Laurine Roux - Trois fois la colère
Publié le 20 Octobre 2025
Avant toi, il y a eu des fautes. Avec toi, il y en aura. Il faudra réparer.
Vengeance
Je n’avais pas relu Laurine Roux depuis Le sanctuaire mais, en quelques pages, j’ai eu l’impression de revenir à la maison, dans un cocon familier. Pourtant, ce n’est pas la douceur qui caractérise cette histoire sous la forme d’un conte moyenâgeux.
Nous sommes dans les confins des Hautes-Alpes, dans la contrée de Bure où règne le terrible Hugon, un sei/aigneur comme dans les contes de fées, un ogre. Une jeune fille débarque un jour et l’assassine, lui coupe la tête. Il s’agit de Miou, sa petite-fille. Pourquoi ce geste ? Pourquoi cette violence ?
Laurine Roux nous ramène aux racines de ce qui devient une vengeance : le sort de trois enfants séparés à la naissance. L’une est élevée par Clarisse de Bure, la femme d’Hugon ; l’une reste avec sa mère Gala et le dernier est élevé dans le monastère bénédictin des Crots, dirigé par le prieur Guillaume. Trois destins différents mais unis par une tache de naissance puis la soif d’une justice.
Trois fois la colère est une histoire de vengeance mais surtout une histoire sur la transmission : que fait-on d’un héritage subi ? Comment mettre fin à une malédiction familiale ? Comment pousser à côté, en marge d’une filiation pesante, comme un drageon ?
Dans ce conte quasi mythologique, Laurine Roux a l’art de mêler la noirceur du récit avec une langue frétillante, sensorielle. L’autrice se balade en littérature : son écriture semble sans effort alors qu’il y en a forcément mais, ça ne se ressent pas tellement c’est fluide, tellement ça semble simple. Pour autant, la langue est précise, riche, poétique. La construction est remarquable et les personnages ne sont pas du tout manichéens. Miou, le bras vengeur, a un petit côté Arya dans Game of Thrones. Mais là où Arya énumère ceux qu’elle veut tuer, Miou énumère ceux qu’elle souhaite venger.
La Nature est un personnage : elle est effrayante à l’image de la forêt de Bénévent, forêt honnie, crainte. Elle est luxuriante, sensuelle, dangereuse. Elle a un corps, plusieurs même et fait corps avec les hommes que ces derniers le veulent ou non. Le récit a quatre grandes parties liées aux plantes : Racine, Branche, Sève, Drageon. Cette idée de corps craint, honni, maltraité a aussi son parallèle avec le corps des femmes.
Une magnifique lecture au point d’avoir regretté l’accélération sur la fin alors que je voulais encore rester avec les personnages. Une magnifique lecture qui m’a montré qu’il fallait que je lise de toute urgence les deux titres précédents pour combler mon retard (mais c’est bien aussi de garder de côté de très bons romans).
/image%2F7084934%2F20250126%2Fob_10b2e4_couverture-blog.jpg)