Arundhati Roy - Le Dieu des petits riens

Publié le 21 Août 2026

Arundhati Roy - Le Dieu des petits riens

Le coût de la vie

« Tant de choses peuvent changer en l'espace d'une journée ».

Et tant de vies peuvent changer aussi en un claquement de doigts.

Années 90. Rahel Kochamma, jeune trentenaire, revient à Ayemenem, son village d’enfance dans le Kerala en Inde après des années d’absence. C’est l’occasion pour elle de renouer avec son frère jumeau Estha qu’elle n’a pas revu depuis un drame qui les a éloignés l’un de l’autre, il y a près de vingt-cinq ans. De nombreux flashbacks permettent de remonter le fil des événements, de leur vie auprès de leur mère Ammu, de leur grand-mère Mammachi, de leur oncle Chacko ou encore la grande-tante Baby Kochamma. Ils permettent surtout de plonger le lecteur dans la complexité de la société indienne et de ses maux. Je ne peux pas en dire davantage sans déflorer l’intrigue et ce serait vraiment dommage (d’ailleurs, ne lisez surtout pas la quatrième de couverture !!!).

Je voulais lire Arundhati Roy depuis un moment et la sortie récente de son dernier roman, Mon refuge et mon orage, a remis cette envie au goût du jour. Et j’ai très bien fait de succomber enfin à ce premier roman qui est remarquable tant sur le fond que sur la forme.

Arundhati Roy a l’art d’emmener son lecteur dans une structure narrative complexe, non linéaire, riche en détails qui paraissent être mineurs et pourtant, ils tissent une trame solide. C’est aussi tout le talent de l’autrice de parvenir à dresser le portrait de l’Inde de la fin des années 60 aux années 90 dans toute sa diversité et ses problèmes à travers une famille plutôt aisée, cultivée, entreprenante, chrétienne et Touchable. Plein de sujets sont abordés : la gémellité, la perte de l’enfance et de l’innocence qui va avec, le système de castes, la place des femmes, les soubresauts politiques (la montée du marxiste à la fin des années 60), la corruption et l’histoire coloniale en toile de fond.

Le tout est servi par une prose magistrale qui capte le lecteur (ou peut éventuellement le laisser de côté selon la sensibilité pour ce type d’écriture). Je ne suis pas surprise que l’autrice ait pu aussi rapidement recevoir le Booker Price. Je regrette d’ailleurs qu’elle n’écrive pas davantage de romans, la majorité de son œuvre étant composée d’essais.

Une bien belle découverte (at last !) que je recommande si, comme moi, vous avez laissé trop longtemps cette lecture de côté.

Traduit de l’anglais par Claude Demanuelli.

Publié dans #Roman

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