Marie-Andrée Gill - Uashtenamu. Allumer quelque chose
Publié le 23 Juin 2025
C’est ça qui est ça
« Porter sur le monde un regard sans haine ».
Cette réplique du jeune Ashitaka dans Princesse Mononoké est en exergue de ce nouveau recueil de Marie-Andrée Gill.
Porter un regard sans haine.
Pas facile quand on voit le monde se dérouler sous nos yeux. Les guerres, les fascismes, le dérèglement climatique.
Ne pas porter un regard de haine est de plus en plus compliqué et pourtant de plus en plus nécessaire.
Mais, la poétesse, tel un mantra, répète :
« de tout mon cœur
je choisis de croire
que tout est parfait
parce que tout est ».
Dans Uashtenamᵁ, Marie-Andrée Gill nous livre une poésie des petits instants, de nos petites vies bien ordinaires, qui ne pèsent pas bien lourd face à ce qui nous entoure.
Mais ce n’est justement pas ce qui nous entoure : nous formons un tout. Ce n’est pas un entourage, c’est un maillage, des relations, une connexion… ou pantoute !
« c’est peut-être ça le réel
là où il n’y a pas de frontières
entre soi et le reste ».
La poétesse nous invite à poser un regard horizontal sur les choses face la grande verticalité que l’on nous oppose sans cesse. Qui nous oppose.
On côtoie ainsi dans ce recueil la beauté des couchers de soleil, le pick-up de l’oncle décédé en héritage, la naissance d’une nièce, les enfants qui grandissent et deviennent autonomes, les mots échangés avec Danaé..
Changer la focale. Accepter ce qui est sans pour autant se résigner.
Réveiller une conscience. Voir ce qui ne va pas mais être capable de voir ce qui va. L’émerveillement, la gratitude comme moteurs.
C’est une nouvelle forme d’engagement, une philosophie, une spiritualité. De l’apaisement.
C’est allumer quelque chose qui n’est pas forcément définissable d’où son « c’est ça qui est ça ».
Des choses pas définissables peut-être mais pour lesquels on appose malgré tout des mots.
Parce que c’est important.
Parce que « les mots sont capables de modifier la chimie des cerveaux et le battement des cœurs », comme le dit l’écrivaine Leanne Betasamosake Simpson citée par la poétesse.
Tout va peut-être mal mais il y a de quoi se réjouir.
C’est dans cet équilibre que nos vies si ordinaires sont extraordinaires.
Miraculeuses même.
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