Publié le 4 Février 2026

Séverine Vidal et Nina Ramsey - Nepka

Grande ourse et petite ourse

Un très gros coup de cœur pour cette BD découverte grâce à Moka Milla.

Sur l’île d’Hokkaido, dans ce Japon ancien, nous suivons la vie d’un village de la communauté autochtone aïnoue. Des chasseurs récupèrent le bébé d’une ourse tuée. Selon la tradition, cet ourson doit vivre au sein du village avant d’être offert ensuite en sacrifice à l’âge adulte afin que son esprit devienne bienfaisant pour toute la communauté. La jeune Nepka s’attache à celle qu’elle finit par considérer comme une sœur et refuse le sort promis ce qui aboutit à un événement dramatique et à un exil.

Pendant quatre saisons, on suit Nepka dans un voyage initiatique aussi violent que magnifique parce qu’il oblige à faire ressortir d’elle. Plongée dans un monde onirique et pourtant effrayant, Nepka longtemps prise dans un conflit de loyautés, finit par se libérer et trouver sa propre voie.

Si cette BD est magnifique par l’histoire qui nous est contée par Séverine Vidal – ce lien à la nature, au vivant mais aussi le poids des traditions et de la transmission – elle l’est tout autant pour ses splendides illustrations de Nina Ramsey. Le lecteur navigue dans différentes gammes de couleurs : des bleus turquoises, des verts profonds, des orangés… Ces couleurs marquent les saisons que traversent Nepka, invitent à la méditation, à la contemplation. Les traits précis mais légers ainsi que les pastels apportent une très grande douceur dans ce récit pourtant marqué par la violence mais laissant sa part au rêve.

J’ai beaucoup aimé découvrir cette communauté aïnoue plutôt méconnue en France et qui compte aujourd’hui seulement quelques milliers de représentants en Russie et dans le nord du Japon.

Je ne peux que vous inviter à découvrir ce petit bijou qu’on rapproche souvent de Miyazaki mais je trouve dommage de le réduire à cette filiation (pas fausse mais pas totalement vraie non plus) car, comme Nepka, cette BD mérite de voler de ses propres ailes…

Séverine Vidal et Nina Ramsey - Nepka
Séverine Vidal et Nina Ramsey - Nepka
Séverine Vidal et Nina Ramsey - Nepka
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Publié dans #Graphique

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Publié le 1 Février 2026

Bruno Doucey - Glaciers

Sous la glace

« Les glaciers chantent, les glaciers pleurent ».

Les glaciers vivent, les glaciers meurent.

274 531 glaciers recensés dans le monde. Ça semble beaucoup. C’est pourtant si peu au vu de l’accélération de leur disparition avec le réchauffement climatique.

« Le froid

ne se tient pas à distance

de l’effondrement ».

Avec les glaciers qui fondent, c’est « la beauté du monde qui fond entre [nos] mains ».

Avant que cette beauté du monde ne fonde, s’effondre, Bruno Doucey apporte son regard, la force du langage poétique pour conter ces glaciers et répondre à ces questions : « qui meurt ici ? / de quelle haine ? »

Le recueil est divisé en trois parties : la marche lente des glaciers, carnet d’une glaciologue et l’effondrement des sentinelles. Le poète livre un travail exigeant de construction où l’on passe de la description poétique des glaciers, du froid, de la neige, du gel à une prise de conscience politique affirmée.

De l’inventaire à la Prévert du langage, du lexique, de la morphologie de la glace, nous passons, par la fragilité du glacier minutieusement décrit, par la révélation de nos propres fragilités, fractures, cassures et silences. Tout fond, tout s’effondre et pourtant nous restons de marbre. Le silence glace.

La glaciologue qui prend la parole au milieu du livre, très fortement inspirée de Heïdi Sevestre, nous montre les dégâts, la catastrophes, collecte ce qui est encore là et ne sera bientôt plus. Une mise en alerte dans l’espoir d’éveiller nos sens face à l’insensé qui se déroule à vitesse grand V. Redonner du sens : « Prendre soin du vivant. Et si c’était d’abord cela, le sens de notre vie sur Terre ? ».

Enfin vient le temps de l’action pour donner sens à nos vies. L’action au-delà des catastrophes, des COP dont on doute parfois de leur utilité.

Si le recueil est fort par sa charge politique, il l’est aussi par sa mise en page qui épouse littéralement son sujet. Esther Szac est la « typoglace » qui donne vie sur la page, qui donne forme à la neige, aux pentes, à la fonte, aux cassures, aux fractures. Elle donne corps au travail du poète, elle donne corps aux glaciers. Et parce que Bruno Doucey aime donner du sens mais aussi éveiller les autres sens, une version sonore de quelques poèmes existe grâce à un QR Code.

Bruno Doucey - Glaciers
Bruno Doucey - Glaciers
Bruno Doucey - Glaciers
Bruno Doucey - Glaciers

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Publié dans #Poésie

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