Cathie Barreau - Lettre de Natalia Gontcharova à Alexandre Pouchkine
Publié le 19 Mai 2025
Chaque grain de peau est un monde. Tes doigts ne savaient pas donner. Tu ne laissais pas le temps que l’on t’aime. Tu te fourvoyais sur le désir : le tien et celui des femmes.
Onde sensuelle
En 1837, l’auteur Alexandre Pouchkine provoque en duel Georges d’Anthès accusé d’être l’amant de sa femme Natalia Gontcharova. D’Anthès le blesse gravement au ventre. À l’agonie, Alexandre est ramené chez lui où il va mourir.
À partir de ce matériau réel, Cathie Barreau construit une fiction forte, aussi bien sensuelle que politique.
Tandis que son mari agonise dans la chambre d’à-côté, Natalia s’installe au bureau de son mari, prend la plume et lui écrit la plus longue, la plus franche, la plus belle lettre de sa vie. Une lettre qui ne pourra sans doute jamais être lu par son destinataire. Et pourtant, elle est là ; les mots coulent, ponctués par les gémissements, les râles d’Alexandre.
Natalia est une femme qui n’a connu que la solitude dans sa quête du désir, du plaisir. Elle rêvait que son mari et elle ne fassent plus qu’un. D’esprit. Mais aussi de corps.
Alexandre, l’homme volage. L’homme qui a toujours été dans la conquête. Dans l’assouvissement de ses désirs. Mais tout n’était qu’illusion.
Natalia, elle, sait ce que c’est. Le désir. Le plaisir qui en découle.
Si elle n’a jamais fauté avec d’Anthès, elle a connu « l’homme des promenades ». Les promenades comme le symbole d’une quête lente, patiente.
Le désir ne naît pas dans la vitesse. Le plaisir n’est pas une conquête, un droit qu’on arrache comme on tire une balle pendant un duel ou durant une guerre.
Ainsi, progressivement, la lettre se fait politique. Alexandre devient le représentant d’une culture viriliste. Il ne songe qu’à son désir tout en n’acceptant pas qu’un homme puisse lui aussi désirer sa propre femme ; sa propriété qu’il défend jalousement.
Dans sa lettre, Natalia ose enfin s’affranchir définitivement de cette possession même si, dans les actes, la liberté a déjà été acquise. Pour autant, pas de revanche, juste le constat clair et triste de deux êtres qui n’ont jamais vraiment su se trouver malgré l’amour qu’il y avait entre eux.
Alexandre, tu vas mourir et nous ne nous rencontrerons jamais.
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