Sébastien Ménestrier - La petite zone avec de la lumière

Publié le 11 Janvier 2026

Sébastien Ménestrier - La petite zone avec de la lumière

La lumière des petits riens

Novembre 2018. Bastien sort d’un séjour en maison de repos. Nous ne savons pas exactement ce qui s’est passé et ce n’est pas tellement le sujet du livre. Ce qui compte pendant les cinq mois où nous le suivons, c’est son retour à la vie, son retour dans un monde qui ne tourne pas forcément rond. Ce sont cinq mois sur la reconstruction de soi, sur la beauté et la fragilité, « sur le fil », sur le ténu.

Bastien est AESH et s’occupe ainsi à l’école du jeune Thomas en situation difficile lui aussi. Il retrouve également sa mère Coco et sa sœur Anouk. Il renoue les liens avec son fils Nino qui vit avec sa mère Fanny. Le tout est rythmé par les manifestations des gilets jaunes.

C’est le quotidien banal après un passé compliqué et c’est ce retour à la banalité qui fait surgir la beauté, la lumière. Que vaut une lumière si elle est crue, permanente, aveuglante ? Pour vivre le beau, le lumineux, il faut réussir à les déceler dans l’obscurité du monde, dans la noirceur de nos âmes.

C’est un roman loin des injonctions performatives de notre société, qui montre la blessure, la fragilité, l’accident non comme des échecs mais comme des bifurcations.

Pour l’aider dans ce retour à la vie quotidienne, Bastien écrit : l’écriture est sa petite zone de lumière ; elle lui permet de se réapproprier le monde autour de lui, les personnes qui gravitent autour de lui. Ainsi, chaque mois raconté se termine par une de ses nouvelles écrites dans la chambre jaune.

Parlons justement de l’écriture de Sébastien Ménestrier : elle épouse parfaitement son sujet par sa limpidité, sa simplicité. Pas d’effets de manche, pas de démonstration. Le texte dit ce qu’il a à dire sans son économie, dans ses silences.

On pourrait reprocher au récit de mêler trop de sujets à la fois mais n’est-on pas justement débordés par tout, par ce monde fou ?

Une bien belle surprise que ce roman lu d’une traite au cours d’un trajet en TGV et relu plus tranquillement à la maison ensuite. Parce qu’il méritait que je lui accorde davantage de temps et d’attention. Parce que je voulais entendre de nouveau ce que Bastien déclare dans ce roman : « Je veux que les gens entendent ça, les petits riens ».

Publié dans #Roman

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N
Voilà qui m'a l'air d'une fort jolie délicatesse, à commencer par ce titre inspirant. J'aime l'idée de "voir les petits riens", ça me parle.
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Oui j’aime beaucoup également.
E
Belle citation en effet!
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L
je suis tellement d'accord, avec cette dernière phrase . Le bonheur peut être fait de petits riens . Cela me fait penser à cette phrase qui termine le roman de Maupassant "une vie"<br /> "La vie, voyez-vous, ça n'est jamais si bon ni si mauvais qu'on croit. »
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Maupassant a eu une si belle idée en mettant cette phrase ! Elle est si vraie.
A
J'ai beaucoup aimé cette lecture. Je suis curieuse de voir ce que l'auteur va faire après ce premier roman.
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Oui, je vais regarder ça de près aussi !
K
Suite à un billet de Aifelle ? je l'avais déjà noté; De plus j'aime beaucoup l'éditeur...
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Oui, j'aime aussi beaucoup leur catalogue. C'est généralement une valeur sûre.