Publié le 7 Juillet 2026
La blancheur qu’on croyait éternelle
Tout commence avec une liste de ce qui est blanc. Comme une intuition. Comme une évidence. Mais surtout comme le besoin « d’une pommade blanche pour l’appliquer sur [ses] plaies, d’une compresse blanche pour la recouvrir ».
Des mots griffonnés sur une page blanche comme autant d’interrogations, de réflexions, au moment même où Han Kang séjourne dans une ville européenne au lourd passé, Varsovie.
Très vite, les mots blancs amènent à la perte. Rien d’anormal pour une couleur qui symbolise en Asie le deuil.
Une couverture blanche. Qui enveloppe, qui emmaillote un nouveau-né, avant de devenir rapidement un linceul. Une sœur aînée qui n’a pas survécu. L’enseignement de la tristesse. L’expérience d’être née pour vivre à la place de. Et si tout avait été différent ?
Dans ces fragments d’une beauté pure, exquise, Han Kang compose un livre de méditation poétique sur ces thèmes qui ont une place capitale dans sa vie et son œuvre. Un art du Kintsugi littéraire où le blanc a valeur d’or pour recoller les morceaux. Pour maintenir la vie.
Si la mort, la perte sont le cœur du livre, il ne faut pas y voir un parti-pris fataliste, irrémédiable :
« Certains souvenirs ne se délitent pas avec le temps. Il en va de même de certaines douleurs. Il n’est pas vrai qu’elles contaminent et détruisent tout ».
La ville qui accueille Han Kang et ses mots blancs est d’ailleurs la preuve d’une résilience après la catastrophe, d’une reconstruction après la destruction.
Là où il y a de la tristesse, il y a de la joie. Là où il y a de l’incompréhension, il y a de la lumière. Là où il y a la mort, il y a la vie. Tout est en équilibre fragile et c’est cette fragilité qui donne de la force. Et de la beauté.
Traduit du coréen par Jeong Eun-Jin et Jacques Batilliot.
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