Bruno Doucey - Glaciers

Publié le 1 Février 2026

Bruno Doucey - Glaciers

Sous la glace

« Les glaciers chantent, les glaciers pleurent ».

Les glaciers vivent, les glaciers meurent.

274 531 glaciers recensés dans le monde. Ça semble beaucoup. C’est pourtant si peu au vu de l’accélération de leur disparition avec le réchauffement climatique.

« Le froid

ne se tient pas à distance

de l’effondrement ».

Avec les glaciers qui fondent, c’est « la beauté du monde qui fond entre [nos] mains ».

Avant que cette beauté du monde ne fonde, s’effondre, Bruno Doucey apporte son regard, la force du langage poétique pour conter ces glaciers et répondre à ces questions : « qui meurt ici ? / de quelle haine ? »

Le recueil est divisé en trois parties : la marche lente des glaciers, carnet d’une glaciologue et l’effondrement des sentinelles. Le poète livre un travail exigeant de construction où l’on passe de la description poétique des glaciers, du froid, de la neige, du gel à une prise de conscience politique affirmée.

De l’inventaire à la Prévert du langage, du lexique, de la morphologie de la glace, nous passons, par la fragilité du glacier minutieusement décrit, par la révélation de nos propres fragilités, fractures, cassures et silences. Tout fond, tout s’effondre et pourtant nous restons de marbre. Le silence glace.

La glaciologue qui prend la parole au milieu du livre, très fortement inspirée de Heïdi Sevestre, nous montre les dégâts, la catastrophes, collecte ce qui est encore là et ne sera bientôt plus. Une mise en alerte dans l’espoir d’éveiller nos sens face à l’insensé qui se déroule à vitesse grand V. Redonner du sens : « Prendre soin du vivant. Et si c’était d’abord cela, le sens de notre vie sur Terre ? ».

Enfin vient le temps de l’action pour donner sens à nos vies. L’action au-delà des catastrophes, des COP dont on doute parfois de leur utilité.

Si le recueil est fort par sa charge politique, il l’est aussi par sa mise en page qui épouse littéralement son sujet. Esther Szac est la « typoglace » qui donne vie sur la page, qui donne forme à la neige, aux pentes, à la fonte, aux cassures, aux fractures. Elle donne corps au travail du poète, elle donne corps aux glaciers. Et parce que Bruno Doucey aime donner du sens mais aussi éveiller les autres sens, une version sonore de quelques poèmes existe grâce à un QR Code.

Bruno Doucey - Glaciers
Bruno Doucey - Glaciers
Bruno Doucey - Glaciers
Bruno Doucey - Glaciers

Publié dans #Poésie

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
L
je lis peu de poésies contemporaines
Répondre
Je comprends mais moi j’en lis beaucoup, ça m’est indispensable.
N
Le fameux titre dont tu me parlais, la version poésie de Bruno Doucey vs la version romancier chez moi (la logique est respectée ;-))... J'ai une tendresse particulière pour les textes qui disent la neige, la glace leurs fragilités et l'impermanence associée, alors, si un jour je me décide à mettre plus de poésie dans ma vie, pourquoi pas...
Répondre
Oui, si un jour tu te lances un peu plus en poésie, ce recueil pourrait bien te charmer.
K
Un peu expérimental pour moi, mais le thème m'intéresse... ^_^
Répondre
Disons que ça mélange les genres mais ça reste très accessible.