Jonas Sollberger - Viens Élie

Publié le 24 Mars 2026

Jonas Sollberger - Viens Élie

Fuite en avant

Tout commence avec l’abattage d’un arbre par le père… et toute une forêt finit par prendre la place.

Une fin de journée caniculaire. Élie sort son oiseau domestique Moïse pour lui faire prendre le frais dans la forêt. Alors que l’animal a toujours été très proche d’Élie, il prend son envol et ne revient pas. Pour Élie, Moïse s’est perdu. À aucun moment, il n’envisage que l’oiseau ait voulu reprendre sa liberté. Alors, Élie cherche Moïse, cherche… cherche… cherche encore. Malgré le soleil qui décline doucement mais sûrement. Malgré la demande du père de l’aider à rentrer le bois. Malgré la sœur et la mère qui viennent à sa rencontre pour l’inciter à rentrer. Malgré le souper qui attend. Et surtout malgré le recrutement militaire qui l’attend le lendemain.

Il cherche, il cherche, il cherche et les phrases s’accumulent, se suivent, sans ponctuation (hormis pour les dialogues). La langue semble chercher en même temps qu’Élie. Elle se fait répétitive, lancinante, presque incantatoire. Elle épouse la quête d’Élie. Mais est-ce vraiment une quête ? Élie n’est-il pas en train de fuir en cherchant Moïse, ce guide qui va lui faire défaut pour traverser cette mer d’incertitudes qui s’ouvre devant lui ? En s’enfonçant encore plus dans cette forêt qui devient un personnage, Élie fait remonter des souvenirs de son enfance comme les sorties avec sa sœur et sa mère à la Clairière du Noyer. Et le son des cloches du village qui vient ponctuer ce récit sans ponctuation, qui joue un peu le « Remember ! » de L’Horloge de Baudelaire, ce « Temps [qui] est un joueur avide / Qui gagne sans tricher, à tout coup ! c’est la loi ». En fuyant dans la forêt, Élie semble fuir l’entrée dans le monde adulte annoncée par le recrutement militaire. L’oiseau Moïse peut être vu comme l’innocence qui s’envole pour s’enfoncer dans l’obscurité du monde des adultes, cette forêt sombre et effrayante des contes de fées où chaque arbre peut être abattu. 

Viens Élie est une histoire de fuite dans un monde qui a de quoi faire peur.

Publié dans #Roman

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F
Ça a l'air d'être une sacrée expérience de lecture. Je ne suis pas sûre de m'y risquer, je sens que je pourrais m'y perdre, sans ponctuation.
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Malgré l’absence de ponctuation, ça se lit bien car c’est bien rythmé.
I
Tiens, je viens par hasard d'écouter une interview de l'auteur sur France Inter, dans l'émission Aux livres, etc.. je suis assez intriguée...
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Ah, cette ITW m'a échappé, je vais écouter ça.
D
Bonjour Virginie, je ne sais pas si je le lirais un jour mais en tout cas, tu en parles très bien. Tu as titillé ma curiosité. Bon après-midi.
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Merci. C'est sûr que ça ne plaira pas forcément à tout le monde, mais c'est un univers à découvrir.
D
Je reste un fervent admirateur de Minuit, il est fort possible que je tente celui-ci.
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Ecoute, je suis curieuse d'avoir ton opinion sur ce roman. :-) (je lis bientôt un autre Minuit)
A
Elle paraît bien sombre cette histoire et le manque de ponctuation ne me rassure pas.
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Malgré le manque de ponctuation, ça se lit de façon fluide (par rapport à d'autres romans qui utilisent le même ressort).