Rune Christiansen - La solitude selon Lydia Erneman
Publié le 15 Mai 2026
Ultra moderne solitude
Il n’est pas simple de parler des romans de Rune Christiansen. Je le dis parce que j’ai déjà lu il y a quelques années Fanny et le mystère de la forêt en deuil et je n’avais pas réussi à faire une chronique à l’époque. Aujourd’hui, avec ce nouvel opus, je peine encore.
Pourquoi ?
Parce que c’est le genre de roman que l’on ne peut pas décrire : on le sent, on le ressent. Pas d’aventures extraordinaires, pas de péripéties surprenantes… non, c’est la vie toute simple, toute bête pourrait-on dire, que l’auteur nous raconte avec sobriété et justesse. On est plutôt dans l’implicite, on est plutôt dans le contemplatif.
Oui, ça ne se décrit pas, ça ne s’explique pas mais c’est d’une grande beauté, d’une grande sensibilité et d’une grande intensité.
Je peux tout de même vous raconter rapidement l’histoire : nous suivons Lydia Erneman qui, après une enfance heureuse en Suède, devient vétérinaire dans le nord de la Norvège, dans un petit village – pour ne pas dire un trou paumé – où il ne se passe rien ou pas grand-chose. Et pourtant, ça passe, ça se passe et ce n’est pas forcément rien. Tout dépend de ce que l’on met derrière le rien. Là, dans ce roman, tout ce que vit, voit et sent Lydia, c’est un tout : les sublimes paysages nordiques, l’amour des animaux que l’on soigne, la vie conjugale, la maternité, le deuil, la difficulté à comprendre les gens tout en poursuivant les efforts pour y parvenir. C’est le temps qui passe et le regard tendre posé sur celui-ci. Le titre du roman est ainsi assez ironique car de solitude, Lydia n’en a pas vraiment. Elle est dans ce tout et elle s’empare de tout, surtout des petits riens.
Avec Lydia Erneman, l’auteur rappelle au lecteur que la vie n’est souvent faite que de ces petits riens qui font tout et qu’il faut savoir chérir. A force de courir vers l’extraordinaire, on perd ce qui fait le sel d’une vie. Alors, comme Lydia, continuons à nous ouvrir, à observer, à aimer et à accepter la vie telle qu’elle est ; après tout nous n’en avons qu’une.
Traduit du norvégien par Céline Romand-Monnier.
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