Aurélien Gautherie - L'Enfant du vent des Féroé

Publié le 6 Mars 2026

Aurélien Gautherie - L'Enfant du vent des Féroé

Narrations du large

En ouvrant ce roman, on découvre un lieu : Gjógv, un village de l’archipel des Féroé. Un village au nom imprononçable, qui n’a rien d’extraordinaire de prime abord et où soufflent les vents. Des vents qui réveillent les légendes et fouettent les hommes.

En ouvrant ce roman, on rencontre des habitants habitués à une vie rude. Surtout en ce début de XXème siècle où commence l’histoire. 1902. Jonas, sa femme Olga, sa sœur Elin et puis l’arrivée d’une enfant.

En ouvrant ce roman, on assiste à la naissance de la petite Anna. Elle ouvre à peine les yeux sur le monde qu’elle devra bientôt les fermer. Comme ce vieil homme, un pêcheur, qui lutte pour mourir le bon jour. Entre ces deux événements, cinquante années se sont écoulées. Cinquante années où la vie a tout balayé comme une tempête. Où le malheur a fait son nid.

De toute immensité.

De toute éternité.

En ouvrant ce roman, on ouvre la porte sur un monde où les hommes ont tendance à se taire alors que les lieux, les objets, eux, parlent. Ils ont voix au chapitre, ils donnent leur nom aux chapitres, ils chapitrent le roman. Ils le poétisent. Une polyphonie. Un chœur. Que peuvent bien dire un village, un bonnet ou des vents ? Tout ce que les hommes gardent en eux, en silence. 

En ouvrant ce roman, on rencontre l’Etranger, pas si étranger puisqu’il choisit d’être ici. Puisqu’il choisit de se raconter. De raconter les Hommes. D’écouter les vents. D’écrire. N’est-il pas lui aussi l’enfant du vent des Féroé ?

De toute immensité.

De toute éternité.

Dans ce premier roman superbement maîtrisé, Aurélien Gautherie ne raconte pas uniquement un drame comme tant d’autres, il nous fait voyager entre la prose et le vers libre. Entre la tragédie et la beauté. Entre la nature et les hommes. Entre le temps et la fin inéluctable. D’une plume fluide et sensible, il invite à une réflexion sur le deuil, la mémoire, la paternité, les lieux ou les êtres qui nous habitent. Il nous montre à quel point tout est relié. Pour ce faire, il convoque des images fortes, il fait la place aux silences, aux non-dits, à l’économie des mots, à la métaphore. Il convoque la puissance évocatrice de Saint-John Perse. Et malgré la dureté des moments, on y puise une force, un apaisement, un bercement.

Un premier roman dont on ne lâche pas la lecture et que l’on quitte à regret.

Publié dans #Roman

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D
Je le note celui-ci, ne serait-ce que pour nos achats en bibliothèque, je cherche de plus en plus de récits des grands espaces, des océans, des déserts, le public est de plus en plus demandeur (moi aussi en passant).
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Oui, c'est un roman qui peut plaire à un large public. Poétique tout en étant accessible. Et puis, la nature, les sentiments, le deuil...
N
Décidément, que d'enthousiasme pour ce roman (qui vient d'avoir le prix Gibert d'ailleurs)... Ca donne envie d'y jeter un oeil, le décor m'attire bien... A suivre donc.
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Et oui prix Gibert en effet. Une très bonne surprise pour ma part et ravie d'avoir "suivi le troupeau" pour une fois.
C
Un billet très tentateur. Celui-ci aussi a tout pour me plaire.
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Je ne peux que t'inciter à le découvrir :-)
V
J'ai l'impression que ce roman fait l'unanimité, il donne envie d'être lu !
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Oui, j'ai l'impression, ce qui peut être à double tranchant car on en attend du coup beaucoup. Mais, pour moi, il vaut vraiment le coup de se laisser tenter.
I
Je viens de programmer mon billet. J'ai aimé l'écriture mais j'ai été gênée par les objets narrateurs..
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Je peux comprendre que ça gêne. Moi j’aime bien quand des « inanimés » racontent.