Anaïs Llobet - Ceux qui nous frappent
Publié le 17 Septembre 2026
Suicide forcé
16 décembre 2025. Dans la salle d’audience 403 du tribunal de Rennes comparaît Charles Lévin pour un motif peu courant : harcèlement moral sur conjoint ayant mené au suicide. Depuis le 30 juillet 2020, une loi adoptée par le Parlement permet de poursuivre une personne pour suicide forcé.
Pendant trois jours, de nombreuses personnes d’origines diverses – personnel judiciaire, journalistes, partie civile, témoins, expert, vigile... – vont se côtoyer durant cette audience visant à déterminer si Sara Messina, ancienne boxeuse et compagne de Charles Lévin, a été victime de ce dernier. Nouria, la mère de Sara, en est convaincue tout comme des amies de sa fille et leur avocate Maître Oriane Bellois. Charles Lévin, défendu par Maître Lise de Guermont et soutenu par son père Stanislas, se retrouve à devoir montrer le visage du parfait petit ami. La salle 403 devient symboliquement une salle de boxe où chacun lutte, attaque, défend.
Ces trois jours vont montrer le fossé entre la rigueur du droit et le réel qui prend bien souvent des chemins de traverse.
On doit statuer en fonction de son intime conviction mais les récits livrés par chacune des parties invitent sans cesse au doute.
Comment concilier l’inconciliable ? Est-ce qu’un texte de loi suffit à garantir et permettre la justice ?
Anaïs Llobet parvient avec brio à livrer les éléments à charge et à décharge, à construire les zones d’ombre et les mécanismes d’emprise, de manipulation tout en ayant suffisamment de recul pour ne pas livrer un roman à thèse.
L’autrice place la littérature là où le droit ne peut pas aller, dans l’arrière-boutique, dans tout ce qui entoure l’audience et interfère (ou pas) avec elle. Elle montre ainsi l’affaire dans toute sa complexité judiciaire mais aussi sociale et intime.
Elle donne chair aux personnages, aux liens entre eux, là où règnent surtout les pièces à conviction, les témoignages, les réquisitoires et les plaidoiries. Le roman est tellement bien travaillé, tellement bien documenté et ainsi tellement passionnant qu’on ne le lâche pas.
La littérature permet aussi d’aller au-delà de l’audience, vers d’autres voies possibles, pas forcément les plus morales mais, elles ont le mérite de permettre d’agir. Le roman montre ainsi que le boulot est bien loin d’être terminé sur les féminicides tant sur le plan juridique que social.
Une fois de plus, Anaïs Llobet s’est attaquée à un sujet social fort avec grand talent. C’est un plaisir sans cesse renouvelé de la lire
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