Julie Moulin - L'insulation
Publié le 31 Mai 2026
Délit d’écriture aggravé
Quelle joie de retrouver la plume de Julie Moulin et quelle joie de s’apercevoir qu’elle n’a rien perdu de sa capacité à aborder des sujets importants avec ce décalage, cet humour qui sied à merveille à ses récits !
Pas de roman cette fois-ci mais quinze nouvelles qui se déroulent à Singapour où l’autrice vit depuis 2020. Cette nouvelle vie loin de l’Europe apporte ce qu’il faut d’étrangetés, de nouveautés, de points de vue pour faire d’excellents récits.
Le corps qui lâche, qui était déjà un thème en soi dans Jupe et pantalon, est de retour. L’écologie se taille la part du lion avec un traitement qui oscille, selon les nouvelles, entre le cocasse et la poésie.
Le statut de migrant permet aussi d’expérimenter ce qu’est l’exil mais aussi de porter un regard sur les autochtones qui sont bien moins lotis. Je pense notamment à ce Taxi Driver qui dit « j’ai beau expliquer que je suis citoyen de ce pays, rien à faire, ils me parlent comme si j’étais un étranger ».
Le contrôle de la société et l’impact du capitalisme se ressentent fortement dans de nombreuses nouvelles comme Conte du septième mois lunaire et Tris Sélectifs où l’escalator d’un centre commercial déverse un flot continu de déchets, où nos sociétés font le tri entre les pauvres et les riches : « il n’était qu’un objet parmi d’autres objets périssables ».
Enfin, comment ne pas penser à cette petite table en bord de mer, solitaire, oubliée au point de regretter de n’être pas parmi les déchets jetés à l’océan ?
Le grave côtoie le drôle et la poésie et c’est rafraîchissant.
Je suis contente de voir Julie Moulin de retour avec des nouvelles dont il est difficile de faire le tour en quelques mots mais qui méritent amplement le détour. Sans oublier que « l’écriture nous offre un lieu à nous, elle nous donne un foyer ».
/image%2F7084934%2F20250126%2Fob_10b2e4_couverture-blog.jpg)