Lize Spit - Débâcle
Publié le 9 Février 2025
Cruel summer
Voilà un roman qui ne laisse pas de marbre. Il nous laisse même un arrière-goût dans la bouche, une nausée que l’on peine à refreiner. Le malaise est là, à l’image de la couverture du livre.
La veille du réveillon de la Saint Sylvestre 2015, Eva revient à Bovenmeer, son village flamand, après des années d’absence. Elle se rend à une commémoration avec un drôle de chargement dans son véhicule.
Nous suivons également Eva à quatorze ans quand elle traîne sans cesse avec ses amis Pim et Laurens. Ils s'appellent d'ailleurs les trois mousquetaires. Seuls enfants nés en 1988 dans le village, ils ont tout le temps été fusionnels. Mais l’adolescence passe par là… les enfants grandissent, changent. Pour le meilleur et souvent pour le pire.
En parallèle, on découvre que la famille d’Eva est dysfonctionnelle avec une mère alcoolique, un père suicidaire et une petite sœur, Tessie, qui porte le nom d’une sœur défunte comme un fardeau, au point de ne plus manger et d’adopter un comportement obsessionnel.
Lize Spit nous plonge dans les ressentis et les souvenirs de cette Eva que l’on suit selon une construction romanesque bien huilée où l’on alterne les scènes de retour d’Eva, les scènes de l’été 2002 où tout a basculé et des scènes à la temporalité changeante, venant apporter des éléments de contexte, de compréhension.
Nous naviguons dans le temps mais aussi dans le village que l’on arpente en long et en large.
Lize Spit livre un portrait au vitriol de ce monde campagnard flamand où les gens sont ravagés par la tristesse, la violence, l’isolement, les rumeurs, le silence. C’est aussi un portrait bien sombre de l’adolescence où la plus grande vulnérabilité côtoie la plus grande violence.
Nous comprenons rapidement qu’Eva ne revient pas uniquement pour la commémoration. La tension monte. La catastrophe va arriver mais laquelle ? Elle se dévoile tardivement, par bribes distillées ici et là. Les 564 pages laissent du temps à notre cerveau pour imaginer la trame, le dénouement. Nous finissons par nous demander si notre imagination est plus glauque que celle l’autrice et si nous devons en tirer une fierté ou une honte. Ces 564 pages nous laissent aussi un peu le temps de nous ennuyer, noyés sous un trop plein de détails et de récits.
Si vous n’aimez pas les ambiances glauques où tout est raconté avec crudité, sans économie dans le sordide, passez votre chemin. Moi qui ne suis pas réfractaire aux récits violents, j’avoue avoir un peu souffert pour certaines scènes où je me serais bien passé de certains détails. L’écriture de Lize Spit et le travail de traduction d’Emmanuelle Tardif permettent cependant, tout comme cette construction bien huilée, de ne pas vouloir lâcher le livre, même le cœur au bord du billot. Une prouesse pour un premier roman même s'il est éprouvant à lire.
Ce roman est mon pavé d’hiver, lu dans le cadre des « Quatre saisons de pavés » de Moka Milla.
Traduit du néerlandais (Belgique) par Emmanuelle Tardif.
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