Dominique Fortier - Quand viendra l'aube

Publié le 14 Mai 2025

Dominique Fortier - Quand viendra l'aube

Herbier marin

Nuit insomnie. Le bruit des vagues berce l’absence. De sommeil. De père. Un faux-matin où une palette de bleus s’étalent, se mélangent, se recomposent dans cette aube estivale.

Dominique Fortier ne compte plus ces insomnies et ces plongées dans les bleus de l’horizon et de l’âme.

Elle est « habitée par la colère » car elle ne pleure pas seulement la mort du père mais aussi sa vie.

Une vie de silence, c’est ce qui caractérise ce père qui « n’a rien laissé à jeter au feu : ni journal, ni manuscrit, ni correspondance ». Un « silence assourdissant, un fracas muet, privé d’échos » pour celui qui était pourtant bibliothécaire et savait donc l’importance des mots.

Pour briser le silence et sans doute pour apaiser la colère, Dominique Fortier ouvre un journal cet été après la mort, au moment même où elle écrit « Les ombres blanches » consacré, tout comme « Les villes de papier », à Emily Dickinson dont elle emprunte un vers pour le titre de ce journal.

Un journal comme un recueil de poésie car dans toute mort se cache la poésie.

Un recueil sur « l’épaisseur des bleus », les bleus du ciel, de la mer, du manque, de la nostalgie.

Un recueil des lieux qui ont toute leur importance dans son œuvre.

Un recueil de l’enfance qui était lui aussi silencieux et en noir et blanc.

Un recueil pour reprendre son souffle dans l’air vivifiant du bord de mer, quand ce n’est pas le fleuve Saint-Laurent qui refait surface.

Un recueil sur la littérature, ces livres qui sont « de petites lanternes [qu’elle] emporte partout et qui brillent dans le noir d’un éclat de luciole », juste ce qu’il faut pour ne pas se perdre en chemin.

Un recueil où, à travers la mort, la vie est célébrée.

Un recueil qui collecte tous ces petits moments qui donnent du sens à nos existences, ces moments fugaces, éphémères et pourtant sans cesse répétés d’une manière ou d’une autre, tel un ressac.

Un recueil intime qui me berce en tant que lectrice, où je peine à passer une page sans la corner car l’intimité de Dominique touche la mienne sur de multiples points.

Un recueil qui ne savait pas ce qu’il allait devenir mais qui a réussi une prouesse : « échafauder une suite à la mort » et « ça s’appelle continuer à vivre ».

Publié dans #Essai

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N
Tu donnes très envie, et la couverture est superbe de délicatesse ; je n'ai pas lu ses romans autour d'Emily Dickinson mais j'en ai beaucoup entendu parler (et l'un d'entre eux "Une ville de papier" a le même titre qu'un autre texte que j'ai adoré (écrit par Olivier Hodasava) sur un sujet tout à fait différent mais vraiment extra.
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Les éditions Grasset ont repris la couverture de l'édition québécoise si je ne me trompe pas.<br /> Je suis sans doute peu objective sur cette autrice que j'aime beaucoup.<br /> ça me rappelle quelque chose le Olivier Hodasava mais je n'avais pas fait le lien.