Azar Nafisi - Lire Lolita à Téhéran

Publié le 26 Février 2026

Azar Nafisi - Lire Lolita à Téhéran

La fiction comme contre-pouvoir

Dans Lire Lolita à Téhéran, Azar Nafisi livre un témoignage de la vie des femmes en Iran après la révolution islamique de 1979. Elle montre aussi la force de la littérature face à l’oppression. Fille de l’ancien maire de Téhéran et de la première femme membre du parlement iranien, elle revient des États-Unis, où elle a fait ses études, avec l'espoir de participer au renouveau de son pays. Mais la réalité la rattrape : elle est expulsée de l'université dès 1981 pour son refus du voile, avant de démissionner définitivement d’un autre établissement en 1995 face à la censure. Elle quitte l’Iran en 1997. Son récit est non seulement celui d'une brillante universitaire, mais aussi celui d'une femme qui refuse de voir sa culture confisquée par l'idéologie.

Le livre s'articule autour d’un club de lecture secret, fondé après sa démission, qui réunit sept étudiantes qui se dévoilent – dans tous les sens du terme – pour lire des œuvres interdites par le régime. L’autrice alterne également avec des épisodes de sa vie de professeur avant sa démission, rythmée par les soubresauts politiques.

Chaque auteur lu par les jeunes femmes devient une arme pour comprendre leur condition. Avec Nabokov et son Lolita, elles découvrent que leur pays est un prédateur : il vole l'identité des femmes pour leur imposer un rôle. Fitzgerald, à travers Gatsby, leur montre comment les grands rêves de pureté révolutionnaire peuvent se transformer en tragédies destructrices. Henry James apprend la dignité et la résistance morale face aux conventions sociales oppressantes. Enfin, Jane Austen leur rappelle que la vérité est complexe et que l'on peut garder son jardin secret même sous un régime autoritaire.

À travers ce témoignage, Azar Nafisi décrit non seulement comment la littérature peut aider à s’évader de l’oppression mais elle donne aussi une voix à toutes ces jeunes femmes qui, en retirant leur voile dans ce salon, reprennent possession de leur corps et de leur pensée. En mêlant sa propre trajectoire à celle de ses étudiantes, Nafisi démontre que la littérature n'est pas accessoire, mais un rempart contre l’arbitraire.

Traduit de l'anglais par Marie-Hélène Dumas.

Je rêve souvent qu’un nouvel amendement a été ajouté à la Constitution, celui du libre accès à l’imagination. J’en suis arrivée à croire que la vraie démocratie n’existe pas sans la liberté d’imagination et le droit d’utiliser ses œuvres en l’absence de toute restriction. Pour avoir une vie pleine, chacun devrait pouvoir façonner et exprimer ses mondes, ses rêves, ses idées et ses aspirations devant les autres, participer constamment à un dialogue qui s’établirait entre domaines public et privé. Comment savoir autrement que nous avons existé, ressenti, désiré, haï et craint ?

Publié dans #Roman

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A
J'ai voulu lire ce roman à sa sortie et à ma grande surprise il m'est tombé des mains. Je l'ai abandonné. Je ne sais plus du tout pourquoi aujourd'hui.
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Peut-être une question de timing. Après, il est assez dense aussi.
N
Les livres d'Azar Nafisi font un bien fou, hyper salutaire pour les neurones :-) Effet collatéral, ils donnent encore plus envie de lire, mais ça non plus ça ne fait pas de mal. Relire Austen, James et consort se révèle encore plus délicieux que prévu...
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Et tu sais bien de quoi tu parles pour Austen ;-)<br /> J'avoue que j'ai assez envie de replonger dans ses romans. Gatsby, je l'ai relu il n'y a pas si longtemps.
V
J'avais déjà noté, ce club de lecture secret a de quoi intriguer, évidemment, surtout dans un tel contexte !
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Oui, c'est vraiment la porte d'entrée pour toutes les années de professeure d'Azar Nafisi et ça permet de rencontrer des personnalités différentes gérant chacune à leur manière la dictature.
F
J'avais adoré ce roman dont la lecture remonte a assez loin maintenant.
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Oui, je le découvre assez tardivement mais voilà une très bonne chose faite ! :-)
L
toutes ces femmes sont admirables. <br /> La seule chose moins négative que d'habitude c'est le fait que les femmes iraniennes font toujours de brillantes études. Même en Iran.
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