Lize Spit - L'Honorable collectionneur

Publié le 15 Juin 2026

Lize Spit - L'Honorable collectionneur

Amitié en péril

Je n’avais pas lu Lize Spit depuis son incroyable et malaisant Débâcle. Avec son très court format – c’est une novella plutôt qu’un roman – j’ai eu peu d’hésitations à retenter l’expérience de la noirceur.

Les similitudes avec son premier roman sont nombreuses : l’enfance, les difficultés familiales et sociales, le petit village flamand où l’on s’ennuie…

Et pourtant, j’ai été surprise de voir de belles choses dans ce récit, même si la patte noire de l’autrice refait surface à un moment donné. La beauté provient des personnages et en premier lieu de cet « honorable collectionneur » qu’est Jimmy. Ce petit garçon de onze ans est tellement attachant ! Il collectionne les flippos, ces vignettes à l’effigie des Looney Tunes que l’on trouve dans les paquets de chips en Belgique dans les années 90. C’est son hobby, son obsession et surtout sa source de consolation depuis le divorce de ses parents. Non seulement il fait une collection pour lui-même mais également une autre pour son ami Tristan. Tristan est arrivé il y a seulement quelques mois dans ce village flamand avec sa famille. Ce sont des réfugiés kosovars qui ont vécu des choses terribles avant d’arriver dans ce pays étranger, dans cette langue difficile et dans cette communauté qui les a bien accueillis. Jimmy a à cœur d’appuyer Tristan dans son intégration : il l’aide dans son apprentissage du néerlandais, dans la découverte de la culture. C’est vraiment un garçon adorable qui reçoit aussi en retour : il rend souvent visite à la famille de Tristan, découvrant une langue, des coutumes différentes. Mais, surtout, il renoue avec une vie de famille qui lui manque tant.

Un jour, la famille de Tristan reçoit un avis d’expulsion malgré les protestations de la communauté. Pour les enfants, hors de question de voir la famille partir. Un plan s’échafaude… et c’est là que l’on retrouve l’art de Lize Spit d’échafauder elle-même un récit plus lourd, plus grave, plus menaçant tout en conservant la naïveté de l’enfance.

J’ai beaucoup aimé retrouver l’autrice à la fois dans un style proche et différent de son premier roman. Sans doute que, cette fois-ci, la brièveté du récit ne permet pas de développer des aspects importants dans les familles de Jimmy et Tristan : il manque ainsi un peu d’épaisseur. Il n’empêche que ce récit est de bonne facture. Si vous avez aimé les précédents romans de Lize Spit, vous aimerez sans doute cet opus. Si au contraire vous n’avez pas aimé, peut-être que cet Honorable collectionneur saura cette fois-ci vous toucher.

Il est à noter que la novella a été inspirée par la vraie histoire d’une famille kosovare accueillie en 1998 dans la commune de Viersel.

Traduit du néerlandais par Emmanuelle Tardif.

Publié dans #Roman, #Nouvelles

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K
Tiens, je viens de lire un billet sur Je ne suis pas là. Je ne connais pas vraiment l'auteur...
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L'occasion peut-être de la découvrir un jour :-)
L
tu sembles avoir fait une belle rencontre avec ce livre
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Oui, je la considère comme une autrice étrangère importante.
F
Je visualise bien la couverture de Débâcle. Ça m'avait beaucoup intriguée mais je n'ai pas osé m'y lancer. Je craignais le côté malaisant. Je vois que ce roman-ci reste très noir avec des thématiques aussi peu gaies que Débâcle. L'intrigue me parle davantage cela dit. Peut-être le titre que je tenterais pour découvrir l'autrice.
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Oui franchement c'est beaucoup moins sombre que Débâcle.
I
J'ai moi aussi été très marquée par "Débâcle", et je viens de lire "Je ne suis pas là". Mon billet paraîtra bientôt. Je note ce titre, que je lirai aussi, c'est vraiment une auteure à suivre..
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Très envie de lire "Je ne suis pas là" que je n'ai pas encore acheté.
L
je me méfie de la noirceur
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Pour le coup, c'est le roman le moins noir de l'autrice.