Marcelle Sauvageot - Laissez-moi
Publié le 26 Janvier 2026
Lettres au médiocre
« Je me marie… Notre amitié demeure… »
Ce sont avec ces mots qu’une jeune femme, en séjour dans un sanatorium, reçoit la rupture avec celui qu’elle pensait être son « double », son « bébé ». C’est le choc puis la colère.
Dans des lettres d’une simplicité et d’une justesse incroyables, la jeune femme livre à la fois ses questionnements, ses doutes mais, surtout elle brosse avec ironie et maturité un portrait saisissant de cet homme médiocre, lâche.
« Dois-je douter de l’amour ou de vous ? »
La rupture permet à la jeune femme de définir ce qu’elle considère comme de l’amour, ce qui en fait sa force, sa beauté. Lui ne semble vouloir que son bonheur personnel et une femme soumise. Elle démontre avec acuité les formulations toutes faites que certains hommes écrivent, ces formulations qui louent les qualités des femmes qu’ils quittent pour mieux faire passer la pilule.
La jeune femme démonte, désacralise… et bannit.
Ces lettres, elle ne les envoie pas car elle ne veut même plus entendre parler de lui. Elle ne peut revoir un homme qui se comporte ainsi. Elle ne peut revoir un homme qui l’abandonne malade pour son propre « bonheur ».
Ces lettres, elle ne les envoie pas car ce ne sont plus des réponses mais un dialogue avec elle-même, un « commentaire » pour reprendre le titre initial de ce court texte.
Ces lettres auraient dû faire date dans la littérature féminine par le refus de la complaisance, par le feu et la dignité qu’elles dégagent. Elles ont été oubliées après le décès par tuberculose de l’autrice à seulement trente-quatre ans. Depuis quelques années, elles refont surface parce qu’elles sont encore d’une modernité incroyable.
Texte relu après quelques années pour le challenge « Les classiques c’est fantastique » de Moka Milla consacré en ce mois de janvier aux courriers.
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