Joanne Richoux - Virgules
Publié le 28 Mai 2026
Génération désenchantée
Je n’avais encore jamais lu Joanne Richoux, autrice connue pour ses nombreux livres pour adolescents et jeunes adultes. Avec Virgules, second roman « à destination d’un public adulte », l’autrice raconte en trois temps (virgules) la vie de deux jeunes, Maxence et Chloé. Nous les suivons l’année du bac au printemps 2008 puis au début de la vingtaine à l’été 2013 et enfin à trente-trois ans à l’automne 2023. Ce voyage dans le temps et la tête de ces jeunes est rythmé non seulement par une tracklist (une chanson par chapitre) mais aussi et surtout par la plume percutante de Joanne Richoux.
On sent que ce roman vient du fond des tripes. On sent l’influence de son vécu, de celui de proches. On sent aussi sa vision très acide de notre monde et cette vision aiguisée de l’adolescence et de l’entrée dans l’âge adulte. À chaque virgule traversée, le récit gagne en épaisseur, en maturité pour offrir un roman très abouti sur la désillusion de cette génération des Millenials. Appartenant moi aussi à cette génération, j’ai retrouvé des réflexions, des sensations de mon adolescence et ça fait d’ailleurs un peu mal par moments.
Chloé, Maxence et leurs camarades rêvent tous d’une vie un peu rock et pourtant leur liberté est déjà restreinte : Chloé tombe dans l’anorexie, Maxence doit aider dans la pépinière de ses parents. Petit à petit, les rêves tombent à l’eau et plus que les désillusions, c’est parfois la survie qui entre en jeu. Deuils, crise économique, soucis psychiatriques, le poids étouffant de la famille et de la société : tout concourt à devenir un fardeau impossible à se débarrasser. C’est à l’âge de construire sa vie que tout tombe en ruines. Comment continuer de vivre quand tout fout le camp ?
Joanne Richoux livre un portrait incroyable d’une génération désabusée avec des personnages d’un réalisme incroyable et une plume virevoltante. On peut se dire que ça manque d’optimisme (en même temps, quelle que soit la génération, est-ce que l’on trouve beaucoup d’optimistes ?) mais l’autrice parvient tout de même à faire briller une lueur : celle d’une génération qui, à défaut d’être aidée, tente de ne plus se faire elle-même du mal.
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