art

Publié le 6 Septembre 2026

Olivia Laing - Lonely City

La solitude, commençais-je à comprendre, était un lieu très habité : une ville en soi.

Olivia Laing

In my solitude

Alors qu’Olivia Laing quitte l’Angleterre pour vivre avec son petit ami à New York, leur relation prend fin. L’auteurice se retrouve ainsi seul.e dans cette ville étrangère immense. La solitude s’installe et lui donne matière à réfléchir sur ce sentiment qui embrasse beaucoup de gens à un moment ou un autre de leur vie.

Si la solitude n’est pas forcément synonyme d’isolement, elle est souvent entâchée par la honte. Être solitaire, c’est faire avec l’absence, avec le manque de lien et c’est plutôt tabou dans nos sociétés qui encouragent à faire réseau.

L’auteurice décide de consacrer une grande partie de son enquête aux arts visuels dans la représentation du sentiment de solitude. En les rassemblant, iel se confronte aussi aux personnes à l’origine de ces œuvres. La plupart sont des artistes des années 60/70/80 en marge, des outsiders, souvent des personnes LGBT, avec la plupart du temps des enfances difficiles et pour certains des addictions ou la maladie, notamment le Sida. Nous suivons principalement les figures d’Edward Hopper, d’Andy Warhol, de Henry Darger, de Klaus Nomi et surtout de David Wojnarowicz. Ces artistes, auxquels Olivia en ajoute bien d’autres (et des artistes femmes également), ont fait eux aussi l’expérience de la solitude et ont su non seulement faire une représentation de cet état mais également faire de l’art une arme contre elle. L’art comme outil pour communiquer, partager, briser le silence… et consoler aussi ceux qui admirent les œuvres, même des décennies après leur réalisation.

Olivia Laing trace ainsi une cartographie toute personnelle de la solitude à partir de son expérience, de ces artistes mais également à l’aide de la philosophie ou encore de la psychologie. Il en résulte un ouvrage très documenté, très solide, passionnant même si très foisonnant et dispersé. Il donne aussi à voir le visage d’une ville qui a beaucoup évolué au fil des décennies, davantage encore sous le règne de Rudy Giuliani.

Olivia Laing aborde également, de façon intelligente, les réseaux sociaux, utilisée pour combler un vide mais qui, bien souvent, renforcent davantage le sentiment de solitude et la dépression qui peut en découler. Les likes comme coups d’éclat, leur absence comme coups de hache. Et encore, le livre est sorti initialement dans le monde anglophone en 2016 (et oui, il a fallu attendre dix ans pour sa publication en France !), il y aurait encore bien des choses à compléter dans cette partie.

J’ai été ravie de découvrir le travail d’Olivia Laing qui avait vraiment tout pour me plaire : New York, la solitude et l’art. J’espère que les éditions Gallimard continueront de publier ses autres essais.

Traduit de l’anglais par Stéphane Roques

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Publié dans #Art, #Essai

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Publié le 2 Septembre 2026

Jean-Baptiste Del Amo - Une éclaircie

Habiter le monde après l’effraction

Comment habiter le monde après l’effraction ?

C’est la question que se pose Jean-Baptiste Del Amo quand la maladie fait irruption dans sa vie, au moment où il s’installe dans une nouvelle demeure, la maison des cerfs, avec son compagnon.

Comment habiter ce corps qui trahit, qui diminue, qui donne le sentiment d’être dissocié, fragmenté – sans compter la douleur ?

Quelques mois après le diagnostic, dans une période de répit fragile qui l’angoisse, on lui propose de participer à la collection « Ma nuit au musée ». Immédiatement, il pense aux Pinturas negras de Goya exposées au musée du Prado.

Comment ne pas voir un lien, un dialogue même sur la perception du monde modifiée par la maladie entre l’auteur et le peintre, malade lui aussi au moment de la création des peintures noires ?

Dans Une éclaircie, dans le ciel orageux de la maladie, Jean-Baptiste Del Amo livre un récit intime, introspectif à la seconde personne du singulier, comme pour tenter de mettre à distance, comme pour conjurer le sort. Un récit « fragmenté et kaléidoscopique » à l’image de l’expérience de la maladie.

Comment la maladie change la focale. Comment elle nourrit de nouvelles expériences. Comment elle oblige aussi à lutter. Comment elle rapproche aussi des individus dans des lieux et des temps différents, réunis malgré tout par l’art et ce combat. L’écriture, plus enrobée habituellement dans ses romans, épouse davantage la sobriété ici, comme pour dire les choses avec honnêteté, avec rigueur.

Un bien bel opus dans cette collection qui recèle beaucoup de pépites

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Publié dans #Roman, #Art

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Publié le 18 Janvier 2026

Vanessa Desclaux et Agnès Geoffray - Elles obliquent. Elles obstinent. Elles tempêtent

Résistance à la silenciation

Vagabondes. Déviantes. Vicieuses.

Elles sont trop pour une société qui leur veut peu.

Le corps féminin contrôlé, maté, mis dans le rang.

Une justice genrée pour « préserver » la société.

Une justice livrée souvent sans preuves.

Enfermées pour « préserver » une société malade, obsédée par l’ordre social et ce qui concerne la sexualité.

Qui est finalement déviante ? Ces jeunes filles ou cette société ?

Enfermées car femmes. Enfermées car pauvres bien souvent aussi.

Enfermées pour cacher les violences sexuelles, les violences intrafamiliales.

Enfermées pour fermer les yeux.

Tout au long du XIXe siècle et pendant une grande partie du XXe siècle, des jeunes filles considérées comme des menaces sont mises dans des « écoles de préservation ».

Dans ces prisons qui n’en ont pas le nom mais en ont la forme, ces jeunes filles aspirent à des formes de liberté, d’indépendance.

Elles obliquent. Elles obstinent. Elles tempêtent.

Vanessa Desclaux raconte ces injustices de genre, ces injustices de classe, ces révoltes et ripostes à partir d’archives des « écoles de préservation » de Cadillac, Doullens, Clermont de l’Oise. Elle convoque aussi les travaux des historiens et les textes d’auteurices. Ces documents viennent ensuite dialoguer avec les œuvres photographiques d’Agnès Geoffray, des œuvres fictionnelles pour représenter ce qui manque dans les documents : de la chair, des visages, un langage à ces jeunes filles silenciées.

Un magnifique livre que je conseille à tous tant pour la beauté de l’objet que pour ce qu’il dénonce et réhabilite.

Vanessa Desclaux et Agnès Geoffray - Elles obliquent. Elles obstinent. Elles tempêtent
Vanessa Desclaux et Agnès Geoffray - Elles obliquent. Elles obstinent. Elles tempêtent
Vanessa Desclaux et Agnès Geoffray - Elles obliquent. Elles obstinent. Elles tempêtent
Vanessa Desclaux et Agnès Geoffray - Elles obliquent. Elles obstinent. Elles tempêtent

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Publié dans #Art

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