Sylvie Le Bihan - L'ami Louis
Publié le 16 Novembre 2025
Amitiés et engagements
Quel bonheur de retrouver Sylvie Le Bihan dans ce roman qui, comme Les Sacrifiés, célèbre la foi en la littérature, la force de l’engagement et le bonheur de l’amitié.
Après Federico García Lorca (qui n’est pas loin mais nous en reparlerons), Sylvie nous embarque aux côtés de Louis Guilloux, auteur du roman Le Sang Noir, qui a loupé de peu le Goncourt avant d’obtenir le prix Renaudot en 1949. Depuis son décès en 1980, il faut avouer que cet auteur est quelque peu tombé en désuétude avant de connaître une reverdie récente avec la reparution chez Folio de plusieurs de ses romans dont Coco Perdu préfacé par Annie Ernaux.
Pour nous faire parvenir à Guilloux, originaire de Saint-Brieuc tout comme elle, l’autrice ouvre une porte fictionnelle. Nous suivons ainsi Elisabeth Daguin, une jeune française travaillant en Angleterre pour le Booker Prize. En 1976, Bernard Pivot lui propose de travailler pour son émission Apostrophes. Elle se retrouve rapidement à préparer une émission spéciale sur Albert Camus. C’est en effectuant ses recherches et grâce à quelques relations qu’Elisabeth découvre que l’auteur Louis Guilloux était un très grand ami de Camus. Malgré leur différence d’âge, les deux amis étaient non seulement réunis par l’amour de la littérature, le respect mutuel de leurs productions littéraires mais aussi par leurs origines modestes.
Sylvie Le Bihan nous permet de découvrir Guilloux à travers ses écrits mais surtout ses engagements divers et variés notamment auprès des réfugiés espagnols accueillis à Saint Brieuc (et nous refaisons le pont avec Federico García Lorca). Comme dans ses précédents romans, Sylvie a l’art de mêler habilement le travail documentaire à sa fiction. Tout coule de source, tout est fluide, on ne sent pas du tout les archives et pourtant elles sont bien là pour apporter cette épaisseur que la fiction vient ensuite sublimer.
En un peu plus de 400 pages, l’autrice nous livre un roman à multiples facettes sur le monde de l’édition, les classes populaires, les secrets, l’écriture, les relations familiales, amicales ou amoureuses mais surtout, ce roman donne ses lettres de noblesse aux valeurs humanistes, ces valeurs qui n’ont plus la côte aujourd’hui dans ce monde où l’empathie disparaît, où la foi en l’humanité fout le camp. Ce roman est l’éloge de la simplicité, de la tendresse, ce qui n’exclut en rien la complexité et l’ambivalence des personnages et des situations exposées. Parce que notre monde est comme ça, même si on tente de nous faire croire le contraire.
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