Marina Skalova - Le corps cille et Laura Tirandaz - J'étais dans la foule

Publié le 23 Novembre 2025

Marina Skalova - Le corps cille et Laura Tirandaz - J'étais dans la foule

Corps virgules

Deux recueils chez une même maison d’édition. Deux poétesses. Deux couvertures bleues. Il y a comme un petit air de famille… et ça ne s’arrête pas là.

Marina Skalova et Laura Tirandaz, deux voix qui « s’enlanguent », s’entrelanguent pour parler du corps.

Chez Laura Tirandaz, la solitude de l’être parmi des milliers de visages, le corps solitaire dans une foule de corps, le corps féminin (mais aussi masculin) dans un corps social où règne la violence du pouvoir.

« Ton corps qui se fait virgule » écrit-elle dans un des poèmes, faisant écho aux vers de Marina : « au début n’étais qu’une virgule », « tu cédilles / tu virgules tu / parenthèses ».

Les corps, des virgules dans des récits que l’on écrit sans penser à eux. Quelque chose d’infime, et pourtant, tout le monde sait l’importance d’une virgule dans une phrase, ce qu’elle fait, le sens qu’elle donne ou pas.

« Dédale piège refuge » écrit Laura Tirandaz dans J’étais dans la foule, recueil qui évoque notamment la vie en Iran et la répression qui y règne mais sa poésie va sans aucun doute au-delà de ce pays : elle peut parler à tout corps, à tout esprit qui pense et a sans doute du mal à parler, à dire, à évoquer. Le corps est le terrain de l’indicible, de l’intime profané, parfois une enveloppe qui semble vide – « et corps se dépeuple » répond Marina Skalova. Le sentiment de vide, de trouble, de vacillement nous envahit sans cesse, surtout quand on est une femme.

Marina Skalova, dans Le corps cille, raconte la dépossession du corps avec la maternité, ce décalage du « je » au « tu » qui advient, cet accouchement poétique aux forceps. Pour évoquer ce décalage, elle écrit en trois langues : le français, l’allemand et le russe (en version romanisée même si le cyrillique refait surface à la fin du recueil). Ce n’est pas une première fois : dans Atemnot, elle avait déjà mêlé le français avec l’allemand. Je ne peux que me souvenir de la phrase de Marina Tsvetaeva, en exergue d’Atemnot, disant « Ecrire des poèmes, c’est déjà traduire ». Dans Le corps cille, nous avons à la fois le même texte traduit mais forcément avec des variations : traduire c’est un peu trahir mais c’est surtout ajouter des couches, des façons de dire, de couvrir.

Deux magnifiques recueils que je vous invite à découvrir.

Marina Skalova - Le corps cille

Marina Skalova - Le corps cille

Marina Skalova - Le corps cille

Marina Skalova - Le corps cille

Laura Tirandaz - J'étais dans la foule

Laura Tirandaz - J'étais dans la foule

Laura Tirandaz - J'étais dans la foule

Laura Tirandaz - J'étais dans la foule

Publié dans #Poésie

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L
je lis peu de poésie et jamais traduite car pour moi la poésie est une musique de mots
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Pour le coup, ce sont deux œuvres écrites en français. Je comprends cependant pour la poésie traduite même si je trouve certaines traductions très bonnes. De façon générale, j'aime les versions bilingues (même pour des langues que je ne maîtrise pas... on peut avoir une idée générale).