Anne Godard - Nous aussi
Publié le 24 Août 2026
La familia grande
Elle a tout pour elle, cette famille. Elle est issue de la haute bourgeoisie, elle est catholique, elle est bien éduquée, elle est lettrée, elle est parisienne, elle est propriétaire d’un immeuble dans les plus beaux quartiers, elle est unie.
Elle forme un bloc, cette famille. C’est l’entre-soi. Au point où c’est l’ère du « on » qui règne dans le récit. Ce « on », rare en littérature, où le singulier se fait pluriel, où l’individu se fond dans le collectif.
Elle est un organisme, cette famille. Vivant. Qui se multiplie, se reproduit à l’infini.
Jusqu’au jour où une cellule maligne vient contaminer ce corps familial, le rendre malade, le tuer à petit feu.
D’un coup, tout s’effondre comme un château de cartes. L’illusion familiale prend fin. Le rideau tombe sur le théâtre social. La comédie humaine tourne à la tragédie au beau milieu de la cour de l’immeuble. La tragédie révèle ce qui a été enfoui. Le déni. La cécité volontaire.
Le « on » est coupable mais quel « on » ? Le collectif ou l’individuel ? Et le récit bascule doucement vers le singulier, vers une voie féminine qui finit par assumer un « je » dans les dernières pages.
Avec Nous aussi, Anne Godard livre un roman percutant. Le sujet, grave, est de plus en plus évoqué dans les livres ces dernières années. Mais ce qui capte le lecteur ici, le ferre, c’est le procédé narratif choisi et le rythme de l’écriture, menés de main de maître par l’autrice et conférant à l’histoire une puissance incroyable.
Pierre par pierre, avec de courts chapitres, Anne Godard construit l’édifice familial dans toute sa splendeur pour mieux le démolir par la suite à coup de pioche puis de bulldozer.
Un roman magistral, un grand coup de cœur.
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