Publié le 18 Janvier 2026

Vanessa Desclaux et Agnès Geoffray - Elles obliquent. Elles obstinent. Elles tempêtent

Résistance à la silenciation

Vagabondes. Déviantes. Vicieuses.

Elles sont trop pour une société qui leur veut peu.

Le corps féminin contrôlé, maté, mis dans le rang.

Une justice genrée pour « préserver » la société.

Une justice livrée souvent sans preuves.

Enfermées pour « préserver » une société malade, obsédée par l’ordre social et ce qui concerne la sexualité.

Qui est finalement déviante ? Ces jeunes filles ou cette société ?

Enfermées car femmes. Enfermées car pauvres bien souvent aussi.

Enfermées pour cacher les violences sexuelles, les violences intrafamiliales.

Enfermées pour fermer les yeux.

Tout au long du XIXe siècle et pendant une grande partie du XXe siècle, des jeunes filles considérées comme des menaces sont mises dans des « écoles de préservation ».

Dans ces prisons qui n’en ont pas le nom mais en ont la forme, ces jeunes filles aspirent à des formes de liberté, d’indépendance.

Elles obliquent. Elles obstinent. Elles tempêtent.

Vanessa Desclaux raconte ces injustices de genre, ces injustices de classe, ces révoltes et ripostes à partir d’archives des « écoles de préservation » de Cadillac, Doullens, Clermont de l’Oise. Elle convoque aussi les travaux des historiens et les textes d’auteurices. Ces documents viennent ensuite dialoguer avec les œuvres photographiques d’Agnès Geoffray, des œuvres fictionnelles pour représenter ce qui manque dans les documents : de la chair, des visages, un langage à ces jeunes filles silenciées.

Un magnifique livre que je conseille à tous tant pour la beauté de l’objet que pour ce qu’il dénonce et réhabilite.

Vanessa Desclaux et Agnès Geoffray - Elles obliquent. Elles obstinent. Elles tempêtent
Vanessa Desclaux et Agnès Geoffray - Elles obliquent. Elles obstinent. Elles tempêtent
Vanessa Desclaux et Agnès Geoffray - Elles obliquent. Elles obstinent. Elles tempêtent
Vanessa Desclaux et Agnès Geoffray - Elles obliquent. Elles obstinent. Elles tempêtent

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Publié le 11 Janvier 2026

Sébastien Ménestrier - La petite zone avec de la lumière

La lumière des petits riens

Novembre 2018. Bastien sort d’un séjour en maison de repos. Nous ne savons pas exactement ce qui s’est passé et ce n’est pas tellement le sujet du livre. Ce qui compte pendant les cinq mois où nous le suivons, c’est son retour à la vie, son retour dans un monde qui ne tourne pas forcément rond. Ce sont cinq mois sur la reconstruction de soi, sur la beauté et la fragilité, « sur le fil », sur le ténu.

Bastien est AESH et s’occupe ainsi à l’école du jeune Thomas en situation difficile lui aussi. Il retrouve également sa mère Coco et sa sœur Anouk. Il renoue les liens avec son fils Nino qui vit avec sa mère Fanny. Le tout est rythmé par les manifestations des gilets jaunes.

C’est le quotidien banal après un passé compliqué et c’est ce retour à la banalité qui fait surgir la beauté, la lumière. Que vaut une lumière si elle est crue, permanente, aveuglante ? Pour vivre le beau, le lumineux, il faut réussir à les déceler dans l’obscurité du monde, dans la noirceur de nos âmes.

C’est un roman loin des injonctions performatives de notre société, qui montre la blessure, la fragilité, l’accident non comme des échecs mais comme des bifurcations.

Pour l’aider dans ce retour à la vie quotidienne, Bastien écrit : l’écriture est sa petite zone de lumière ; elle lui permet de se réapproprier le monde autour de lui, les personnes qui gravitent autour de lui. Ainsi, chaque mois raconté se termine par une de ses nouvelles écrites dans la chambre jaune.

Parlons justement de l’écriture de Sébastien Ménestrier : elle épouse parfaitement son sujet par sa limpidité, sa simplicité. Pas d’effets de manche, pas de démonstration. Le texte dit ce qu’il a à dire sans son économie, dans ses silences.

On pourrait reprocher au récit de mêler trop de sujets à la fois mais n’est-on pas justement débordés par tout, par ce monde fou ?

Une bien belle surprise que ce roman lu d’une traite au cours d’un trajet en TGV et relu plus tranquillement à la maison ensuite. Parce qu’il méritait que je lui accorde davantage de temps et d’attention. Parce que je voulais entendre de nouveau ce que Bastien déclare dans ce roman : « Je veux que les gens entendent ça, les petits riens ».

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Publié dans #Roman

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Publié le 7 Janvier 2026

Véro Cazot, Carole Maurel - Mi-mouche - tome 1

Esquive et dégagement

Colette a longtemps vécu dans l’ombre de sa sœur Lison, la plus accomplie des jumelles. Mais, à l’âge de onze ans, Lison meurt dans un accident de la route.  Cet événement tragique a de grandes répercussions dans la famille : la mère qui conduisait la voiture se sent coupable et surprotège Colette. Cette dernière, elle, tente d’être à la hauteur de cette sœur parfaite, absente et pourtant trop présente, en embrassant les mêmes activités qu’elle comme la danse classique qu’elle n’apprécie pas plus que ça.

Etouffant tout désir, Colette subit régulièrement les sarcasmes de son ombre qui l’enjoint à se libérer.

Quand Colette découvre par hasard, un jour de pluie, une salle de boxe, sa carapace si fissure et les mensonges font leur apparition…

Gros coup de cœur pour cette BD qui manie avec talent l’émotion et l’humour. Les personnages sont bien décrits, les dialogues font mouche. On s’attache très vite à Colette qui se sait plus qui elle est quand elle perd sa « moitié ». Peut-on être une jeune fille pleine et entière et se détacher des barrières que l’on dresse et des pressions que la famille fixe ?

Au-delà du travail de deuil et de la boxe, cette BD montre aussi la difficulté de s’affirmer, d’avoir confiance en soi, le harcèlement… autant de thèmes qui peuvent parler à tout adolescent. Une belle réussite, j’ai hâte de lire le tome 2.

Véro Cazot, Carole Maurel - Mi-mouche - tome 1

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Publié dans #Graphique

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Publié le 6 Janvier 2026

Marie-Hélène Lafon - Hors champ

Elle ne sait pas si tous les garçons deviennent comme ça mais elle a compris, elle a vu que certains garçons, quand ils sont fils de paysans, ne choisissent pas, ne choisissent rien.

Fatum paysan

Le Cantal, près de la Santoire. Gilles, le frère. Claire, la sœur. Une nouvelle variation de destins comme Marie-Hélène Lafon sait si bien les raconter, leur donner vie.

Une variation en hors champ. Un terme que l’on peut prendre aussi bien pour ce qui est hors du champ, à l’image de la vie de Claire qui a quitté son Cantal natal pour devenir professeur à Paris et écrivain. Un terme que l’on peut prendre aussi pour ce qui est hors du cadre, pas visible, caché, invisibilisé même – parce que souvent considéré comme peu intéressant – à l’image de la vie de Gilles, resté près de la Santoire pour travailler à la ferme familiale, produire le saint-nectaire.

Là où la sœur a gagné en liberté en partant, le frère s’est aliéné en restant. Il n’avait pourtant pas le choix. Il est le fils. Celui qui doit reprendre l’exploitation familiale. Celui qui doit continuer coûte que coûte.

Nous avons un exemple de tradition patriarcale qui n’est pas en faveur de l’homme. Le privilège masculin se transforme en prison, en malédiction. Il n’y a qu’une solution pour tenir : ronger son frein, se renfermer, se taire, sortir la violence envers le père tout en restant à sa place, celle qu’on lui a assignée.

Le frère et la sœur, qui étaient proches enfants, s’éloignent aussi bien par la distance qui les sépare que par leurs vies dissemblables. Pourtant, on sent que le lien est là, malgré tout, derrière le fossé, derrière les silences, derrière les non-dits et surtout derrière les souffrances. Claire est partie mais elle garde ses réflexes de fille paysanne quand elle revient : l’ordre domestique, les relations avec le voisinage. Mais surtout, elle voit, elle sent, elle ressent ce qui se trame dans cette campagne dont elle est issue. Elle sent la solitude de Gilles, elle sent ce sentiment qu’il a d’être dépassé par un monde qui évolue trop vite pour lui, qui évolue sans lui. Il est dans une servitude pour ne pas dire un servage.

Pour nous rendre ces sentiments, cette relation familiale, Marie-Hélène Lafon alterne son regard entre le frère et la sœur et déploie toute la force, la rugosité et la simplicité de son écriture. Tout est à l’os, d’une grande justesse mais aussi d’une profonde pudeur. On est sur un fil tendu, sur le chemin de la dignité, sur le sentier d’une humanité retrouvée par les mots. Marie-Hélène Lafon fait encore mouche.

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Publié le 3 Janvier 2026

Mes perspectives littéraires 2026

Tout d’abord, je vous souhaite une bonne année 2026 en espérant qu’elle vous apporte joie et santé. 

Alors, quelle année littéraire ai-je envie de dessiner ? Je pars évidemment de mon bilan 2025 pour créer mes envies et résolutions (qui comme toutes les bonnes résolutions ne seront pas forcément tenues…). 

Attention : vous trouverez sans aucun doute certains points contradictoires les uns avec les autres mais bon c’est la complexité de l’âme humaine qui souhaite tout embrasser. 😊 

Moins lire mais lire mieux

Et oui, je reviens sur le fait que j’ai « trop lu » en 2025. J’aimerais réduire de 25% mes lectures pour 2026 (désolée, déformation professionnelle, je ressors des stats). Malgré cette réduction, j'aimerais lire un peu de tout (roman, essai, poésie, graphique), autant dire que je ne vois pas comment je vais faire. 😊 

Moins lire passe pour moi aussi par la recherche d’une meilleure « qualité » de lecture : moins de nouveautés (donc moins de découvertes aussi), plus de valeurs sûres aussi bien dans les classiques que dans du plus contemporain, plus de pavés. Je souhaite aussi prendre le temps de relire certains romans lus il y a bien trop longtemps ! J’ai eu l’idée en relisant en 2025 La Curée de Zola que j’avais détestée au lycée et que j’aime bien maintenant. Je sais que le contraire peut arriver mais j’ai vraiment envie de refaire 2/3 relectures cette année.

Acheter moins mais mieux

Moins lire c’est forcément acheter moins de livres ce qui m’embête toujours un peu quand je souhaite défendre mes librairies adorées. Je me rassure en me disant que j’achète beaucoup plus que la moyenne : ce n’est pas moi qui fais couler les librairies !

Je souhaite aussi acheter moins car les tarifs sont élevés. Alors je sais bien l’inflation, les intermédiaires et tout le tralala… mais un grand format à 21€ en moyenne voire 24/25€ pour de la littérature étrangère, c’est beaucoup. Tout comme les poches à 10€. Je le dis alors que j’ai les moyens de m’offrir régulièrement du neuf. J’ai conscience aussi qu’au vu du temps passé à lire, c’est plus rentable que d’autres offres culturelles mais ça reste un budget. Quand on est une grande lectrice comme moi, on casse la tirelire (les SP que je reçois sur une année se comptent sur les doigts d’une main mais c’est un choix).

Acheter moins c’est donc choisir et j’ai décidé de donner en priorité mon argent aux maisons d’édition indépendantes ou du moins dans des réseaux un peu moins concentrés. Pour les gros mastodontes, j’achèterai de façon épisodique (le dernier livre d’un auteur que j’aime beaucoup par exemple) ou j’emprunterai à la médiathèque.

Écumer ma PAL

Je veux moins acheter et ça tombe bien car ma PAL déborde ! Entre les livres que j’accumule depuis des années et les titres de la rentrée littéraire de l’automne dernier qui me restent encore à découvrir, ma PAL est tout simplement devenue indécente.

Je viens de me faire une PAL d’hiver, une liste de 12 livres à lire en 2026 (voir plus bas) pour désengorger tout ça.

Lire davantage de littérature étrangère 

Même si ça fait maintenant pas mal d’années que je lis plus régulièrement de la littérature étrangère, je me tourne trop facilement vers la littérature française. Je souhaite donc accentuer mes lectures étrangères surtout qu’il y a trop d’auteurs importants que je n’ai pas encore lus, notamment chez les contemporains. 

Pour autant, je ne veux pas lire non plus que de la littérature anglophone : je veux m’ouvrir davantage à des littératures européennes de langues plus minoritaires comme le hongrois, le tchèque ou le polonais. La littérature d’Europe centrale/de l’Est m’intéresse de plus en plus.  En 2025, j’ai lu plusieurs titres asiatiques, notamment japonais, et même si je n’y trouve pas toujours mon compte, j’aimerais continuer d’explorer. Enfin, il faut admettre que je ne lis presque pas de littérature africaine et c’est un tort : je me prive de tout un pan de la culture mondiale.

Femmes femmes femmes

Depuis plusieurs années, les autrices représentent 70/75% de mes lectures et ça va continuer. Je veux promouvoir les autrices qu’elles soient contemporaines ou oubliées. 

Voici une liste non exhaustive d’autrices que j’aimerais découvrir ou relire cette année et les années suivantes (j’ai au moins un titre dans ma PAL pour chacune de ces autrices) : Alice Rivaz, Marie-Claire Blais, Susan Sontag, Margaret Atwood, Marcelle Sauvageot, Olga Tokarczuk, Mieko Kawakami, Kate Chopin, Gisèle Halimi, Gabriela Cabezón Cámara, Sarah Kane, Hélène Bessette, Jakuta Alikavazovic, Anne Brontë, Helen Zahavi, Alice Zeniter, Angela Carter, Ursula K. Le Guin, Clarice Lispector, Mariana Enriquez etc. 

Continuer de lire des graphiques 

Alors je sais que certains n’aiment pas le terme graphique surtout quand il est associé à roman, mais je trouve le terme plus simple que BD/Manga. 

L’année 2025 a été marquée par ma reprise des lectures graphiques et je souhaite poursuivre en 2026 sans pour autant en lire plus (je reviens à ma volonté de réduire). Une vingtaine semble être l’idéal et ça me permettra d’alimenter assez régulièrement le RDV BD de la semaine chez Blandine, Moka, Fanny et Noukette.

J’ai déjà des réservations à la médiathèque notamment pour Watership Down, Silent Jenny, Ces lignes qui tracent mon corps… J’attends patiemment mon tour.

Continuer les challenges

Je viens de l’amorcer dans la partie graphique, je poursuis mes challenges de 2025 à savoir Les classiques c’est fantastique chez Moka et La BD de la semaine. Je poursuis bien évidemment ma lecture des Rougon-Macquart en espérant arriver à la moitié à la fin de l’année.

J’aimerais reprendre, toujours chez Moka, le Quatre saisons de pavés abandonné en cours de route l’année dernière. 

Je ne souhaite pas en revanche m’associer à d’autres défis sauf quelques lectures communes dont une sur László Krasznahorkai pour le 20 février. 

12 livres pour 2026

Jack London - Martin Eden

Romain Gary - Les racines du ciel 

László Krasznahorkai - La mélancolie de la résistance 

Louis Aragon - Aurélien 

Margaret Atwood - La servante écarlate 

Thomas Bernhard - Extinction 

Virginia Woolf - Les vagues

Gisèle Halimi - Le lait de l’oranger 

Angela Carter - Le magasin de jouets

Helen Zahavi - Dirty week-end 

Alba de Céspedes - Le cahier interdit

Mohamed Mbougar Sarr - La plus secrète mémoire des hommes

Pas facile de choisir douze livres. J’ai fait cette sélection en tenant compte de mon envie de relectures (le Martin Eden et le Aurélien et un peu Les vagues que je n’avais pas terminé), mon envie d’autrices et de la littérature étrangère.

12 livres pour 2026

12 livres pour 2026

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Publié le 30 Décembre 2025

Mon bilan littéraire 2025

Je n’ai pas l’habitude des bilans littéraires, du moins en dehors de mon petit bilan personnel de comptage des lectures dans mon petit carnet. 

Je n’ai pas l’habitude des bilans littéraires mais cette année je décide d’en faire un parce que j’ai depuis un an un nouveau blog et c’est l’endroit idéal pour faire ce type de post. Il n’aurait pas eu grand intérêt sur Instagram où le plus court est le mieux et où la photo prime sur le contenu.

Ici, on est chez moi, aucun algorithme ne vous oblige à venir me lire et si vous êtes là c’est que vous le voulez bien et que ça peut même vous intéresser. Je me sens donc bien libre de vous faire un loooong récapitulatif de cette année 2025. 😊

Je vous rassure, pas de bilan chiffré car je considère que ça n’a pas beaucoup de sens selon le format, la taille, le genre des livres. Et puis, la quantité n’est rien.

Pas de chiffres mais un constat : j’ai beaucoup plus lu cette année qu’en 2024 et 2023 et croyez le ou non, c’est trop pour moi. Je sais que c’est difficile d’admettre que l’on veuille moins lire mais c’était vraiment un objectif pour moi. C’est raté ! 

Alors comment peut-on trop lire ? Sans aucun doute pour échapper un peu à ce monde étouffant. Sans doute aussi pour éviter de me mettre sur d’autres projets (procrastination bonjour !). J’ai également eu une longue période de convalescence au début du printemps.

Si je lis toujours beaucoup de romans et de recueils de poésie, j’ai renoué cette année avec la bande dessinée en empruntant davantage à la médiathèque.  Je ne les chronique pas forcément (même si je le fais tout de même un peu) mais le constat est là et mine de rien c’est aussi cette nouvelle habitude qui augmente sérieusement mon nombre de livres lus pour 2025. Je participe aussi depuis peu au challenge BD de la semaine organisé par Blandine, Moka, Fanny et Noukette.

Parmi les autres nouveautés de 2025, un défi de taille : lire les Rougon-Macquart dans l’ordre de parution. Amorcé cette année, je suis, à l’heure où j’écris ces lignes, dans la lecture du sixième tome Son Excellence Eugène Rougon. J’espère réussir à finir ce défi en 2028 mais je ne me mets pas de pression. 

Enfin, autre grande nouveauté évoquée en préambule de ce bilan : la naissance de mon nouveau blog. Je parle bien de nouveau blog puisque j’en avais déjà un depuis 2008/2009, abandonné juste avant les confinements. 

J’ai eu envie de revenir au blog au moment où l’on se questionnait tous (et on continue de se questionner) sur la mainmise des RS par les grands manitous proches de Trump. Cependant, pour être honnête, je ne pense pas que ça a été le vrai déclic. Quelques temps avant la création de ce blog, je me suis posé la question de l’intérêt de continuer à partager ma passion pour la littérature sur les RS et notamment Instagram (qui est vraiment le seul réseau que j’utilise fréquemment). 

Les changements incessants d’algorithmes, la multiplicité des comptes n’aident pas à maintenir un intérêt. J’ai moi-même beaucoup évolué et ça ne colle pas forcément avec l’évolution des RS où l’image prend une place démesurée, où l’on se « professionnalise » (je mets des guillemets parce que si certains font un très beau boulot, pour d’autres…), où pour intéresser les gens il faut parler tout le temps de soi. Moi, je ne sais pas faire ça et j’ai longtemps cru naïvement que ça n’avait pas d’importance avant de constater la désaffection. J’ai fini par me dire que mon contenu n’avait aucune valeur ce qui est faux car j’estime fournir un contenu qualitatif (et je n’ai plus peur de me lancer des fleurs).

Après une grosse remise en question en 2024, j’ai décidé de prendre deux grandes décisions en 2025 : rester fidèle à ce qui m’intéresse de produire, quitte à perdre mon lectorat et reprendre vraiment la main sur mon contenu, retrouver un « lieu à soi ».

Alors que je pensais que ce blog resterait seulement une sorte d’archives à destination de quelques brebis égarées, j’ai eu la bonne surprise de constater assez rapidement des lecteurs, aussi bien des blogueurs que je connaissais depuis plus de quinze ans que d’autres, inconnus. Ça m’a fait du bien de renouer ce contact écrit, ce passage de témoin, ce lien littéraire que je pensais à tort un peu mort alors qu’il suffisait de l’entretenir. Pas de tape à l’œil, pas de mise en scène, juste du contenu et du lien autre que des likes qui ne disent pas forcément grand-chose.

Revenir au blog est un investissement que je ne regrette pas du tout même si je ne suis pas très réactive aux commentaires (mais je finis par répondre à tout le monde ou presque). J’ai réappris aussi à prendre le temps de lire les chroniques en entier, de lire même les commentaires là où Instagram pousse à scroller sans cesse. Au moins une fois par semaine, je prends une demi-heure ou une heure pour venir chez les autres, échanger. Et ça fait plaisir de renouer avec ce geste qui était pourtant encore familier il y a quinze ans. J’ai vraiment l’impression d’offrir et de recevoir plus que des commentaires mais une attention. Merci à vous.

Pour autant, je ne compte pas quitter Instagram pour le moment car j’y trouve encore du contenu intéressant et c’est aussi un endroit où j’aime suivre certaines personnes avec qui je ne suis pas suffisamment intimes pour les contacter autrement que par ce média. Je reste donc, je produis ce que j’ai envie de produire, je lis et like ce que je veux et c’est très bien comme ça.

Alors, quelles lectures ont marqué mon année littéraire 2025 ? Difficile de faire un choix tellement j’ai été emportée par des lectures diverses et variées.

Parmi les valeurs sûres, on retrouve surtout des autrices : La nuit au cœur de Nathacha Appanah, Les Forces de Laura Vazquez, E. E. d’Olga Tokarczuk, Trois fois la colère de Laurine Roux, Le butor étoilé de Sigolène Vinson, Pas même le bruit d’un fleuve d’Hélène Dorion, Nous sommes faits d'orage de Marie Charrel. On trouve aussi quelques auteurs avec Un jeu sans fin de Richard Powers, La nuée des âmes de Mike McCormack ou encore Haute-Folie d’Antoine Wauters.

Cette année, j’ai fait également de très belles découvertes. J’ai découvert en début d’année Moi qui n’ai pas connu les hommes de Jacqueline Harpman. J’ai enchaîné le même mois de janvier avec Après de Raphaël Meltz. Février a été marqué par Débâcle de Lize Spit, La femme de Gilles de Madeleine Boudouxhe. C’est également en février que j’ai fait la connaissance d’Eléonore de Duve avec Sophia ; j’ai tellement aimé que j’ai lu aussi son premier roman Donato en juillet.  Avril a été marqué par ma lecture ô combien réjouissante et attendue de Lolita de Nabokov mais aussi par la grâce de La vie fragile de Louise Pommeret. En juin, j’ai été marquée par le livre hybride d’Adèle Yon intitulé Mon vrai nom est Elisabeth. C’est également le mois où j’ai lu en avant-première, pour le Prix du roman Fnac, le magnifique Perpétuité de Guillaume Poix.  Enfin, en septembre, j’ai découvert la regrettée et incandescente Christine Pawlowska avec Ecarlate et Sporen de Julia Sintzen.

Peu de flops mais trois notables :  L’art de la joie de Goliarda Sapienza que j’ai abandonné, Le Pavillon d'or de Yukio Mishima et La faute de l’abbé Mouret que je n’ai pas encore chroniqué (à venir dans les prochaines semaines).

Au niveau de la petite vingtaine de BD/mangas lus, j’ai surtout retenu : La route de Manu Larcenet (non chroniqué), Les travailleurs de la mer de Michel Durand, Le voyage de Shuna de Hayao Miyazaki, les deux tomes de Gen aux pieds nus de Keiji Nakazawa, Là où vont nos pères de Shaun Tan et récemment Nepka de Séverine Vidal et Nina Ramsay et Mi-mouche – tome 1 de Véro Cazot et Carole Maurel (chroniques en 2026 !).

En vrac, la poésie lue et aimée en 2025 : Cartographie de Florence Saint-Roch, Quelque chose noir de Jacques Roubaud, Bleu Laguna de Thomas Flahaut, Ces soirs rangés dans mon tiroir de Han Kang, J’étais dans la foule de Laura Tirandaz chroniqué en même temps avec Le corps cille de Marina Skalova, Basculement-mère d’Irma Pelatan, Uashtenamu. Allumer quelque chose de Marie-Andrée Gill, Nous vous parlons d’amour de Jeanne Bénameur, Un carré de poussière d’Olivia Tapiero, Cordon tombe d’Aurélie Olivier, Le rêve d’un langage commun d’Adrienne Rich.

Ce bilan est déjà très conséquent, je vais donc m’arrêter ici. Merci si vous avez eu le courage de me lire en entier. 

Comment avez-vous vécu votre année littéraire 2025 ? 

Je reviens dans quelques jours pour vous faire un post sur mes perspectives littéraires 2026. 

Portez-vous bien en attendant. 

 

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Publié le 19 Décembre 2025

Séverine - Décharge

Décharger le silence

Imagine-toi dans une forêt sombre, silencieuse. L’air irrespirable. Les branches qui griffent le corps. Le poids des êtres qui y rodent.

Imagine-toi une forêt sombre où les monstres vivent, où les enfants sont en danger, où les ombres sont des fantômes.

Imagine-toi quarante années d’errance dans cette forêt sombre où chaque mot est tu… l’enfance avec.

Imagine-toi ce que ça fait quand la décharge arrive, quand elle te fige sur place, quand elle éclaire enfin tout en effrayant par sa puissance, par l’horreur de ce qu’elle met en lumière.

C’est ce qui arrive à Séverine. La déflagration de la mémoire traumatique qui refait surface et les mots qui manquaient tant avant : « Les mots restent au bord de tes dents ». Ces mots apparaissent enfin et finissent par « dire la dévoration ». C’est violent et pourtant c’est aussi une libération : « ton absence aurait pu durer le reste de ta vie ».

« Tu nais poupée », « une marionnette ». Une enfant avec qui l’on joue, que l’on exhibe, que l’on malmène. « Même si tu crois être le fruit de l’amour, tu viens au monde dans un interstice déchiré ». Séverine vit dans une famille d’« incestueurs », ce néologisme qui dit tout de la violence, de l’horreur. 

« Plus tard, tu découvriras par hasard le lien étymologique entre monstre et montrer ». De l’enfance exhibée, traumatisée, Séverine en fait un récit aux allures de contes de fées, ces contes qui servent à effrayer mais aussi à avertir. Un conte sous une forme poétique, avec des accents incendiaires, électriques.

Décharge comme le retour violent de la mémoire mais aussi comme un poids en moins avec les mots en plus. Délivrer, sortir enfin tout ce qui a fait mal, tout ce qui a été tu, tout ce qui a pesé. En faire à la fois une matière littéraire mais aussi une matière politique car, l’intime est forcément politique. L’occasion de montrer la responsabilité collective de ces atrocités : « chacun a sa charge » et le silence des victimes que l’on souhaite maintenir à tout prix. « La résilience arrange trop les autres qui n’en veulent savoir ni le coût ni le poids, et comptent sur la lente consolidation des compétences des victimes en matière de silence ».

Séverine a choisi d’écrire de façon anonyme (même si depuis son identité a été révélée). On pourrait penser à une volonté de se protéger mais aussi au refus d’une filiation. Elle a aussi choisi d’écrire ce texte à la deuxième personne du singulier. Peut-être une mise à distance entre la Séverine d’autrefois et celle d’aujourd’hui, mais aussi une interpellation du lecteur. Ne pas fermer les yeux. Ne pas se voiler la face. Oser affronter ce qui ne devrait advenir. Peut-être aussi ouvrir une porte pour d’autres victimes.

Avec Décharge, Séverine montre à quel point la littérature, si elle ne sauve pas, peut tout de même aider et faire réagir, mettre en lumière des sujets importants. Déterrer « une vie victorieuse bien au fond du fond du tas de fumier ».

 

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Publié le 9 Décembre 2025

Emile Zola - Le Ventre de Paris

Les Rougon-Macquart #3

Nous quittons les quartiers haussmanniens, la spéculation et les Rougon/Saccard pour les Halles, la débauche de nourriture et les Macquart.

Pourtant, le personnage principal de ce Ventre de Paris n’est pas un homme de cette famille. Du moins pas directement.

Nous sommes en 1858. Un homme affamé arrive aux portes de Paris. Il est recueilli par Madame François, une maraîchère qui l’accompagne jusqu’aux Halles. Ce jeune homme, Florent, est sorti du bagne de Cayenne où il était prisonnier à la suite de son arrestation pendant le coup d’Etat de 1851 qui instaure le Second Empire de Napoléon III. Une fois dans le « ventre de Paris », il retrouve son frère Quenu devenu un charcutier bien installé avec sa femme Lisa… Macquart (fille aînée de l’horrible Antoine et sœur de Gervaise que l'on retrouve plus tard dans L’Assommoir).  

Si Florent est un « Maigre », Lisa et Quenu sont des « Gras », des bourgeois qui ont eu la chance de toucher l’héritage du charcutier Gradelle puis ont eu l’intelligence de le faire fructifier.

Grâce à son frère, Florent obtient un poste d’inspecteur aux Halles mais que vient faire un Maigre chez les Gras ? Il suscite rapidement l’animosité des commerçants qui le trouvent suspect.

Il faut dire que Florent, épuisé par ce milieu hostile, reprend progressivement des activités politiques…

J’ai beaucoup aimé ce volet qui me faisait de l’œil depuis un moment. La scène inaugurale de l’arrivée à Paris est tellement bien écrite, tellement immersive. Un petit bijou. Les descriptions des différents pavillons de nourriture sont d’un très grand réalisme. Je vous invite même à les lire juste avant les réveillons de fin d’année pour calmer vos ardeurs gargantuesques 😊

Emile Zola use et abuse de sa comparaison entre les Maigres et les Gras. Emile arrive avec ses gros sabots comme s’il avait peur que le lecteur ne comprenne pas que les Maigres sont les pauvres, ceux qui sont victimes de la société, qui aspirent à la République et à davantage de justice contre les Gras qui sont des bourgeois satisfaits du régime impérial qui leur permet de continuer à s’enrichir. Oui Emile, tu n’es pas très subtil dans ce tome.

Il n’empêche qu’on plonge vraiment dans ce récit qui montre toute l’ignominie humaine. Florent est au cœur d’un milieu violent où les commérages et l’hypocrisie font bon ménage. Les commerçants des Halles savent aussi bien se foutre sur la gueule que s’allier quand leurs intérêts sont en jeu. Florent devient un pion dans les querelles intestines, alimentées par des commères comme Mademoiselle Saget, jamais la dernière à répandre une rumeur. Florent est utilisé, sucé jusqu’à la moelle avant d’être jeté comme un vieil os dans la gueule des chiens.

« Quels gredins que les honnêtes gens » dit Claude Lantier (que l'on retrouvera dans L’Œuvre), sans doute le seul véritable ami de Florent avec Madame François.

Avec Le Ventre de Paris, Emile Zola préfigure en douceur ce qui donnera naissance à Germinal par exemple.

RDV prochainement pour La conquête de Plassans.

Emile Zola - Le Ventre de Paris

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Publié le 1 Décembre 2025

Yukio Mishima - Le Pavillon d'or

Destruction et Beauté

Pour ce roman publié en 1956, Yukio Mishima s’inspire d’un fait divers réel, celui de l’incendie du Pavillon d’or en 1950 par un jeune moine bouddhiste. Il aurait justifié son geste par la haine de la beauté. Très perturbé, ce moine aurait eu également des griefs contre le prieur et sa propre mère.

C’est à partir de ce matériau que Yukio Mishima construit son personnage de Mizoguchi et nous le fait entrer dans sa tête grâce à un récit à la première personne.

Mizoguchi est le fils d’un bonze zen. Bègue, il est également frappé de laideur selon lui (puisque nous n’avons que sa perception) ce qui nourrit sans doute un complexe et surtout un rapport particulier à la beauté. Son père considère le Pavillon d’or comme la quintessence de la beauté ce qui suscite la curiosité de son fils. Ami de longue date avec le prieur du Pavillon, le père de Mizoguchi réussit à le faire entrer comme novice. Une carrière semble tracée pour lui surtout après le décès du père : le prieur le prend sous son aile et sa mère le pousse à devenir le prochain successeur. Mais Mizoguchi est un être sans cesse en équilibre entre la raison et la folie, cet équilibre étant caractérisé par deux amitiés très différentes : celle avec Tsurukawa, un être bon et bienveillant et celle avec Kashiwagi qui l’entraîne sur une pente destructrice. De nombreux traumatismes s’ajoutent en plus de ses handicaps physiques et de sa difficulté de perception et de relations avec les femmes… Toutes ces ambivalences se cristallisent autour du Pavillon d’or vu comme un idéal de beauté – beauté qui a d’ailleurs su échapper aux bombardements pendant la guerre – une beauté si forte qu’elle rend jaloux Mizoguchi et lui fait prendre conscience qu’elle est un obstacle dans sa vie. Il ne voit alors plus qu’une solution : incendier le temple.

La Beauté est bien évidemment le thème principal de ce roman. La beauté comme un idéal à atteindre ou au contraire à rejeter, à éliminer quand celle-ci prend trop de place, rend jaloux, rejette. La beauté a ainsi une véritable portée esthétique dont le Pavillon est le symbole. Puisque cette beauté paralyse, oppresse, exclut, il faut la détruire ce qui paradoxalement rend l’objet visé plus beau, plus parfait dans sa destruction. Le geste d’annihilation devient ainsi une forme de sublimation. On ne peut s’empêcher de faire le lien entre le roman et la propre vie et mort de Yukio Mishima. La mise en scène de son suicide dépasse même les ambitions de sa fiction.

Le roman a aussi une portée philosophique basée sur le bouddhisme zen. Je n’ai pas forcément compris toutes les références de Mishima, peu habituée à ces concepts. J’ai noté cependant le parallèle entre l’histoire du roman et le kōan (anecdote, énigme bouddhiste zen) sur le chat de Nansen, un chat disputé par deux moines et découpé en deux. La décision radicale, la destruction et l’impossibilité du langage sont les points communs.

De Yukio Mishima, je n’avais lu que Confessions d’un masque  lors de la sortie de sa nouvelle traduction chez Gallimard. Pour ma nouvelle lecture de l’auteur en ce mois de novembre du challenge Les classiques c’est fantastique consacré à ses livres, j’ai jeté mon dévolu sur son roman le plus célèbre… et malgré sa richesse esthétique et philosophique et le talent indéniable de l'auteur, j’avoue n’avoir pas eu un grand plaisir de lecture. Il faut avouer que je ne l'ai pas lu non plus au bon moment. J’ai au moins la satisfaction d’avoir enfin lu ce « monument » de la littérature japonaise.

Traduit du japonais par Marc Mécréant.

Les classiques c'est fantastique - saison 6 - novembre 2025

Les classiques c'est fantastique - saison 6 - novembre 2025

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Publié le 23 Novembre 2025

Marina Skalova - Le corps cille et Laura Tirandaz - J'étais dans la foule

Corps virgules

Deux recueils chez une même maison d’édition. Deux poétesses. Deux couvertures bleues. Il y a comme un petit air de famille… et ça ne s’arrête pas là.

Marina Skalova et Laura Tirandaz, deux voix qui « s’enlanguent », s’entrelanguent pour parler du corps.

Chez Laura Tirandaz, la solitude de l’être parmi des milliers de visages, le corps solitaire dans une foule de corps, le corps féminin (mais aussi masculin) dans un corps social où règne la violence du pouvoir.

« Ton corps qui se fait virgule » écrit-elle dans un des poèmes, faisant écho aux vers de Marina : « au début n’étais qu’une virgule », « tu cédilles / tu virgules tu / parenthèses ».

Les corps, des virgules dans des récits que l’on écrit sans penser à eux. Quelque chose d’infime, et pourtant, tout le monde sait l’importance d’une virgule dans une phrase, ce qu’elle fait, le sens qu’elle donne ou pas.

« Dédale piège refuge » écrit Laura Tirandaz dans J’étais dans la foule, recueil qui évoque notamment la vie en Iran et la répression qui y règne mais sa poésie va sans aucun doute au-delà de ce pays : elle peut parler à tout corps, à tout esprit qui pense et a sans doute du mal à parler, à dire, à évoquer. Le corps est le terrain de l’indicible, de l’intime profané, parfois une enveloppe qui semble vide – « et corps se dépeuple » répond Marina Skalova. Le sentiment de vide, de trouble, de vacillement nous envahit sans cesse, surtout quand on est une femme.

Marina Skalova, dans Le corps cille, raconte la dépossession du corps avec la maternité, ce décalage du « je » au « tu » qui advient, cet accouchement poétique aux forceps. Pour évoquer ce décalage, elle écrit en trois langues : le français, l’allemand et le russe (en version romanisée même si le cyrillique refait surface à la fin du recueil). Ce n’est pas une première fois : dans Atemnot, elle avait déjà mêlé le français avec l’allemand. Je ne peux que me souvenir de la phrase de Marina Tsvetaeva, en exergue d’Atemnot, disant « Ecrire des poèmes, c’est déjà traduire ». Dans Le corps cille, nous avons à la fois le même texte traduit mais forcément avec des variations : traduire c’est un peu trahir mais c’est surtout ajouter des couches, des façons de dire, de couvrir.

Deux magnifiques recueils que je vous invite à découvrir.

Marina Skalova - Le corps cille

Marina Skalova - Le corps cille

Marina Skalova - Le corps cille

Marina Skalova - Le corps cille

Laura Tirandaz - J'étais dans la foule

Laura Tirandaz - J'étais dans la foule

Laura Tirandaz - J'étais dans la foule

Laura Tirandaz - J'étais dans la foule

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Publié dans #Poésie

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