Publié le 4 Février 2026

Séverine Vidal et Nina Ramsey - Nepka

Grande ourse et petite ourse

Un très gros coup de cœur pour cette BD découverte grâce à Moka Milla.

Sur l’île d’Hokkaido, dans ce Japon ancien, nous suivons la vie d’un village de la communauté autochtone aïnoue. Des chasseurs récupèrent le bébé d’une ourse tuée. Selon la tradition, cet ourson doit vivre au sein du village avant d’être offert ensuite en sacrifice à l’âge adulte afin que son esprit devienne bienfaisant pour toute la communauté. La jeune Nepka s’attache à celle qu’elle finit par considérer comme une sœur et refuse le sort promis ce qui aboutit à un événement dramatique et à un exil.

Pendant quatre saisons, on suit Nepka dans un voyage initiatique aussi violent que magnifique parce qu’il oblige à faire ressortir d’elle. Plongée dans un monde onirique et pourtant effrayant, Nepka longtemps prise dans un conflit de loyautés, finit par se libérer et trouver sa propre voie.

Si cette BD est magnifique par l’histoire qui nous est contée par Séverine Vidal – ce lien à la nature, au vivant mais aussi le poids des traditions et de la transmission – elle l’est tout autant pour ses splendides illustrations de Nina Ramsey. Le lecteur navigue dans différentes gammes de couleurs : des bleus turquoises, des verts profonds, des orangés… Ces couleurs marquent les saisons que traversent Nepka, invitent à la méditation, à la contemplation. Les traits précis mais légers ainsi que les pastels apportent une très grande douceur dans ce récit pourtant marqué par la violence mais laissant sa part au rêve.

J’ai beaucoup aimé découvrir cette communauté aïnoue plutôt méconnue en France et qui compte aujourd’hui seulement quelques milliers de représentants en Russie et dans le nord du Japon.

Je ne peux que vous inviter à découvrir ce petit bijou qu’on rapproche souvent de Miyazaki mais je trouve dommage de le réduire à cette filiation (pas fausse mais pas totalement vraie non plus) car, comme Nepka, cette BD mérite de voler de ses propres ailes…

Séverine Vidal et Nina Ramsey - Nepka
Séverine Vidal et Nina Ramsey - Nepka
Séverine Vidal et Nina Ramsey - Nepka
Séverine Vidal et Nina Ramsey - Nepka
Séverine Vidal et Nina Ramsey - Nepka

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Publié le 1 Février 2026

Bruno Doucey - Glaciers

Sous la glace

« Les glaciers chantent, les glaciers pleurent ».

Les glaciers vivent, les glaciers meurent.

274 531 glaciers recensés dans le monde. Ça semble beaucoup. C’est pourtant si peu au vu de l’accélération de leur disparition avec le réchauffement climatique.

« Le froid

ne se tient pas à distance

de l’effondrement ».

Avec les glaciers qui fondent, c’est « la beauté du monde qui fond entre [nos] mains ».

Avant que cette beauté du monde ne fonde, s’effondre, Bruno Doucey apporte son regard, la force du langage poétique pour conter ces glaciers et répondre à ces questions : « qui meurt ici ? / de quelle haine ? »

Le recueil est divisé en trois parties : la marche lente des glaciers, carnet d’une glaciologue et l’effondrement des sentinelles. Le poète livre un travail exigeant de construction où l’on passe de la description poétique des glaciers, du froid, de la neige, du gel à une prise de conscience politique affirmée.

De l’inventaire à la Prévert du langage, du lexique, de la morphologie de la glace, nous passons, par la fragilité du glacier minutieusement décrit, par la révélation de nos propres fragilités, fractures, cassures et silences. Tout fond, tout s’effondre et pourtant nous restons de marbre. Le silence glace.

La glaciologue qui prend la parole au milieu du livre, très fortement inspirée de Heïdi Sevestre, nous montre les dégâts, la catastrophes, collecte ce qui est encore là et ne sera bientôt plus. Une mise en alerte dans l’espoir d’éveiller nos sens face à l’insensé qui se déroule à vitesse grand V. Redonner du sens : « Prendre soin du vivant. Et si c’était d’abord cela, le sens de notre vie sur Terre ? ».

Enfin vient le temps de l’action pour donner sens à nos vies. L’action au-delà des catastrophes, des COP dont on doute parfois de leur utilité.

Si le recueil est fort par sa charge politique, il l’est aussi par sa mise en page qui épouse littéralement son sujet. Esther Szac est la « typoglace » qui donne vie sur la page, qui donne forme à la neige, aux pentes, à la fonte, aux cassures, aux fractures. Elle donne corps au travail du poète, elle donne corps aux glaciers. Et parce que Bruno Doucey aime donner du sens mais aussi éveiller les autres sens, une version sonore de quelques poèmes existe grâce à un QR Code.

Bruno Doucey - Glaciers
Bruno Doucey - Glaciers
Bruno Doucey - Glaciers
Bruno Doucey - Glaciers

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Publié le 26 Janvier 2026

Marcelle Sauvageot - Laissez-moi

Lettres au médiocre

« Je me marie… Notre amitié demeure… »

Ce sont avec ces mots qu’une jeune femme, en séjour dans un sanatorium, reçoit la rupture avec celui qu’elle pensait être son « double », son « bébé ». C’est le choc puis la colère.

Dans des lettres d’une simplicité et d’une justesse incroyables, la jeune femme livre à la fois ses questionnements, ses doutes mais, surtout elle brosse avec ironie et maturité un portrait saisissant de cet homme médiocre, lâche.

« Dois-je douter de l’amour ou de vous ? »

La rupture permet à la jeune femme de définir ce qu’elle considère comme de l’amour, ce qui en fait sa force, sa beauté. Lui ne semble vouloir que son bonheur personnel et une femme soumise. Elle démontre avec acuité les formulations toutes faites que certains hommes écrivent, ces formulations qui louent les qualités des femmes qu’ils quittent pour mieux faire passer la pilule.

La jeune femme démonte, désacralise… et bannit.

Ces lettres, elle ne les envoie pas car elle ne veut même plus entendre parler de lui. Elle ne peut revoir un homme qui se comporte ainsi. Elle ne peut revoir un homme qui l’abandonne malade pour son propre « bonheur ».

Ces lettres, elle ne les envoie pas car ce ne sont plus des réponses mais un dialogue avec elle-même, un « commentaire » pour reprendre le titre initial de ce court texte.

Ces lettres auraient dû faire date dans la littérature féminine par le refus de la complaisance, par le feu et la dignité qu’elles dégagent. Elles ont été oubliées après le décès par tuberculose de l’autrice à seulement trente-quatre ans. Depuis quelques années, elles refont surface parce qu’elles sont encore d’une modernité incroyable.

Texte relu après quelques années pour le challenge « Les classiques c’est fantastique » de Moka Milla consacré en ce mois de janvier aux courriers.

Les classiques c'est fantastique - saison 6 - janvier 2026

Les classiques c'est fantastique - saison 6 - janvier 2026

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Publié le 21 Janvier 2026

Jean-Paul Krassinsky et Bérangère Cournut - De pierre et d’os

Inukshuk

Lors d’une nuit glaciale, la banquise se fracture, séparant la jeune Uqsuralik de sa famille. Son père a juste le temps de lui lancer un harpon et une peau d’ours avant de lui dire adieu. Uqsuralik débute un long périple de survie dans ce monde hostile où elle peut cependant compter sur ses qualités de chasseuse et sur ses chiens qu’elle retrouve. Elle finit par être recueillie par un groupe d’hommes et de femmes. Mais Uqsuralik n’est pas en sécurité pour autant…

J’avais lu il y a quelques années le roman de Bérangère Cournut qui livrait un très beau portrait de femme que l’on suit de son adolescence à l’âge mûr. Une femme avec une vie faite de dureté, de violence mais aussi de douceur et de force.

Jean-Paul Krassinsky a su faire une très belle et fidèle adaptation. Le dessinateur parvient à faire ressortir du roman les images, les sensations, les émotions, la poésie de ce monde arctique et de ses habitants. Les planches font la part belle aux paysages à la fois oniriques et menaçants.

Je vous recommande chaudement cette BD – que vous ayez ou non lu le roman – qui est une ode aux légendes, aux us et coutumes, au mode de vie des inuits et à l’importance de la transmission.

Jean-Paul Krassinsky et Bérangère Cournut - De pierre et d’os
Jean-Paul Krassinsky et Bérangère Cournut - De pierre et d’os
Jean-Paul Krassinsky et Bérangère Cournut - De pierre et d’os

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Publié le 18 Janvier 2026

Vanessa Desclaux et Agnès Geoffray - Elles obliquent. Elles obstinent. Elles tempêtent

Résistance à la silenciation

Vagabondes. Déviantes. Vicieuses.

Elles sont trop pour une société qui leur veut peu.

Le corps féminin contrôlé, maté, mis dans le rang.

Une justice genrée pour « préserver » la société.

Une justice livrée souvent sans preuves.

Enfermées pour « préserver » une société malade, obsédée par l’ordre social et ce qui concerne la sexualité.

Qui est finalement déviante ? Ces jeunes filles ou cette société ?

Enfermées car femmes. Enfermées car pauvres bien souvent aussi.

Enfermées pour cacher les violences sexuelles, les violences intrafamiliales.

Enfermées pour fermer les yeux.

Tout au long du XIXe siècle et pendant une grande partie du XXe siècle, des jeunes filles considérées comme des menaces sont mises dans des « écoles de préservation ».

Dans ces prisons qui n’en ont pas le nom mais en ont la forme, ces jeunes filles aspirent à des formes de liberté, d’indépendance.

Elles obliquent. Elles obstinent. Elles tempêtent.

Vanessa Desclaux raconte ces injustices de genre, ces injustices de classe, ces révoltes et ripostes à partir d’archives des « écoles de préservation » de Cadillac, Doullens, Clermont de l’Oise. Elle convoque aussi les travaux des historiens et les textes d’auteurices. Ces documents viennent ensuite dialoguer avec les œuvres photographiques d’Agnès Geoffray, des œuvres fictionnelles pour représenter ce qui manque dans les documents : de la chair, des visages, un langage à ces jeunes filles silenciées.

Un magnifique livre que je conseille à tous tant pour la beauté de l’objet que pour ce qu’il dénonce et réhabilite.

Vanessa Desclaux et Agnès Geoffray - Elles obliquent. Elles obstinent. Elles tempêtent
Vanessa Desclaux et Agnès Geoffray - Elles obliquent. Elles obstinent. Elles tempêtent
Vanessa Desclaux et Agnès Geoffray - Elles obliquent. Elles obstinent. Elles tempêtent
Vanessa Desclaux et Agnès Geoffray - Elles obliquent. Elles obstinent. Elles tempêtent

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Publié le 11 Janvier 2026

Sébastien Ménestrier - La petite zone avec de la lumière

La lumière des petits riens

Novembre 2018. Bastien sort d’un séjour en maison de repos. Nous ne savons pas exactement ce qui s’est passé et ce n’est pas tellement le sujet du livre. Ce qui compte pendant les cinq mois où nous le suivons, c’est son retour à la vie, son retour dans un monde qui ne tourne pas forcément rond. Ce sont cinq mois sur la reconstruction de soi, sur la beauté et la fragilité, « sur le fil », sur le ténu.

Bastien est AESH et s’occupe ainsi à l’école du jeune Thomas en situation difficile lui aussi. Il retrouve également sa mère Coco et sa sœur Anouk. Il renoue les liens avec son fils Nino qui vit avec sa mère Fanny. Le tout est rythmé par les manifestations des gilets jaunes.

C’est le quotidien banal après un passé compliqué et c’est ce retour à la banalité qui fait surgir la beauté, la lumière. Que vaut une lumière si elle est crue, permanente, aveuglante ? Pour vivre le beau, le lumineux, il faut réussir à les déceler dans l’obscurité du monde, dans la noirceur de nos âmes.

C’est un roman loin des injonctions performatives de notre société, qui montre la blessure, la fragilité, l’accident non comme des échecs mais comme des bifurcations.

Pour l’aider dans ce retour à la vie quotidienne, Bastien écrit : l’écriture est sa petite zone de lumière ; elle lui permet de se réapproprier le monde autour de lui, les personnes qui gravitent autour de lui. Ainsi, chaque mois raconté se termine par une de ses nouvelles écrites dans la chambre jaune.

Parlons justement de l’écriture de Sébastien Ménestrier : elle épouse parfaitement son sujet par sa limpidité, sa simplicité. Pas d’effets de manche, pas de démonstration. Le texte dit ce qu’il a à dire sans son économie, dans ses silences.

On pourrait reprocher au récit de mêler trop de sujets à la fois mais n’est-on pas justement débordés par tout, par ce monde fou ?

Une bien belle surprise que ce roman lu d’une traite au cours d’un trajet en TGV et relu plus tranquillement à la maison ensuite. Parce qu’il méritait que je lui accorde davantage de temps et d’attention. Parce que je voulais entendre de nouveau ce que Bastien déclare dans ce roman : « Je veux que les gens entendent ça, les petits riens ».

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Publié le 7 Janvier 2026

Véro Cazot, Carole Maurel - Mi-mouche - tome 1

Esquive et dégagement

Colette a longtemps vécu dans l’ombre de sa sœur Lison, la plus accomplie des jumelles. Mais, à l’âge de onze ans, Lison meurt dans un accident de la route.  Cet événement tragique a de grandes répercussions dans la famille : la mère qui conduisait la voiture se sent coupable et surprotège Colette. Cette dernière, elle, tente d’être à la hauteur de cette sœur parfaite, absente et pourtant trop présente, en embrassant les mêmes activités qu’elle comme la danse classique qu’elle n’apprécie pas plus que ça.

Etouffant tout désir, Colette subit régulièrement les sarcasmes de son ombre qui l’enjoint à se libérer.

Quand Colette découvre par hasard, un jour de pluie, une salle de boxe, sa carapace si fissure et les mensonges font leur apparition…

Gros coup de cœur pour cette BD qui manie avec talent l’émotion et l’humour. Les personnages sont bien décrits, les dialogues font mouche. On s’attache très vite à Colette qui se sait plus qui elle est quand elle perd sa « moitié ». Peut-on être une jeune fille pleine et entière et se détacher des barrières que l’on dresse et des pressions que la famille fixe ?

Au-delà du travail de deuil et de la boxe, cette BD montre aussi la difficulté de s’affirmer, d’avoir confiance en soi, le harcèlement… autant de thèmes qui peuvent parler à tout adolescent. Une belle réussite, j’ai hâte de lire le tome 2.

Véro Cazot, Carole Maurel - Mi-mouche - tome 1

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Publié le 6 Janvier 2026

Marie-Hélène Lafon - Hors champ

Elle ne sait pas si tous les garçons deviennent comme ça mais elle a compris, elle a vu que certains garçons, quand ils sont fils de paysans, ne choisissent pas, ne choisissent rien.

Fatum paysan

Le Cantal, près de la Santoire. Gilles, le frère. Claire, la sœur. Une nouvelle variation de destins comme Marie-Hélène Lafon sait si bien les raconter, leur donner vie.

Une variation en hors champ. Un terme que l’on peut prendre aussi bien pour ce qui est hors du champ, à l’image de la vie de Claire qui a quitté son Cantal natal pour devenir professeur à Paris et écrivain. Un terme que l’on peut prendre aussi pour ce qui est hors du cadre, pas visible, caché, invisibilisé même – parce que souvent considéré comme peu intéressant – à l’image de la vie de Gilles, resté près de la Santoire pour travailler à la ferme familiale, produire le saint-nectaire.

Là où la sœur a gagné en liberté en partant, le frère s’est aliéné en restant. Il n’avait pourtant pas le choix. Il est le fils. Celui qui doit reprendre l’exploitation familiale. Celui qui doit continuer coûte que coûte.

Nous avons un exemple de tradition patriarcale qui n’est pas en faveur de l’homme. Le privilège masculin se transforme en prison, en malédiction. Il n’y a qu’une solution pour tenir : ronger son frein, se renfermer, se taire, sortir la violence envers le père tout en restant à sa place, celle qu’on lui a assignée.

Le frère et la sœur, qui étaient proches enfants, s’éloignent aussi bien par la distance qui les sépare que par leurs vies dissemblables. Pourtant, on sent que le lien est là, malgré tout, derrière le fossé, derrière les silences, derrière les non-dits et surtout derrière les souffrances. Claire est partie mais elle garde ses réflexes de fille paysanne quand elle revient : l’ordre domestique, les relations avec le voisinage. Mais surtout, elle voit, elle sent, elle ressent ce qui se trame dans cette campagne dont elle est issue. Elle sent la solitude de Gilles, elle sent ce sentiment qu’il a d’être dépassé par un monde qui évolue trop vite pour lui, qui évolue sans lui. Il est dans une servitude pour ne pas dire un servage.

Pour nous rendre ces sentiments, cette relation familiale, Marie-Hélène Lafon alterne son regard entre le frère et la sœur et déploie toute la force, la rugosité et la simplicité de son écriture. Tout est à l’os, d’une grande justesse mais aussi d’une profonde pudeur. On est sur un fil tendu, sur le chemin de la dignité, sur le sentier d’une humanité retrouvée par les mots. Marie-Hélène Lafon fait encore mouche.

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Publié le 3 Janvier 2026

Mes perspectives littéraires 2026

Tout d’abord, je vous souhaite une bonne année 2026 en espérant qu’elle vous apporte joie et santé. 

Alors, quelle année littéraire ai-je envie de dessiner ? Je pars évidemment de mon bilan 2025 pour créer mes envies et résolutions (qui comme toutes les bonnes résolutions ne seront pas forcément tenues…). 

Attention : vous trouverez sans aucun doute certains points contradictoires les uns avec les autres mais bon c’est la complexité de l’âme humaine qui souhaite tout embrasser. 😊 

Moins lire mais lire mieux

Et oui, je reviens sur le fait que j’ai « trop lu » en 2025. J’aimerais réduire de 25% mes lectures pour 2026 (désolée, déformation professionnelle, je ressors des stats). Malgré cette réduction, j'aimerais lire un peu de tout (roman, essai, poésie, graphique), autant dire que je ne vois pas comment je vais faire. 😊 

Moins lire passe pour moi aussi par la recherche d’une meilleure « qualité » de lecture : moins de nouveautés (donc moins de découvertes aussi), plus de valeurs sûres aussi bien dans les classiques que dans du plus contemporain, plus de pavés. Je souhaite aussi prendre le temps de relire certains romans lus il y a bien trop longtemps ! J’ai eu l’idée en relisant en 2025 La Curée de Zola que j’avais détestée au lycée et que j’aime bien maintenant. Je sais que le contraire peut arriver mais j’ai vraiment envie de refaire 2/3 relectures cette année.

Acheter moins mais mieux

Moins lire c’est forcément acheter moins de livres ce qui m’embête toujours un peu quand je souhaite défendre mes librairies adorées. Je me rassure en me disant que j’achète beaucoup plus que la moyenne : ce n’est pas moi qui fais couler les librairies !

Je souhaite aussi acheter moins car les tarifs sont élevés. Alors je sais bien l’inflation, les intermédiaires et tout le tralala… mais un grand format à 21€ en moyenne voire 24/25€ pour de la littérature étrangère, c’est beaucoup. Tout comme les poches à 10€. Je le dis alors que j’ai les moyens de m’offrir régulièrement du neuf. J’ai conscience aussi qu’au vu du temps passé à lire, c’est plus rentable que d’autres offres culturelles mais ça reste un budget. Quand on est une grande lectrice comme moi, on casse la tirelire (les SP que je reçois sur une année se comptent sur les doigts d’une main mais c’est un choix).

Acheter moins c’est donc choisir et j’ai décidé de donner en priorité mon argent aux maisons d’édition indépendantes ou du moins dans des réseaux un peu moins concentrés. Pour les gros mastodontes, j’achèterai de façon épisodique (le dernier livre d’un auteur que j’aime beaucoup par exemple) ou j’emprunterai à la médiathèque.

Écumer ma PAL

Je veux moins acheter et ça tombe bien car ma PAL déborde ! Entre les livres que j’accumule depuis des années et les titres de la rentrée littéraire de l’automne dernier qui me restent encore à découvrir, ma PAL est tout simplement devenue indécente.

Je viens de me faire une PAL d’hiver, une liste de 12 livres à lire en 2026 (voir plus bas) pour désengorger tout ça.

Lire davantage de littérature étrangère 

Même si ça fait maintenant pas mal d’années que je lis plus régulièrement de la littérature étrangère, je me tourne trop facilement vers la littérature française. Je souhaite donc accentuer mes lectures étrangères surtout qu’il y a trop d’auteurs importants que je n’ai pas encore lus, notamment chez les contemporains. 

Pour autant, je ne veux pas lire non plus que de la littérature anglophone : je veux m’ouvrir davantage à des littératures européennes de langues plus minoritaires comme le hongrois, le tchèque ou le polonais. La littérature d’Europe centrale/de l’Est m’intéresse de plus en plus.  En 2025, j’ai lu plusieurs titres asiatiques, notamment japonais, et même si je n’y trouve pas toujours mon compte, j’aimerais continuer d’explorer. Enfin, il faut admettre que je ne lis presque pas de littérature africaine et c’est un tort : je me prive de tout un pan de la culture mondiale.

Femmes femmes femmes

Depuis plusieurs années, les autrices représentent 70/75% de mes lectures et ça va continuer. Je veux promouvoir les autrices qu’elles soient contemporaines ou oubliées. 

Voici une liste non exhaustive d’autrices que j’aimerais découvrir ou relire cette année et les années suivantes (j’ai au moins un titre dans ma PAL pour chacune de ces autrices) : Alice Rivaz, Marie-Claire Blais, Susan Sontag, Margaret Atwood, Marcelle Sauvageot, Olga Tokarczuk, Mieko Kawakami, Kate Chopin, Gisèle Halimi, Gabriela Cabezón Cámara, Sarah Kane, Hélène Bessette, Jakuta Alikavazovic, Anne Brontë, Helen Zahavi, Alice Zeniter, Angela Carter, Ursula K. Le Guin, Clarice Lispector, Mariana Enriquez etc. 

Continuer de lire des graphiques 

Alors je sais que certains n’aiment pas le terme graphique surtout quand il est associé à roman, mais je trouve le terme plus simple que BD/Manga. 

L’année 2025 a été marquée par ma reprise des lectures graphiques et je souhaite poursuivre en 2026 sans pour autant en lire plus (je reviens à ma volonté de réduire). Une vingtaine semble être l’idéal et ça me permettra d’alimenter assez régulièrement le RDV BD de la semaine chez Blandine, Moka, Fanny et Noukette.

J’ai déjà des réservations à la médiathèque notamment pour Watership Down, Silent Jenny, Ces lignes qui tracent mon corps… J’attends patiemment mon tour.

Continuer les challenges

Je viens de l’amorcer dans la partie graphique, je poursuis mes challenges de 2025 à savoir Les classiques c’est fantastique chez Moka et La BD de la semaine. Je poursuis bien évidemment ma lecture des Rougon-Macquart en espérant arriver à la moitié à la fin de l’année.

J’aimerais reprendre, toujours chez Moka, le Quatre saisons de pavés abandonné en cours de route l’année dernière. 

Je ne souhaite pas en revanche m’associer à d’autres défis sauf quelques lectures communes dont une sur László Krasznahorkai pour le 20 février. 

12 livres pour 2026

Jack London - Martin Eden

Romain Gary - Les racines du ciel 

László Krasznahorkai - La mélancolie de la résistance 

Louis Aragon - Aurélien 

Margaret Atwood - La servante écarlate 

Thomas Bernhard - Extinction 

Virginia Woolf - Les vagues

Gisèle Halimi - Le lait de l’oranger 

Angela Carter - Le magasin de jouets

Helen Zahavi - Dirty week-end 

Alba de Céspedes - Le cahier interdit

Mohamed Mbougar Sarr - La plus secrète mémoire des hommes

Pas facile de choisir douze livres. J’ai fait cette sélection en tenant compte de mon envie de relectures (le Martin Eden et le Aurélien et un peu Les vagues que je n’avais pas terminé), mon envie d’autrices et de la littérature étrangère.

12 livres pour 2026

12 livres pour 2026

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Publié le 30 Décembre 2025

Mon bilan littéraire 2025

Je n’ai pas l’habitude des bilans littéraires, du moins en dehors de mon petit bilan personnel de comptage des lectures dans mon petit carnet. 

Je n’ai pas l’habitude des bilans littéraires mais cette année je décide d’en faire un parce que j’ai depuis un an un nouveau blog et c’est l’endroit idéal pour faire ce type de post. Il n’aurait pas eu grand intérêt sur Instagram où le plus court est le mieux et où la photo prime sur le contenu.

Ici, on est chez moi, aucun algorithme ne vous oblige à venir me lire et si vous êtes là c’est que vous le voulez bien et que ça peut même vous intéresser. Je me sens donc bien libre de vous faire un loooong récapitulatif de cette année 2025. 😊

Je vous rassure, pas de bilan chiffré car je considère que ça n’a pas beaucoup de sens selon le format, la taille, le genre des livres. Et puis, la quantité n’est rien.

Pas de chiffres mais un constat : j’ai beaucoup plus lu cette année qu’en 2024 et 2023 et croyez le ou non, c’est trop pour moi. Je sais que c’est difficile d’admettre que l’on veuille moins lire mais c’était vraiment un objectif pour moi. C’est raté ! 

Alors comment peut-on trop lire ? Sans aucun doute pour échapper un peu à ce monde étouffant. Sans doute aussi pour éviter de me mettre sur d’autres projets (procrastination bonjour !). J’ai également eu une longue période de convalescence au début du printemps.

Si je lis toujours beaucoup de romans et de recueils de poésie, j’ai renoué cette année avec la bande dessinée en empruntant davantage à la médiathèque.  Je ne les chronique pas forcément (même si je le fais tout de même un peu) mais le constat est là et mine de rien c’est aussi cette nouvelle habitude qui augmente sérieusement mon nombre de livres lus pour 2025. Je participe aussi depuis peu au challenge BD de la semaine organisé par Blandine, Moka, Fanny et Noukette.

Parmi les autres nouveautés de 2025, un défi de taille : lire les Rougon-Macquart dans l’ordre de parution. Amorcé cette année, je suis, à l’heure où j’écris ces lignes, dans la lecture du sixième tome Son Excellence Eugène Rougon. J’espère réussir à finir ce défi en 2028 mais je ne me mets pas de pression. 

Enfin, autre grande nouveauté évoquée en préambule de ce bilan : la naissance de mon nouveau blog. Je parle bien de nouveau blog puisque j’en avais déjà un depuis 2008/2009, abandonné juste avant les confinements. 

J’ai eu envie de revenir au blog au moment où l’on se questionnait tous (et on continue de se questionner) sur la mainmise des RS par les grands manitous proches de Trump. Cependant, pour être honnête, je ne pense pas que ça a été le vrai déclic. Quelques temps avant la création de ce blog, je me suis posé la question de l’intérêt de continuer à partager ma passion pour la littérature sur les RS et notamment Instagram (qui est vraiment le seul réseau que j’utilise fréquemment). 

Les changements incessants d’algorithmes, la multiplicité des comptes n’aident pas à maintenir un intérêt. J’ai moi-même beaucoup évolué et ça ne colle pas forcément avec l’évolution des RS où l’image prend une place démesurée, où l’on se « professionnalise » (je mets des guillemets parce que si certains font un très beau boulot, pour d’autres…), où pour intéresser les gens il faut parler tout le temps de soi. Moi, je ne sais pas faire ça et j’ai longtemps cru naïvement que ça n’avait pas d’importance avant de constater la désaffection. J’ai fini par me dire que mon contenu n’avait aucune valeur ce qui est faux car j’estime fournir un contenu qualitatif (et je n’ai plus peur de me lancer des fleurs).

Après une grosse remise en question en 2024, j’ai décidé de prendre deux grandes décisions en 2025 : rester fidèle à ce qui m’intéresse de produire, quitte à perdre mon lectorat et reprendre vraiment la main sur mon contenu, retrouver un « lieu à soi ».

Alors que je pensais que ce blog resterait seulement une sorte d’archives à destination de quelques brebis égarées, j’ai eu la bonne surprise de constater assez rapidement des lecteurs, aussi bien des blogueurs que je connaissais depuis plus de quinze ans que d’autres, inconnus. Ça m’a fait du bien de renouer ce contact écrit, ce passage de témoin, ce lien littéraire que je pensais à tort un peu mort alors qu’il suffisait de l’entretenir. Pas de tape à l’œil, pas de mise en scène, juste du contenu et du lien autre que des likes qui ne disent pas forcément grand-chose.

Revenir au blog est un investissement que je ne regrette pas du tout même si je ne suis pas très réactive aux commentaires (mais je finis par répondre à tout le monde ou presque). J’ai réappris aussi à prendre le temps de lire les chroniques en entier, de lire même les commentaires là où Instagram pousse à scroller sans cesse. Au moins une fois par semaine, je prends une demi-heure ou une heure pour venir chez les autres, échanger. Et ça fait plaisir de renouer avec ce geste qui était pourtant encore familier il y a quinze ans. J’ai vraiment l’impression d’offrir et de recevoir plus que des commentaires mais une attention. Merci à vous.

Pour autant, je ne compte pas quitter Instagram pour le moment car j’y trouve encore du contenu intéressant et c’est aussi un endroit où j’aime suivre certaines personnes avec qui je ne suis pas suffisamment intimes pour les contacter autrement que par ce média. Je reste donc, je produis ce que j’ai envie de produire, je lis et like ce que je veux et c’est très bien comme ça.

Alors, quelles lectures ont marqué mon année littéraire 2025 ? Difficile de faire un choix tellement j’ai été emportée par des lectures diverses et variées.

Parmi les valeurs sûres, on retrouve surtout des autrices : La nuit au cœur de Nathacha Appanah, Les Forces de Laura Vazquez, E. E. d’Olga Tokarczuk, Trois fois la colère de Laurine Roux, Le butor étoilé de Sigolène Vinson, Pas même le bruit d’un fleuve d’Hélène Dorion, Nous sommes faits d'orage de Marie Charrel. On trouve aussi quelques auteurs avec Un jeu sans fin de Richard Powers, La nuée des âmes de Mike McCormack ou encore Haute-Folie d’Antoine Wauters.

Cette année, j’ai fait également de très belles découvertes. J’ai découvert en début d’année Moi qui n’ai pas connu les hommes de Jacqueline Harpman. J’ai enchaîné le même mois de janvier avec Après de Raphaël Meltz. Février a été marqué par Débâcle de Lize Spit, La femme de Gilles de Madeleine Boudouxhe. C’est également en février que j’ai fait la connaissance d’Eléonore de Duve avec Sophia ; j’ai tellement aimé que j’ai lu aussi son premier roman Donato en juillet.  Avril a été marqué par ma lecture ô combien réjouissante et attendue de Lolita de Nabokov mais aussi par la grâce de La vie fragile de Louise Pommeret. En juin, j’ai été marquée par le livre hybride d’Adèle Yon intitulé Mon vrai nom est Elisabeth. C’est également le mois où j’ai lu en avant-première, pour le Prix du roman Fnac, le magnifique Perpétuité de Guillaume Poix.  Enfin, en septembre, j’ai découvert la regrettée et incandescente Christine Pawlowska avec Ecarlate et Sporen de Julia Sintzen.

Peu de flops mais trois notables :  L’art de la joie de Goliarda Sapienza que j’ai abandonné, Le Pavillon d'or de Yukio Mishima et La faute de l’abbé Mouret que je n’ai pas encore chroniqué (à venir dans les prochaines semaines).

Au niveau de la petite vingtaine de BD/mangas lus, j’ai surtout retenu : La route de Manu Larcenet (non chroniqué), Les travailleurs de la mer de Michel Durand, Le voyage de Shuna de Hayao Miyazaki, les deux tomes de Gen aux pieds nus de Keiji Nakazawa, Là où vont nos pères de Shaun Tan et récemment Nepka de Séverine Vidal et Nina Ramsay et Mi-mouche – tome 1 de Véro Cazot et Carole Maurel (chroniques en 2026 !).

En vrac, la poésie lue et aimée en 2025 : Cartographie de Florence Saint-Roch, Quelque chose noir de Jacques Roubaud, Bleu Laguna de Thomas Flahaut, Ces soirs rangés dans mon tiroir de Han Kang, J’étais dans la foule de Laura Tirandaz chroniqué en même temps avec Le corps cille de Marina Skalova, Basculement-mère d’Irma Pelatan, Uashtenamu. Allumer quelque chose de Marie-Andrée Gill, Nous vous parlons d’amour de Jeanne Bénameur, Un carré de poussière d’Olivia Tapiero, Cordon tombe d’Aurélie Olivier, Le rêve d’un langage commun d’Adrienne Rich.

Ce bilan est déjà très conséquent, je vais donc m’arrêter ici. Merci si vous avez eu le courage de me lire en entier. 

Comment avez-vous vécu votre année littéraire 2025 ? 

Je reviens dans quelques jours pour vous faire un post sur mes perspectives littéraires 2026. 

Portez-vous bien en attendant. 

 

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Publié dans #Divers

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