Publié le 29 Avril 2026
La honte sociale est un fouet très efficace, même si personne ne sait qui le manie.
A Zeniter l’Edène
Alice Zeniter a eu la bonne idée de livrer une version contemporaine de Martin Eden.
J’ai profité de ma relecture du roman de Jack London pour me frotter à cette adaptation très libre faite pour le théâtre (l’autrice l’a mise en scène à la Comédie de Valence le 19 novembre 2024).
J’ai été assez séduite par cette proposition qui est fidèle au roman mais aussi parfaitement retranscrite au féminin, dans notre monde sans cesse en changement tout en étant encore très conservateur (pour ne pas dire rétrograde par moments). Il faut dire que, comme je l’avais dit dans ma précédente chronique, Martin Eden est d’une actualité criante et Alice Zeniter le démontre très bien.
Nous suivons donc Edène, une jeune femme d’un milieu populaire qui tombe amoureuse de la bourgeoise Rose. Elle décide de s’instruire pour lui plaire et d’écrire. Mais le succès n’est pas au rendez-vous. Pourtant, Edène n’hésite pas non plus à écrire des nouvelles érotiques pour tenter de percer en plus de son travail littéraire habituel. Pour boucler les fins de mois, elle accepte une mission d’intérim dans la blanchisserie d’un abattoir. Les employées commencent à s’insurger et une grève se profile. De façon insoupçonnée, Edène va tremper sa plume dans le combat de ces travailleuses. La pièce confronte le spectateur à ces questions : quelle légitimité peut offrir la littérature à une jeune femme de milieu populaire ? Et quelle légitimité un écrivain peut-il avoir à raconter la vie des petites gens, à utiliser leurs combats et leurs mots ?
Il est intéressant de noter qu’Alice Zeniter a elle-même travaillé avec des lingères d’un abattoir breton et a intégré certaines de leurs remarques (en les créditant en début d’ouvrage). On voit ainsi un peu le côté artisanal de la création artistique.
Enfin, comme d’habitude, j’aime beaucoup l’humour que l’autrice distille ici et là dans son texte, notamment dans les didascalies.
Une bien belle réussite. Si vous avez lu Martin Eden, je vous recommande la lecture même si vous n’êtes pas fan de théâtre.
/image%2F7084934%2F20250126%2Fob_10b2e4_couverture-blog.jpg)
/image%2F7084934%2F20260426%2Fob_935531_martin-eden.png)

/https%3A%2F%2Fblogger.googleusercontent.com%2Fimg%2Fb%2FR29vZ2xl%2FAVvXsEiWvxSSebp8znws6CrwCVFJOT-AiUIOyknWWcQLP8VxvtyBLELQa4luX6sjBM8GVH8fpH3RU6OLEbgzmFuYHmiTvo-KKqtYvj3rm2Cmd9QEkne2Yu2uAXEqEG7nhN3XdW3G78C7FKXbTTYKJo6LCSZ7zwJzVyZREhKX37p60tIBor9RCJaNdtSS_DS5sGc%2Fw1200-h630-p-k-no-nu%2F0002538b28e2fdd795a4e19b8be16881e4c41d5fd77cf30c88e68c14fa9fc6df.jpg)