Claire Dutrait - Vivre en arsenic
Publié le 5 Juin 2025
Catastrophe silencieuse
La vallée de l’Orbiel a été le site d’une exploitation d’or et d’arsenic de la fin du XIXe siècle jusqu’à la fermeture de la mine en 2004.
Malgré la fermeture, l’exploitation minière a laissé derrière elle une pollution importante à l’arsenic affectant aussi bien l’environnement que les corps des habitants. Les événements climatiques dont les inondations de 2018 ont engendré des ruissellements toxiques dans les zones de stockage.
Et pourtant, « Comment parler d’une catastrophe qui ne soit pas son nom ? »
L’autrice en se rendant sur place pour enquêter, ne voit rien au départ car tout est invisible et invisibilisé par l’inaction de l’Etat. Il lui faut passer par des experts, par des témoignages d’habitants pour palper ce qui était impalpable au premier abord : « Je sais mais je ne sens rien »
Claire Dutrait cherche à mettre la lumière cette catastrophe silencieuse, à capturer les « restes » de cette histoire minière avec des mots pour « tenter de dire quelque chose de cette manière très contemporaine de vivre avec des restes auxquels on n’a pas donné de nom, quelque chose de la texture du monde d’aujourd’hui ».
Le livre ne se présente ni comme un documentaire ni comme un simple récit d’enquête. C’est un livre hybride qui repose aussi bien sur des faits tangibles que sur une approche littéraire particulière. Elle créé par exemple un lien entre la vallée dégradée par l’arsenic et le destin tragique de Madame Bovary où elle invente le destin de sa fille Berthe. Elle fait également des ponts avec sa mère décédée tragiquement d’un cancer ou encore avec les témoignages des habitants. La poésie prend aussi toute sa place ainsi que le rêve.
Avec cette pluralité des points de vue et des approches, Claire Dutrait montre que les catastrophes ne se comprennent pas, ne se ressentent pas facilement si on n’adopte pas une pluralité de points de vue et d’approche.
Et ce texte-là qui avance avec des restes. Restes d’une enquête, restes de documentations, bribes de récits. Qu’est-ce qu’il fait sinon entrer en écho avec la geste minière, qui rassemble la légende extractiviste, l’épopée des mineurs et le mythe des alchimistes. Tous cherchent à donner sens et valeur à des restes qu’on croyait perdus. Tu vois bien qu’ici aussi le sens surgit entre les phrases. Et que toi-même tu exploites le filon, en quête de sens, en quête de valeurs qui nous diraient comment juger la mine et la catastrophe qu’elle a générée pour les générations des générations
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