Publié le 12 Janvier 2025
Errances
Mai 1980. Ilaria, huit ans, est récupérée à l’école par son père Fluvio : il a « les mains moites ». Elle ne le sait pas encore mais ce qui semblait être une simple promenade avant de retrouver sa mère et sa sœur se transforme en cavale de deux ans.
Les parents d’Ilaria sont séparés, la mère vit avec ses filles en Suisse et le père, sans emploi, vit à Turin. Dans l’espoir stupide de récupérer sa femme et/ou dans une volonté délibérée de lui faire du mal, Fluvio entraîne la petite dans une spirale dans laquelle il s’empêtre.
Ce très court roman est raconté à hauteur d’enfant ce qui est assez rare. On ressent tout ce qui traverse Ilaria à chaque étape de cette cavale. La gamine ne comprend pas au départ ce qui lui arrive. Elle subit sans trop broncher les événements. Puis, vient le temps où émergent des sentiments ambivalents entre l’amour qu’elle porte à son père et l’anormalité de la situation. Elle se retrouve ainsi dans un conflit de loyauté difficile à surmonter mais, ce que cette expérience lui apprend, c’est une forme de désobéissance au fur et à mesure que la confiance au père se fissure. Ilaria va progressivement refuser d’être le jouet entre ses parents, une spectatrice de la situation. C’est presque comme si elle devenait l’adulte face au père au comportement aussi destructeur que puéril.
Pour autant, l’autrice se garde bien de juger frontalement ses personnages et la situation entre les parents, même si des éléments nous permettent de saisir le contexte de cette fuite. Le sujet du roman n’est pas là mais vraiment dans ce que cette situation inédite, extraordinaire, fait naître chez la petite fille qui semble n’avoir véritablement de soutien qu’auprès de sa peluche Birillo et de personnes étrangères.
Le temps qui passe se manifeste par les flashs infos de l’autoradio et c’est là qu’on découvre l’autre aspect intéressant du roman : le parallèle entre le situation compliquée d’Ilaria et la situation explosive de l’Italie. Le pays connaît ses dernières années de plomb avec de nombreux homicides et attentats terroristes. L’instabilité du père rejoint l’instabilité politique avec beaucoup de finesse.
Ainsi, comment se construit-on dans un monde en chaos ? Comment d’affirmer, grandir sans être au cœur d’un conflit ?
J’ai beaucoup aimé ce roman à la sincérité touchante. La complexité de la situation et l’errance aussi bien réelle qu’émotionnelle sont très bien rendues. Sans doute est-ce aussi parce que l’autrice a vécu une situation proche de cette d’Ilaria que ce roman fait mouche.
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