Hayao Miyazaki - Le Voyage de Shuna

Publié le 5 Novembre 2025

Hayao Miyazaki - Le Voyage de Shuna

Les germes d’une œuvre

Cet ouvrage est publié au Japon en juin 1983, deux ans avant la création du Studio Ghibli. La création a cependant commencé dès 1980 au même moment où il travaillait sur Nausicaä et la Vallée du Vent (le manga puis le film). On retrouve d’ailleurs cette même ambiance post-apocalyptique.

Le Voyage de Shuna n’est cependant pas un manga mais un emonogatari, ce qui signifie un récit illustré. Il est assez méconnu des admirateurs de Miyazaki et pourtant on retrouve tout ce qui va inspirer ses futurs chefs-d’œuvre animés tels que Princesse Mononoké (on retrouve le yakkuru comme celui d’Ashitaka, par exemple) ou même plus tardivement Les Contes de Terremer, réalisés par son fils Gorō d’après l’œuvre d’Ursula K. Le Guin.

Le récit est né d’une légende tibétaine que Miyazaki a lu en traduction japonaise, intitulée Inu ni natta ōji (Le Prince qui fut changé en chien). Le jeune prince Acho vole des graines dorées dans la tanière du Roi Serpent dans l’espoir de nourrir son peuple. Cependant, il est rattrapé par le Roi et transformé en chien.

De ce récit initial, Miyazaki n’en garde que l’essence, celle du prince qui part vers l’Ouest pour trouver des graines dorées légendaires dans le territoire des « êtres divins ». Il rencontre en chemin Thea et sa sœur qu’il libère de leur condition d’esclaves. Mais comme toujours chez Miyazaki, ceux qui ont aidé se font eux aussi aider en retour.

Le Voyage de Shuni aborde le thème de l’esclavage à travers le trafic d’êtres humains pour obtenir non pas de l’or mais des graines qui s’avèrent pour autant stériles. Elles peuvent nourrir la population mais elles ne permettent pas de faire soi-même la culture. Une façon détournée d’évoquer notre monde économique globalisé où tout le monde dépend de tout le monde, où l’on importe et exporte tout, où nous n’avons pas de quoi assurer la subsistance, individuellement ou en petit collectif.

Pour autant, Shuna n’est pas non plus un être aux grandes convictions comme d’autres héros chez Miyazaki. Il est lui aussi attiré par la promesse d’une abondance. Il est plus solitaire et sans doute plus sombre. Il a cependant Thea qui lui permet de se recentrer et de gagner en humilité.

Si Le Voyage de Shuna n’a pas la puissance des animés et des mangas de Miyazaki, il est très important car il porte en lui les germes du travail des décennies suivantes. Pour le coup, il est un peu cette graine que recherche Shuna pour l’abondance. Et cette graine-là est loin d’être stérile…

Traduit du japonais par Léopold Dahan.

Hayao Miyazaki - Le Voyage de Shuna
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Publié dans #Graphique

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F
Pas encore lu et j'ignorais que cette BD avait été dessinée si tôt! Merci pour cette info, ça remet dans le contexte et permet de voir l'évolution du trait de Miyazaki.
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Oui, on sent vraiment toute l'œuvre à venir dans ce graphique, c'est beau.
T
Merci pour cette présentation et ces extraits!<br /> (s) ta d loi du cine, "squatter" chez dasola
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L
Les dessins sont super beaux <3
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Oui ! Un bel ouvrage, une jolie histoire, tout pour plaire.
E
la couverture me tentait bien, mais je ne savais pas de quoi cela parlait, à voir si je le trouve à la bibli!
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Oui, il vaut le détour. Il est sorti depuis en format poche aussi.
L
J'aime beaucoup les dessins .
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Un grand !