Irma Pelatan - Basculement-mère
Publié le 11 Mai 2025
Maternéité
Mon amie Charlotte m’a tendu le livre et elle m’a dit : « Il me fait penser à toi ».
Alors, je l’ai pris.
Et elle avait raison…
Je me suis retrouvée dans ce recueil comme je m’étais retrouvée dans son premier livre L’odeur du chlore.
Je me demande souvent pourquoi je suis autant fascinée par l’océan alors qu’il m’effraie également beaucoup.
Je me le demande mais, en fait, je le sais très bien. C’est un lieu qui correspond à ce que je suis.
L’océan est mon corps. Large, enveloppant, calme souvent mais parfois déchaîné. Mon corps est un ressac perpétuel.
L’eau est ainsi devenue un élément à la fois familier et craint. Comme nos corps de femmes. Comme nos âmes.
La maternité a rendu encore plus criant cette force attraction-répulsion de l’océan.
Irma Pelatan écrit dans l’eau. Parce que c’est l’espace qui convient le mieux pour parler du féminin, du corps, de l’âme.
Irma Pelatan écrit dans l’eau pour donner naissance :
À une enfant
À une mère
À un recueil.
Elle donne naissance alors que tout semblait mort :
« Amies, c’est presque noyée que je vous écris ».
C’est pendant ce temps où elle bascule mère qu’elle convoque ses « sœurs » à « examiner cette contrainte qui pèse sur nos corps […] et, dans la flottaison, nous nous libérerons de ce qui, en nos corps, père ».
La Ophélie presque noyée devient ainsi Ariane, celle qui cherche la sortie du labyrinthe-corps qui emprisonne.
« Regagner l’intégrité de son corps, la délivrance.
Expulser les refus métabolisés, les peurs dites en gras ; la paix, enfin ».
En adoptant, Irma Pelatan fait l’expérience de la mère nullipare qui vit la « maternité-chimère » où le « nous dont tu fais partie », le « tᾱtou » polynésien, a toute sa place :
« L’océan aboli, a surgi le nous ».
Et ce besoin criant de ne pas transmettre le « fatal fatum des femmes de ma famille ». Comment ne pas la comprendre alors que je vis la même chose : ne pas transmettre mes peurs, mes fragilités, mes compulsions (convulsions ?) de vie à mes enfants et notamment ma fille ?
« Soyons monstres, soyons chimères, sœurs ! »
Dans ce recueil comme un ressac, le cri du ralliement à un nous féminin pour toutes, à ce que la poétesse nomme la « maternéité ».
Nul besoin d’être mère pour entrer dans la maternéité, elle englobe toutes les femmes. C’est un « espace de projection, un potentiel qui est comme un basculement, une sidération. L’éventualité de la vie ».
Et donner naissance, c’est d’abord se donner naissance à soi-même. Et savoir que les autres femmes vivent la même chose :
« Ces états-limites que quelques-unes connaissent bornent un continuum, que nous partageons toutes.
Une grande poésie impure ».
Rassembler, faire la paix, sortir des eaux pour être enfin sereines et souveraines.
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