais aussi de douceur et de force.

Jean-Paul Krassinsky a su faire une très belle et fidèle adaptation. Le dessinateur parvient à faire ressortir du roman les images, les sensations, les émotions, la poésie de ce monde arctique et de ses habitants. Les planches font la part belle aux paysages à la fois oniriques et menaçants.

Je vous recommande chaudement cette BD – que vous ayez ou non lu le roman – qui est une ode aux légendes, aux us et coutumes, au mode de vie des inuits et à l’importance de la transmission.

Jean-Paul Krassinsky et Bérangère Cournut - De pierre et d’os
Jean-Paul Krassinsky et Bérangère Cournut - De pierre et d’os
Jean-Paul Krassinsky et Bérangère Cournut - De pierre et d’os

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Publié le 7 Janvier 2026

Véro Cazot, Carole Maurel - Mi-mouche - tome 1

Esquive et dégagement

Colette a longtemps vécu dans l’ombre de sa sœur Lison, la plus accomplie des jumelles. Mais, à l’âge de onze ans, Lison meurt dans un accident de la route.  Cet événement tragique a de grandes répercussions dans la famille : la mère qui conduisait la voiture se sent coupable et surprotège Colette. Cette dernière, elle, tente d’être à la hauteur de cette sœur parfaite, absente et pourtant trop présente, en embrassant les mêmes activités qu’elle comme la danse classique qu’elle n’apprécie pas plus que ça.

Etouffant tout désir, Colette subit régulièrement les sarcasmes de son ombre qui l’enjoint à se libérer.

Quand Colette découvre par hasard, un jour de pluie, une salle de boxe, sa carapace si fissure et les mensonges font leur apparition…

Gros coup de cœur pour cette BD qui manie avec talent l’émotion et l’humour. Les personnages sont bien décrits, les dialogues font mouche. On s’attache très vite à Colette qui se sait plus qui elle est quand elle perd sa « moitié ». Peut-on être une jeune fille pleine et entière et se détacher des barrières que l’on dresse et des pressions que la famille fixe ?

Au-delà du travail de deuil et de la boxe, cette BD montre aussi la difficulté de s’affirmer, d’avoir confiance en soi, le harcèlement… autant de thèmes qui peuvent parler à tout adolescent. Une belle réussite, j’ai hâte de lire le tome 2.

Véro Cazot, Carole Maurel - Mi-mouche - tome 1

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Publié le 19 Novembre 2025

Keiji Nakazawa - Gen aux pieds nus - tomes 1/2

La bêtise, les préjugés raciaux, les religions, les manœuvres des marchands de mort pariant sur la prolifération des armes font que les humains sont continuellement en guerre sur cette Terre et que les risques de conflit et d’utilisation des armes atomiques sont constants. Si la lecture de ce livre vous amène à respecter la paix et à avoir le courage de survivre, à l’image du blé qui bourgeonne en hiver, est foulé encore et encore, mais s’enracine toujours plus fermement et pousse bien droit pour donner des épis généreux, alors j’aurai atteint mon but

Avant-propos du mangaka d'avril 1996

Traumatismes de la bombe

Un grand merci aux éditions du Tripode qui permettent cette réédition tant attendue de ce manga en dix volumes retraçant la vie de Gen, un jeune garçon d’Hiroshima, de 1945 à 1953.

Si Gen est un personnage de fiction, il a une base autobiographique forte. Il est l’alter-ego de Keiji Nakazawa. La part fictionnelle permet au mangaka de représenter des témoignages d’autres survivants.

Publié originellement entre 1973 et 1985 au Japon, Gen aux pieds nus est le premier manga à aborder la bombe atomique à Hiroshima et ses conséquences. Keiji Nakazawa le fait de façon frontale ce qui explique la réception difficile dans le pays.

Keiji Nakazawa avait six ans le 6 août 1945 et il doit sa survie au mur d’enceinte en béton de son école. Seul rescapé avec sa mère et sa petite sœur à naître, il est changé à jamais. Cependant, le pays n’est pas prêt à entendre les survivants. Ce n’est qu’en 1966, quand sa mère décède d’une maladie liée aux radiations qu’il décide de parler d’Hiroshima, d’abord dans une revue puis avec ce projet en dix volumes.

Gen aux pieds nus a été salué par le grand Art Spiegelman qui travaillait au même moment sur son Maus. Les deux hommes ne peuvent que se comprendre en illustrant deux grands cataclysmes du XXe siècle.

Dans le premier tome, nous découvrons la famille de Gen dans leur vie quotidienne les mois avant la bombe. Cette sorte de « préquel » permet à la fois de nous attacher à cette famille – ce qui rend les pertes douloureuses par la suite – mais aussi de découvrir les différentes facettes de la société japonaise de l’époque… et ce n’est évidemment pas reluisant !

Le père de Gen est un antimilitariste ce qui lui vaut des séjours en prison. La délation par les voisins est monnaie courante et le racisme règne : monsieur Pak, le voisin coréen en fait sans cesse les frais. De façon générale, on voit à quel point la société japonaise est gangrénée par la violence que la guerre et le nationalisme accentuent. Même le père de Gen est violent avec ses enfants ce qui montre à quel point le manga est loin d’être manichéen.

Ce tome se termine avec l’explosion de la bombe.

Le second tome est axé sur les premières heures après la bombe. Les images sont fortes, assez insoutenables bien qu’édulcorées par le dessin : des hommes qui traînent leur peau en lambeaux, des visages criblés de verre, une jeune fille vivante rongée par les vers, les charniers, les incendiés… Face à cette violence, aucun répit, aucune solidarité : chacun sauve sa peau comme il peut et la violence systémique d’avant la bombe ne fait que s’accentuer surtout avec la famine qui guette. On assiste progressivement à ce qui va devenir une ostracisation de la population d’Hiroshima.

On referme les deux tomes avec un gout amer en bouche et un sentiment d’impuissance. On n’apprend jamais rien et notre monde actuel ne permet pas d’éviter ces comportements destructeurs, au contraire, ils refont surface, plus forts que les épis de blé, comme de la mauvaise herbe.

Le prochain tome sort en janvier et je serai au rendez-vous.

Traduit du japonais par Vincent Zouzoulkovsky et Koshi Miyoshi avec un avant-propos du mangaka et une préface d’Art Spiegelman.

Keiji Nakazawa - Gen aux pieds nus - tomes 1/2
Keiji Nakazawa - Gen aux pieds nus - tomes 1/2
Keiji Nakazawa - Gen aux pieds nus - tomes 1/2

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Publié le 12 Novembre 2025

Shaun Tan - Là où vont nos pères

Bulles silencieuses

Dans cette BD muette, Shaun Tan nous raconte l’histoire d’un homme contraint de quitter son pays, sa femme et sa fille pour tenter d’avoir une vie meilleure ailleurs. Nous le voyons ainsi partir en paquebot avant d’atterrir dans un pays mystérieux, étrange où il va faire la rencontre d’autres immigrés, des hommes et des femmes aux parcours singuliers et pourtant unis par ce déracinement.

Pour cette BD, Shaun Tan s’est inspiré de la propre vie de son père qui a quitté la Malaisie pour s’installer en Australie mais aussi d’autres témoignages et de vieilles photographies. D’ailleurs, beaucoup de vignettes de cet ouvrage sont petites, alignées comme des clichés d’une pellicule photo ou cinéma.

Le choix des bulles silencieuses est excellent. Le silence marque la solitude de l’immigré mais aussi les difficultés de communication renforcées par l’utilisation d'un alphabet étrange dans ce pays où il vit.

L’univers graphique est particulier : il mélange à la fois des scènes hyper réalistes mais également des scènes plus oniriques et fantastiques ou encore futuristes. L’ensemble fonctionne pourtant très bien.

Le seul élément surprenant, c’est l’absence de racisme, de xénophobie dans la BD même si quelques planches peuvent suggérer des choses. Chaque personne que l’homme rencontre l’accueille plutôt bien. Je ne connais pas les raisons de l’auteur mais je ne crois pas à une vision idéaliste. Sans doute que Shaun Tan a voulu surtout axer son récit sur l’expérience du déracinement plutôt que sur le rejet. On sent qu’il ne veut pas faire de son travail un objet politique en tant que tel mais un objet intime.

Je ne connaissais pas cette BD qui a eu un grand succès en France à sa sortie en 2007 ; ma lacune est enfin comblée et avec plaisir.

Shaun Tan - Là où vont nos pères
Shaun Tan - Là où vont nos pères
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Publié le 5 Novembre 2025

Hayao Miyazaki - Le Voyage de Shuna

Les germes d’une œuvre

Cet ouvrage est publié au Japon en juin 1983, deux ans avant la création du Studio Ghibli. La création a cependant commencé dès 1980 au même moment où il travaillait sur Nausicaä et la Vallée du Vent (le manga puis le film). On retrouve d’ailleurs cette même ambiance post-apocalyptique.

Le Voyage de Shuna n’est cependant pas un manga mais un emonogatari, ce qui signifie un récit illustré. Il est assez méconnu des admirateurs de Miyazaki et pourtant on retrouve tout ce qui va inspirer ses futurs chefs-d’œuvre animés tels que Princesse Mononoké (on retrouve le yakkuru comme celui d’Ashitaka, par exemple) ou même plus tardivement Les Contes de Terremer, réalisés par son fils Gorō d’après l’œuvre d’Ursula K. Le Guin.

Le récit est né d’une légende tibétaine que Miyazaki a lu en traduction japonaise, intitulée Inu ni natta ōji (Le Prince qui fut changé en chien). Le jeune prince Acho vole des graines dorées dans la tanière du Roi Serpent dans l’espoir de nourrir son peuple. Cependant, il est rattrapé par le Roi et transformé en chien.

De ce récit initial, Miyazaki n’en garde que l’essence, celle du prince qui part vers l’Ouest pour trouver des graines dorées légendaires dans le territoire des « êtres divins ». Il rencontre en chemin Thea et sa sœur qu’il libère de leur condition d’esclaves. Mais comme toujours chez Miyazaki, ceux qui ont aidé se font eux aussi aider en retour.

Le Voyage de Shuni aborde le thème de l’esclavage à travers le trafic d’êtres humains pour obtenir non pas de l’or mais des graines qui s’avèrent pour autant stériles. Elles peuvent nourrir la population mais elles ne permettent pas de faire soi-même la culture. Une façon détournée d’évoquer notre monde économique globalisé où tout le monde dépend de tout le monde, où l’on importe et exporte tout, où nous n’avons pas de quoi assurer la subsistance, individuellement ou en petit collectif.

Pour autant, Shuna n’est pas non plus un être aux grandes convictions comme d’autres héros chez Miyazaki. Il est lui aussi attiré par la promesse d’une abondance. Il est plus solitaire et sans doute plus sombre. Il a cependant Thea qui lui permet de se recentrer et de gagner en humilité.

Si Le Voyage de Shuna n’a pas la puissance des animés et des mangas de Miyazaki, il est très important car il porte en lui les germes du travail des décennies suivantes. Pour le coup, il est un peu cette graine que recherche Shuna pour l’abondance. Et cette graine-là est loin d’être stérile…

Traduit du japonais par Léopold Dahan.

Hayao Miyazaki - Le Voyage de Shuna
Hayao Miyazaki - Le Voyage de Shuna
Hayao Miyazaki - Le Voyage de Shuna
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Publié le 30 Juillet 2025

Michel Durand / Victor Hugo - Les Travailleurs de la mer

Classique fantastique en BD

Après Les dents de la mer, je reviens avec un autre classique fantastique insulaire adapté en graphique : le grandiose Les Travailleurs de la mer de Victor Hugo sous le trait de Michel Durand.

Nous sommes sur l’île de Guernesey dans les années 1820. Gilliatt est un marin solitaire et peu apprécié par la communauté. Il est un véritable couteau suisse capable de tout avec ses mains qui travaillent sans relâche. Il est secrètement amoureux de Déruchette, la fille adoptive de Mess Lethierry, le propriétaire de La Durande, l’un des premiers navires à vapeur dirigé par le capitaine Clubin. La Durande, à la suite d’une machination de Clubin, échoue un jour sur l’écueil Douvres. Si le bateau peut se reconstruire, la machine à vapeur, elle, ne peut être remplacée. Mess Lethierry souhaite organiser un sauvetage de la machine tout en sachant que le prix à payer pour les éventuels volontaires est très élevé. C’est alors que Déruchette se propose d’épouser celui qui réussira à ramener la machine. Il n’en faut pas davantage pour que Gilliatt se décide à braver les dangers de la mer…

Quelle merveille cette adaptation en BD de ce grand classique de Victor Hugo ! Je suis autant saisie par la beauté des planches que par la façon dont Michel Durand a su condenser le récit en peu de pages et avec une place importante accordée au dessin.

Michel Durand s’est inspiré des techniques de gravures sur bois utilisées à l’époque : il offre ainsi un dessin hachuré sans contour d’une minutie incroyable. Le nombre d’heures passées sur chaque planche a dû être considérable. Malgré cette technique compliquée, on admire tous les détails notamment ceux sur la mer aussi bien déchaînée que calme.

Une belle adaptation, sensible, intelligente qui me donne maintenant envie de l’acheter après l’avoir empruntée à la bibliothèque.

Michel Durand / Victor Hugo - Les Travailleurs de la mer
Michel Durand / Victor Hugo - Les Travailleurs de la mer
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Les classiques c'est fantastique - saison 6 - juillet 2025

Les classiques c'est fantastique - saison 6 - juillet 2025

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Publié le 16 Avril 2025

Inès Léraud et Pierre Van Hove - Champs de bataille

Remembrement

Cette BD est le fruit d’une enquête de terrain de plusieurs années avec la collecte de témoignages oraux et de documents de la presse locale et nationale, dans les archives personnelles de témoins du remembrement et dans les archives départementales.

Le récit débute à Damgan, dans le Morbihan, en 1953, avec un suicide. À quarante kilomètres se trouve Fégréac qui est l’une des premières communes de l’ouest de la France à avoir été remembrée dans les années 50. C’est une commune située dans l’ancien département de la Loire-Inférieure (devenue Loire-Atlantique depuis), à seulement quelques kilomètres de Redon… une zone qui a connu cet hiver 2025 d’importantes inondations… Bientôt, les remembrements concernent toute la France.

Pourquoi cette volonté politique de remembrement étendue à toutes les campagnes françaises ? Pourquoi ce remembrement a-t-il été mené de façon si autoritaire après la Seconde Guerre mondiale ? Comment a-t-il déchiré la population rurale ? Quelles ont été les conséquences économiques, sociales et écologiques ? Ce sont à toutes ces questions qu’Inès Léraud et Pierre van Hove répondent.

Si le remembrement a eu des prémices dès la Première Guerre mondiale, c’est le gouvernement de Vichy qui a demandé une nouvelle loi plus autoritaire et expéditive en 1941. De Gaulle n’a fait que poursuivre cette politique agricole.

La BD permet également de voir le rôle de la FNSEA  et de ses déclinaisons départementales dans cette opération lucrative où les petits paysans sont spoliés au profit de plus puissants. Notons le poids également du plan Marshall d’après-guerre, du « père de l’Europe » Jean Monnet. Avec toujours cette même litanie : la quête de progrès. C’est ainsi que la France voit la naissance de son plus grand plan social : la réduction drastique des agriculteurs qu’on veut tourner vers l’industrie, là encore signe de progrès et de prospérité. Le tout est arrosé par une propagande médiatique poussée et des recours déboutés. C’est sans compter sur quelques affaires judiciaires pas reluisantes.

Mais, au-delà des aspects politiques, la BD soulève la fin d’une ère, d’une insouciance, d’une autosuffisance. Le travail est de plus en plus mécanisé, avec de plus en plus de pression : les agriculteurs s’endettent, vivent dans l’angoisse… se suicident. Les campagnes se divisent entre pro et anti remembrement.

Enfin, cette politique de remembrement est une catastrophe écologique. La destruction des haies ne permet plus d’éviter des inondations et le recours aux pesticides s’est multiplié, au moment même où Rachel Carson évoque les dangers dans son livre Printemps silencieux.

Cette BD est un ouvrage certes à charge mais pas pour rien. On trouve à la fin une partie archives avec des articles de presse, des photos, des chansons etc.

Inès Léraud et Pierre Van Hove - Champs de bataille
Inès Léraud et Pierre Van Hove - Champs de bataille
Inès Léraud et Pierre Van Hove - Champs de bataille

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Publié dans #Graphique, #Ecologie

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