Mike McCormack - La nuée des âmes
Publié le 6 Février 2025
Le retour de l’angélus
Six ans après « D’os et de lumière », j’étais impatiente de renouer avec la prose de Mike McCormack. Autant vous dire que j’ai été surprise en commençant ce nouveau roman.
Là où « D’os et de lumière » s’ouvrait sous la forme d’un poème au son de l’angélus, « La nuée des âmes » interpelle par son écriture directe et son ambiance inquiétante. Pourtant, nous sommes face à une même situation : un homme seul avec ses pensées qui l’assaillent de plus en plus. Et la comparaison entre les deux romans ne s’arrête pas là, au fur et à mesure que l’on progresse dans l’histoire et que le style McCormack se déploie.
Nealon revient dans la ferme familiale en Irlande. Il est seul alors qu’il a pourtant une femme, Olwyn, et un garçon, Cuan. Où sont-ils ? Que vient faire Nealon dans cette maison ?
Nous n’avons même pas le temps de nous poser ces questions car, dès le départ, un coup de téléphone retentit. Un homme veut rencontrer Nealon sans lui donner une raison ou même son identité. Il veut non seulement lui parler mais il semble aussi connaître ses moindres faits et gestes dans la maison. Qui est cet homme et que lui veut-il ?
L’histoire se déroule en trois parties : le retour dans la maison, le trajet de Nealon en voiture, la rencontre avec l’homme. Le tout est accompagné de nombreux flashbacks qui permettent d’en savoir un peu plus sur le passé de Nealon… même si le mystère demeure. Progressivement, en parallèle de l’histoire de Nealon, on découvre qu’une menace pèse de plus en plus sur le pays entier. Est-ce vraiment si parallèle ?
Mike McCormack nous livre un thriller métaphysique qui se dévore. La prose est déstabilisante au départ mais elle nous attrape, ne nous lâche pas, nous envoûte, nous plonge dans les ténèbres. Nous avons les yeux écarquillés et le souffle court jusqu'à la fin aux accents bibliques.
Pour lire ce roman, il faut cependant accepter qu’il apporte bien plus de questions, de réflexions que de réponses. Si vous êtes du genre à aimer une « vraie » fin, vous ne vous retrouverez pas dans ce récit.
Les mêmes thèmes de prédilection que dans le précédent roman sont creusés : la famille, la corruption, la maladie et la mort, la beauté parfois inquiétante de l’Irlande, les limites de notre monde hyperconnecté en mal de démocratie, la peur de l’effondrement.
Où est le bien ? Où est le mal ? Existent-ils séparément ?
J’ai lu ce roman au moment du décès de David Lynch, au moment de l’investiture de Donald Trump. Une période où la réalité et le rêve – pour ne pas dire le cauchemar – ne semblent faire plus qu’un… Je ne pouvais pas trouver meilleure lecture.
L’angélus sonne, doit-on maintenant prier ?
Traduit de l’anglais par Nicolas Richard (tout comme le précédent roman).
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