classique

Publié le 24 Février 2025

Alexandre Dumas fils - La dame aux camélias

Raison et sentiments 

Mars 1842. Notre narrateur se rend à une vente aux enchères dans l’appartement de la célèbre courtisane Marguerite Gautier. Il achète un exemplaire de Manon Lescaut de l’abbé Prévost.

Quelques jours plus tard, un homme, Armand Duval, se rend chez lui pour lui racheter coûte que coûte ce livre. Cette demande est l’occasion pour Armand de raconter son histoire d’amour avec Marguerite.

Nous entrons dans les splendeurs et misères de la vie de cette courtisane qui passe ses soirées au théâtre avec un bouquet de camélias de couleur blanche ou rouge selon sa disponibilité. Marguerite est une femme qui impressionne beaucoup les hommes tout en vivant à leurs crochets notamment ceux du Duc qui la gratifie avec largesse. Il n’empêche que le train de vie de la jeune femme peine à couvrir les dépenses. Cependant, derrière cette vie extravagante et faussement libre, Marguerite cache un lourd secret : son combat face à la tuberculose. L’épée de Damoclès au-dessus de sa tête lui donne envie de se jeter à corps perdu dans sa relation avec Armand et à rechercher une vie plus paisible, plus conventionnelle. Mais comment faire quand l’argent est le nerf de la guerre ? Quel sacrifice peut-on faire au nom de l’amour… et de la raison ?

Je n’avais encore jamais lu ce classique de la littérature qui est une réécriture de Manon Lescaut et a connu (et connaît toujours) un destin extraordinaire. Il a été aussi bien adapté au théâtre qu’à l’opéra avec La Traviata de Verdi, sans compter les adaptations cinématographiques et les inspirations libres comme Moulin Rouge de Baz Luhrmann (2001) avec Nicole Kidman. Nous pouvons citer Isabelle Huppert ou Isabelle Adjani dans le rôle de Marguerite.

Le roman a une origine autobiographique puisqu’Alexandre Dumas fils a pris pour modèle son ancienne maîtresse, la courtisane Marie Duplessis.

La dame aux camélias est une réflexion sur les conventions sociales et la moralité de cette époque. Il met l’accent sur la difficile condition des femmes tout en n’échappant pas au « male gaze » puisque tout est raconté du point de vue d’Armand. Cependant, la fin du roman révèle le journal intime de Marguerite, permettant d’avoir enfin accès à son intimité, à ses réflexions et à ses valeurs. Il s’en dégage une sincérité qui touche au cœur du lecteur surtout quand on comprend les motivations de la jeune femme vis-à-vis d’Armand.

L’amour que Marguerite lui porte change son rapport au monde. La valeur qu’elle confère aux choses évolue. Ce « revirement » est renforcé par la maladie qui la ronge. Elle passe d’une courtisane aux mœurs légères à une femme qui veut croire au bonheur et est prête à renoncer à l’argent là où tout était marchandisation. Mais, dans un monde aussi étriqué, les sentiments ne font pas bon ménage avec la raison et surtout la pression sociale.

J’ai grandement apprécié ma lecture. Le roman s’inscrit certes dans une tradition de la femme amoureuse sacrificielle mais il permet de nombreux points de vue et réinterprétations aussi bien féministes que patriarcales. Ce n’est pas pour rien que cette œuvre continue d’inspirer.

Lu dans le cadre du challenge « Les classiques c’est fantastique » consacré en ce mois de février aux « Filles de joie ».

Les classiques c'est fantastique - saison 5 - février 2025

Les classiques c'est fantastique - saison 5 - février 2025

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Publié le 27 Janvier 2025

Virginia Woolf - Flush

Une biographie qui a du chien 

C’est en lisant la chronique de Nicolemotspourmots que j’ai acheté ce livre qui a pourtant dormi plusieurs mois dans ma bibliothèque.

Le thème de ce mois de janvier pour le challenge « Les classiques c’est fantastique » était « les animaux, ces héros » ce qui m’a permis de le sortir et de le lire. Merci Moka Milla et Pages Versicolores !

Nouvelle assez méconnue, publiée en 1933, « Flush » est la biographie fictive du chien de la poétesse Elizabeth Barrett Browning. Pour autant, Virginia Woolf puise dans la correspondance entre la poétesse et Robert Browning pour structurer son récit.

Flush est un jeune épagneul cocker qui naît dans la campagne chez Miss Mitford. Cette dernière, pour remonter le moral de son amie Elizabeth Barrett, alitée dans sa chambre londonienne, décide de lui donner l’animal.

D’une vie en plein air à la campagne, Flush doit d’habituer à une vie recluse en ville et apprivoiser sa nouvelle maîtresse. Autant dire que sa vie est bouleversée.

Nous assistons à la naissance des liens entre Flush et sa maîtresse. Flush ne comprend pas vraiment le langage humain mais il a de l’instinct et finit par savoir comment se comporter même quand des choses l’énervent… ou des gens, comme le fameux Robert Browning dont Elizabeth tombe amoureuse.

Les années passent et réservent des surprises menant de Whitechapel à l’Italie.

Cette nouvelle, assez méconnue, est un petit bijou de finesse. Le récit est exquis, so british, so Virginia Woolf. L’humour est omniprésent et la satire a toute sa place. Parce que derrière l’histoire de Flush, c’est toute une critique de la société victorienne que livre l’autrice : les différences entre les humains et non-humains, entre les femmes et les hommes, entre les riches et les pauvres. C’est très habilement mené et avec parfois des accents shakespeariens.

Le plus bluffant est la façon dont Virginia Woolf réussit à rendre naturel le suivi de l’histoire à travers les yeux de Flush. Il ne comprend pas toujours ce que les humains font. Lui, il aime, inconditionnellement et finit même par s’émanciper quand les Browning s’installent en Italie. Emancipation qui va de pair avec celle de sa maîtresse, enfin libérée du joug de son père et d’une société victorienne qui meurt comme sa reine.

Traduit de l’anglais par Catherine Bernard.

Les classiques c'est fantastique - saison 5 - janvier 2025

Les classiques c'est fantastique - saison 5 - janvier 2025

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