Pierre Boisson - Flamme, volcan, tempête
Publié le 3 Novembre 2025
La part la plus rouge
Été 2022. Dans une bibliothèque oubliée, Pierre Boisson tombe sur le roman d’une autrice inconnue : Écarlate de Christine Pawlowska. L’autrice n’appartient pourtant pas à l’image que l’on se fait des autrices oubliées, celles des siècles passés ; c’est une contemporaine, son livre a été publié en 1974 à l’âge de vingt-deux ans, la même année que Les armoires vides, le premier roman d’Annie Ernaux. L’une est devenue Prix Nobel de littérature, l’autre a été oubliée.
« Que lui est-il arrivé pour écrire un livre pareil, et que s’est-il passé ensuite pour qu’on n’entende plus jamais parler d’elle ? »
Ébloui par ce texte d’une « violente nudité », Pierre Boisson décide d’enquêter pour tenter de comprendre, d’autant plus que le roman a connu un très beau succès critique et que son éditrice, Simone Gallimard, attendait avec impatience un nouveau manuscrit. On apprend très vite que l’autrice est morte en 1996 à seulement quarante-quatre ans.
Pierre Boisson a mené une enquête minutieuse qui a permis de révéler des événements importants de la vie de l’autrice mais aussi des absences, des manques. Les témoignages de son entourage et notamment de ses deux fils, Nicolas et Johan, ont été précieux pour appréhender cette femme complexe, sans cesse habitée par les flammes malgré les tempêtes dans son existence. Bien souvent, dans les destins brisés de femmes, les hommes ne sont jamais bien loin…
J’ai lu Écarlate avant de lire le livre de Pierre Boisson ; je voulais conserver une virginité face à ce texte, le lire pour ce qu’il est au départ, un objet littéraire. J’ai été frappée par sa très grande modernité : à peu de choses près, il aurait pu être écrit aujourd’hui.
J’y ai lu l’envie d’une jeune fille de ne pas entrer dans le monde des adultes, de ne pas être enfermé à un carcan, peu importe le prix à payer.
J’y ai lu aussi la violence, celle de la colère, celle qui peut s’expliquer par l’adolescence mais, on sent davantage. Ce n’est pas une posture. Ce n’est pas le sentiment exalté, lyrique et commun de n’importe quel jeune.
J’ai relu Écarlate après le livre de Pierre Boisson et tout s’est éclairé… et assombri. Ce livre nous regarde bien en face et, comme le dit Blandine Rinkel dans sa préface : « elle s’adresse à notre solitude et réveille, en secret, cette part indomptée qu’à sa façon, chacun porte en soi. Notre part la plus rouge ».
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