Lisa Ridzén - Les grues s'envolent vers le sud
Publié le 18 Août 2026
Jeunesse s’envole
« Je rêve de le déshériter, de faire en sorte qu’il ne reçoive pas un centime ».
En lisant l’incipit, on pourrait s’attendre à une version masculine de Tatie Danielle mais il n’en est rien.
Nous suivons Bo, 89 ans, dans sa vie quotidienne chez lui. Nous le suivons grâce à son récit, sous la forme d’un journal mais aussi grâce au journal de transmissions des aides à domicile.
Si Bo est furieux contre son fils Hans, c’est parce que ce dernier veut lui enlever sa chienne Sixten, estimant qu’il ne peut plus s’en occuper correctement. Ce conflit permet de mettre en avant dans ce roman trois aspects importants.
Tout d’abord, le roman évoque la perte d’autonomie liée au vieillissement, perte dont Bo ne se rend pas forcément compte, d’où tout l’intérêt de suivre son journal, son point de vue pour estimer ce qu’il ne parvient plus à faire ou à se souvenir.
Ensuite, le roman aborde les difficiles relations entre père et fils. Et pas uniquement entre Bo et Hans mais également entre Bo et son père. Une masculinité familiale sur trois générations et, heureusement avec des évolutions positives même si les relations ne sont pas toujours évidentes.
Enfin, à travers la valse des aides à domicile et le rôle de Hans, l’autrice met en lumière la difficulté des aidants et des professionnels du troisième âge. Et pourtant, je n’ai pas pu m’empêcher de penser tout au long du roman que Bo avait de la « chance » d’être aussi bien suivi. Je ne sais pas si sa situation est représentative de toutes les personnes âgées dépendantes de Suède mais, une chose est sûre, en France, nos aînés ne sont pas aussi bien lotis. Ce n’est pas comme si nous ne savions pas à quel point ils sont maltraités mais tout de même, l’effet miroir fait mal.
Le roman possède encore d’autres richesses, évoquées parfois par des flashbacks, comme la relation amicale de Bo avec Bure, les liens avec sa petite-fille Ellinor, le lien fort à Sixten, la puissance de son amour pour sa femme Friedrika, aujourd’hui atteinte d’Alzheimer et logée en maison de retraite. On voit cet amour entravé par la démence de son épouse, la gêne de Bo à la voir dans cet état sans se rendre compte que lui-même est de plus en plus diminué.
Liza Ridzén, avec ce très beau roman, évoque tout ce qui meurt avant la véritable mort mais aussi tout ce qui survit avant et sans aucun doute après la mort : les liens aux autres.
Je vous le recommande chaudement.
Traduit du suédois par Catherine Renaud.
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