Anthony Passeron - Les enfants endormis
Publié le 11 Avril 2025
Années Sida
Début des années 80. Dans un village de l’arrière-pays niçois, les grands-parents d’Anthony Passeron ont réussi, à force de travail et de patience, à s’élever socialement. Leur activité de boucherie est florissante et leur cadet est prêt à prendre la relève. Leur aîné Désiré – ce prénom qui dit tellement de choses – est aussi le premier à avoir fait des études supérieures. Ils ont de quoi être fier dans la famille Passeron. Et pourtant, Désiré sombre : il fait partie de ces « enfants endormis », ces jeunes ravagés par l’héroïne qui finissent par s’écrouler sur les trottoirs. Dans la famille, c’est le déni avant que la vérité ne leur saute au visage. Et puis Désiré tombe malade, tout comme sa femme et leur fille…
Pendant ce temps, dans la communauté scientifique, on s’étonne de découvrir des patients avec des symptômes qu’on ne voyait pas ou plus. Les cas de sarcome de Kaposi explosent. Petit à petit, après des tâtonnements, des erreurs et des conflits, le VIH et le Sida font leur entrée. Au-delà de la découverte, il y a toute une population menacée à protéger, des malades à soigner. Les échecs sont légion ce qui rend les réussites précieuses.
Anthony Passeron fait le choix de raconter ces deux histoires en alternance. Parce que derrière le drame d’une famille qui fait face à la honte, à l’exclusion, à la peur et aux épreuves, il y a toute une communauté qui patauge, fait des découvertes capitales mais se crêpe aussi le chignon entre chercheurs américains et français. C’est sans compter le gouvernement qui agit avec dix trains de retard…
Anthony Passeron voulait que son livre soit le fruit du silence de sa famille, de toutes les familles qui ont vécu dans une « solitude absolue ». Ecrire l’histoire de son oncle, de sa famille, de tous ceux qui ont vécu ces épreuves et en ont payé le prix : la famille d’Anthony Passeron a explosé de plusieurs façons avec ce drame.
On a tendance à oublier ce que c’était ces premières années du Sida, cette mort sociale annoncée avant la déchéance des corps et la mort réelle, cette maladie qui met sans cesse en échec les médecins avant des découvertes majeures. Quarante ans après, le combat est toujours là même si on n’en parle plus beaucoup hormis pendant le Sidaction. Les livres comme celui d’Anthony Passeron, passionnant et sans pathos, nous permettent de conserver une mémoire pour les plus de 38 millions de morts du Sida dans le monde.
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