Publié le 20 Septembre 2026

Cristian Fulaş - Iochka

Sans dire un mot, le vieil homme semblait raconter l’histoire du monde entier, il semblait dire que les mots sont inutiles, la pensée les rassemble au même instant et quoi que l’on puisse dire dans des formes savamment tournées, rien n’égale cette simplicité en grandeur et en piété.

Vies roumaines

Il suffit parfois de se rendre à un événement littéraire – le festival Atlantide en mars dernier, de venir écouter un auteur inconnu sur deux conférences, pour avoir l’irrésistible envie de découvrir son œuvre.

Ce jour de mars 2026, je suis ressortie de ce festival avec uniquement un livre acheté mais quel livre !

Quand on débute ce roman, on fait la rencontre avec Iochka, un homme presque centenaire qui sillonne ivre les routes de cette vallée roumaine des Carpates avec sa vieille voiture. Il fabrique du charbon de bois pour vivre. La grande particularité d’Iochka est qu’il est taiseux. Et là, le lecteur se dit, bon sang j’ai entre les mains un livre de 500 pages qui parle d’un taiseux, je ne suis pas sorti de l’auberge ! Mais, Cristian Fulaş est suffisamment fou et surtout talentueux pour réussir le pari de raconter la vie de cet homme, une « vie minuscule » comme dirait Pierre Michon, sur un siècle de grands bouleversements politiques. Et c’est le vieux Iochka, par le truchement de la mémoire qui nous fait le bilan de sa vie et de son pays par flash-backs.

Iochka, avant d’être ce vieillard taiseux et passablement alcoolique, en a connu des « belles » : l’enrôlement dans l’armée roumaine pendant la Seconde Guerre mondiale, la détention dans un camp soviétique avant de retrouver la Roumanie, dans un trou paumé mais qui connaît, malgré tout, les conséquences de la construction du socialisme et la dureté du régime de Ceauşescu. Iochka contribue ainsi avec toute sa communauté, de façon involontaire, à ce grand mouvement : construction d’une ligne de chemin de fer, d’un asile (qui semble davantage enfermer des opposants politiques que des fous) …

Dans cette vie très simple et rude, Iochka trouve le salut dans l’amour qu’il porte à la belle Ilona avec qui il a une connexion physique et émotionnelle rare. Ilona est décrite aussi bien comme une icône que comme une femme sûre de son corps et de ses envies.

L’amitié est aussi au cœur de ce roman, une amitié masculine entre quatre hommes que tout oppose mais que tout rassemble également : le contremaître du chantier, le pope, le médecin et Iochka. Ça s’engueule beaucoup, sur la religion, sur la politique, sur tout et n’importe quoi. Cependant, ils savent se retrouver autour d’une bouteille de palinča dont il ne vaut mieux pas connaître la teneur en alcool. Mais, surtout, ils savent faire bloc quand le pire arrive notamment la maladie et la mort. Ils sont soudés car ils sont sur le même bateau.

Cristian Fulaş a livré un roman à la construction maîtrisée, à l’écriture brillante, avec des personnages hauts en couleur et inoubliables tant ils marquent de leur empreinte. L’auteur nous les rend attachants, tant il a su nous embarquer avec eux pour ressentir leurs émotions.  L’humour n’est pas absent non plus et les joutes verbales entre le quatuor le montrent bien.

J’ai tout de même une remarque à faire. Ce roman est très masculin et pas uniquement parce qu’il évoque des amitiés masculines. Les deux femmes du roman sont un peu piégées dans les représentations mi-putes, mi-madones et le sexe masculin est – forcément – un énorme engin. Alors, c’est sans aucun doute du second degré, mais bon… il fallait bien que je trouve un petit point négatif pour contrebalancer un peu cette chronique dithyrambique. 😉

Cependant, vous l’avez compris, j’ai beaucoup aimé ce roman et je vous le recommande. Si je l’ai lu cet été, je trouve qu’il est parfait pour une lecture cet automne ou cet hiver, sous un plaid, avec un thé ou un café.

Je compte bien suivre la carrière littéraire de cet auteur singulier.

Traduit par Florica et Jean-Louis Courriol.

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Publié dans #Roman

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Publié le 17 Septembre 2026

Anaïs Llobet - Ceux qui nous frappent

Suicide forcé

16 décembre 2025. Dans la salle d’audience 403 du tribunal de Rennes comparaît Charles Lévin pour un motif peu courant : harcèlement moral sur conjoint ayant mené au suicide. Depuis le 30 juillet 2020, une loi adoptée par le Parlement permet de poursuivre une personne pour suicide forcé.

Pendant trois jours, de nombreuses personnes d’origines diverses – personnel judiciaire, journalistes, partie civile, témoins, expert, vigile... – vont se côtoyer durant cette audience visant à déterminer si Sara Messina, ancienne boxeuse et compagne de Charles Lévin, a été victime de ce dernier. Nouria, la mère de Sara, en est convaincue tout comme des amies de sa fille et leur avocate Maître Oriane Bellois. Charles Lévin, défendu par Maître Lise de Guermont et soutenu par son père Stanislas, se retrouve à devoir montrer le visage du parfait petit ami. La salle 403 devient symboliquement une salle de boxe où chacun lutte, attaque, défend.

Ces trois jours vont montrer le fossé entre la rigueur du droit et le réel qui prend bien souvent des chemins de traverse.

On doit statuer en fonction de son intime conviction mais les récits livrés par chacune des parties invitent sans cesse au doute.

Comment concilier l’inconciliable ? Est-ce qu’un texte de loi suffit à garantir et permettre la justice ?

Anaïs Llobet parvient avec brio à livrer les éléments à charge et à décharge, à construire les zones d’ombre et les mécanismes d’emprise, de manipulation tout en ayant suffisamment de recul pour ne pas livrer un roman à thèse.

L’autrice place la littérature là où le droit ne peut pas aller, dans l’arrière-boutique, dans tout ce qui entoure l’audience et interfère (ou pas) avec elle. Elle montre ainsi l’affaire dans toute sa complexité judiciaire mais aussi sociale et intime.

Elle donne chair aux personnages, aux liens entre eux, là où règnent surtout les pièces à conviction, les témoignages, les réquisitoires et les plaidoiries. Le roman est tellement bien travaillé, tellement bien documenté et ainsi tellement passionnant qu’on ne le lâche pas. 

La littérature permet aussi d’aller au-delà de l’audience, vers d’autres voies possibles, pas forcément les plus morales mais, elles ont le mérite de permettre d’agir. Le roman montre ainsi que le boulot est bien loin d’être terminé sur les féminicides tant sur le plan juridique que social.

Une fois de plus, Anaïs Llobet s’est attaquée à un sujet social fort avec grand talent. C’est un plaisir sans cesse renouvelé de la lire

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Publié dans #Roman, #Féminisme

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Publié le 13 Septembre 2026

Gabrielle Filteau-Chiba - La robe en feu

Exuvie

Dans son précédent recueil La forêt barbelée, Gabrielle Filteau-Chiba parlait déjà de la beauté de la forêt, de ses dangers mais aussi de la quête de sens dans une vie. Le tout était rythmé par les quatre saisons.

Avec La robe en feu, l’autrice nous livre à nouveau un recueil rythmé en sept mouvements qui sont comme autant d’étapes vers une nouvelle mue. Lécher les blessures, panser l’âme, sortir enfin de ce corps trop étroit qui entrave la liberté, voler ou courir vers l’ailleurs qui peut être aussi le retour chez soi, libéré de toute entrave.

Exuvie est le mot qui sied ainsi le mieux à ce recueil et à ce que la poétesse raconte. Il m’apparaît de plus en plus que l’on pourrait qualifier sa poésie de poésie-phénix : le lieu d’écriture où tout naît, grandit, subit, meurt pour mieux renaître de ses cendres, se régénérer.

La conscience de soi, de son âme, de ce que l’on ne veut plus accepter, de ce que l’on désire, de ce qui nous forge. De la mue, en passant par l’érotisme, les origines allemandes ou encore les incendies, Gabrielle Filteau-Chiba nous livre un recueil qui redonne de quoi respirer, de quoi vivifier la pensée et le corps, de quoi adoucir les plaies dans ce monde où tout va mal, où tout brûle, avec la beauté de sa puissance poétique.

En toute fin du recueil, la poétesse reprend un passage de l’essayiste québécois Etienne Beaulieu sur les forces de la Nature, sur le besoin de sortir de la sidération, de l’écoanxiété : « Le meilleur remède à l’écoanxiété c’est de sortir de chez soi et d’aller en forêt »… du moins ce qu’il en reste

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Publié dans #Ecologie, #Poésie

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Publié le 11 Septembre 2026

Julia Kerninon - La dernière des Wilberforce

Revenge

Quel plaisir de retrouver la plume de Julia Kerninon avec ce nouveau roman ! Si j’avais plutôt apprécié les deux précédents, je n’avais pas retrouvé la magie de mes premières lectures de l’autrice. Là, j’ai retrouvé ce que j’aime chez Julia Kerninon.

Tout commence un matin où Waldo Schnabel reçoit un appel de sa mère Diane pour le convier à une fête chez elle, sur une presqu’île. Cette invitation étonne Waldo car ses parents se tiennent à distance de lui depuis plusieurs années, depuis un jour d’été où leurs vies ont basculé.

L’invitation est ainsi l’occasion pour remonter le fil des années, sur cette presqu’île, au temps où, enfants, Waldo et son frère Adam passent leurs étés dans l’hôtel des Wilberforce. Ils développent rapidement des liens fusionnels avec les sœurs Wilberforce, Annabel et Olivia. Les mères, Diane Schnabel et Eva Wilberforce deviennent également très proches.

Mais, au fur et à mesure des années, et avec l’entrée dans l’adolescence, des tensions et des rivalités naissent. Jusqu’au jour du drame…

Julia Kerninon nous offre un roman passionnant, où tous les éléments sont distillés au fur et à mesure pour maintenir le lecteur en haleine. Nous sommes à la fois dans un drame familial mais également un thriller psychologique : plus on avance dans le récit, plus l’atmosphère s’alourdit, plus les non-dits s’installent, plus le ressentiment se fait présent. On retrouve les thèmes chers à l’autrice, notamment le rapport à la maternité mais aussi la violence sous toutes ses formes.

Alors oui, certaines choses sont un peu convenues, attendues mais, franchement, j’ai eu un très grand plaisir de lecture.

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Publié dans #Roman, #Féminisme

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Publié le 9 Septembre 2026

Lola Lafon et Pénélope Bagieu - La nuit retrouvée

Songe d’une nuit d’été

L’affiche avait tout pour plaire : Lola Lafon et Pénélope Bagieu, ensemble pour un album, ensemble pour une histoire de femme. De quoi se réjouir.

Et pourtant, même si j’ai passé un bon moment, j’ai fini ma lecture un peu déçue. J’en attendais sûrement trop de la part des deux femmes.

Une nuit d’été dans les Landes, une mère de famille reçoit chez elle ses trois enfants – deux garçons et une fille. Ses enfants sont devenus des adultes avec leurs propres préoccupations, leurs propres centres d’intérêt. S’ils aiment profondément leur mère, on sent qu’ils sont différents de celle qui leur a donné la vie. C’est pourtant durant cette nuit que la mère va révéler un secret à sa fille.

J’ai aimé retrouver le trait de Pénélope Bagieu, cette façon qu’elle a de croquer ses personnages. L’histoire avait aussi tout pour me plaire : sensibilité, humour. On se sent bien avec les personnages, on les aime, on a vraiment l’impression d’être avec eux.

Alors pourquoi une déception me direz-vous ?

J’ai trouvé qu’il manquait beaucoup d’interactions entre la mère et la fille pendant l’aveu. Je les ai sentis plus éloignées que proches l’une de l’autre. La mère fait pourtant une révélation qui pourrait davantage surprendre et j’ai eu l’impression qu’elle était quand même bien seule dans son récit, même si la fin montre la fille agir pour sa mère.

Lola Lafon et Pénélope Bagieu ont voulu mettre les femmes de la famille au centre du récit mais j’avoue que j’aurais aimé que les fils soient de la partie justement pour confronter les réactions, les points de vue, donner plus de chair. C’est un choix scénaristique, je le comprends, je l’accepte mais j’aurais aimé que ce soit différent.

Bref, vous l’avez compris, je trouve beaucoup de qualité à cette belle BD, c’est juste que je n’ai pas trouvé ce que j’espérais et les deux autrices n’y sont pour rien.

Lola Lafon et Pénélope Bagieu - La nuit retrouvée
Lola Lafon et Pénélope Bagieu - La nuit retrouvée
Lola Lafon et Pénélope Bagieu - La nuit retrouvée

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Publié dans #Graphique

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Publié le 7 Septembre 2026

Arnaud Dudek - Le collectionneur d'adieux

… toi, tu presses pas des feuilles mais des souvenirs, des sentiments. C’est encore plus fort.

Milo est un adolescent comme les autres. Et peut-être aussi pas comme les autres.

Milo a entamé une collection.

Il ne s’agit ni de timbres, ni de cartes Pokémon, ni de pin’s, ni d’images Panini.

Non, ce qui intéresse Milo, ce sont les adieux.

Des adieux par dizaines. Par centaines. Peut-être même par milliers.

Assemblés, reliés, gravés, classés dans un cahier bleu.

Ça lui est venu comme ça, avec le départ de son frère aîné Enzo pour l’Espagne.

Il s’est mis à les traquer. Qu’ils soient grands ou petits.

Oui mais, « est-ce qu’un adieu, c’est toujours définitif ? »

Que cache cette collection et surtout que cache ce jeune ado qui la poursuit ?

Qu’est-ce qu’il poursuit, lui ?

En attendant de le savoir, il mène sa petite vie à Nancy comme sa petite collection d’adieux.

Avec de petits moments. Comme ceux passés avec sa cousine Farah, qui se rêve boxeuse professionnelle ou sa copine Léonie qui n’a cessé de déménager et semble à part, différente… un peu comme lui quoi.

Avec de grands moments. Ceux qui ne sont pas toujours joyeux et peuvent même être graves : « L’histoire est toujours la même : des étoiles naissent, d’autres disparaissent ». Que fait-on de ces adieux là ?

Et que fait-on quand le rêve le plus secret est de « devenir quelqu’un qu’on écouterait pour ses mots » ?

Une fois de plus, Arnaud Dudek nous offre un roman sensible sur les difficultés, les fragilités mais aussi les espoirs de l’adolescence. Au fil de ses romans, il montre à quel point il parvient à se glisser dans la peau de ces personnages dans cette période charnière où tout est possible mais où l'on dit aussi adieu à plein de choses et notamment à l’enfance.

L’écriture d’Arnaud Dudek est toujours aussi fluide et élégante. Il sait parfaitement se saisir du langage adolescent et rendre son Milo très attachant. Tout sonne juste et on sent que l’auteur parvient non seulement à observer avec acuité le monde qui l’entoure mais aussi les souvenirs qu’il a enfouis en lui, comme un entomologiste. Car on imagine bien Arnaud Dudek avec son petit cahier bleu dans sa tête d’adulte et peut-être même d’adolescent.

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Publié dans #Roman

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Publié le 6 Septembre 2026

Olivia Laing - Lonely City

La solitude, commençais-je à comprendre, était un lieu très habité : une ville en soi.

Olivia Laing

In my solitude

Alors qu’Olivia Laing quitte l’Angleterre pour vivre avec son petit ami à New York, leur relation prend fin. L’auteurice se retrouve ainsi seul.e dans cette ville étrangère immense. La solitude s’installe et lui donne matière à réfléchir sur ce sentiment qui embrasse beaucoup de gens à un moment ou un autre de leur vie.

Si la solitude n’est pas forcément synonyme d’isolement, elle est souvent entâchée par la honte. Être solitaire, c’est faire avec l’absence, avec le manque de lien et c’est plutôt tabou dans nos sociétés qui encouragent à faire réseau.

L’auteurice décide de consacrer une grande partie de son enquête aux arts visuels dans la représentation du sentiment de solitude. En les rassemblant, iel se confronte aussi aux personnes à l’origine de ces œuvres. La plupart sont des artistes des années 60/70/80 en marge, des outsiders, souvent des personnes LGBT, avec la plupart du temps des enfances difficiles et pour certains des addictions ou la maladie, notamment le Sida. Nous suivons principalement les figures d’Edward Hopper, d’Andy Warhol, de Henry Darger, de Klaus Nomi et surtout de David Wojnarowicz. Ces artistes, auxquels Olivia en ajoute bien d’autres (et des artistes femmes également), ont fait eux aussi l’expérience de la solitude et ont su non seulement faire une représentation de cet état mais également faire de l’art une arme contre elle. L’art comme outil pour communiquer, partager, briser le silence… et consoler aussi ceux qui admirent les œuvres, même des décennies après leur réalisation.

Olivia Laing trace ainsi une cartographie toute personnelle de la solitude à partir de son expérience, de ces artistes mais également à l’aide de la philosophie ou encore de la psychologie. Il en résulte un ouvrage très documenté, très solide, passionnant même si très foisonnant et dispersé. Il donne aussi à voir le visage d’une ville qui a beaucoup évolué au fil des décennies, davantage encore sous le règne de Rudy Giuliani.

Olivia Laing aborde également, de façon intelligente, les réseaux sociaux, utilisée pour combler un vide mais qui, bien souvent, renforcent davantage le sentiment de solitude et la dépression qui peut en découler. Les likes comme coups d’éclat, leur absence comme coups de hache. Et encore, le livre est sorti initialement dans le monde anglophone en 2016 (et oui, il a fallu attendre dix ans pour sa publication en France !), il y aurait encore bien des choses à compléter dans cette partie.

J’ai été ravie de découvrir le travail d’Olivia Laing qui avait vraiment tout pour me plaire : New York, la solitude et l’art. J’espère que les éditions Gallimard continueront de publier ses autres essais.

Traduit de l’anglais par Stéphane Roques

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Publié dans #Art, #Essai

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Publié le 2 Septembre 2026

Jean-Baptiste Del Amo - Une éclaircie

Habiter le monde après l’effraction

Comment habiter le monde après l’effraction ?

C’est la question que se pose Jean-Baptiste Del Amo quand la maladie fait irruption dans sa vie, au moment où il s’installe dans une nouvelle demeure, la maison des cerfs, avec son compagnon.

Comment habiter ce corps qui trahit, qui diminue, qui donne le sentiment d’être dissocié, fragmenté – sans compter la douleur ?

Quelques mois après le diagnostic, dans une période de répit fragile qui l’angoisse, on lui propose de participer à la collection « Ma nuit au musée ». Immédiatement, il pense aux Pinturas negras de Goya exposées au musée du Prado.

Comment ne pas voir un lien, un dialogue même sur la perception du monde modifiée par la maladie entre l’auteur et le peintre, malade lui aussi au moment de la création des peintures noires ?

Dans Une éclaircie, dans le ciel orageux de la maladie, Jean-Baptiste Del Amo livre un récit intime, introspectif à la seconde personne du singulier, comme pour tenter de mettre à distance, comme pour conjurer le sort. Un récit « fragmenté et kaléidoscopique » à l’image de l’expérience de la maladie.

Comment la maladie change la focale. Comment elle nourrit de nouvelles expériences. Comment elle oblige aussi à lutter. Comment elle rapproche aussi des individus dans des lieux et des temps différents, réunis malgré tout par l’art et ce combat. L’écriture, plus enrobée habituellement dans ses romans, épouse davantage la sobriété ici, comme pour dire les choses avec honnêteté, avec rigueur.

Un bien bel opus dans cette collection qui recèle beaucoup de pépites

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Publié dans #Roman, #Art

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Publié le 31 Août 2026

Marcel Pagnol - Marius

« Tu me fends le cœur »

Pour débuter cette nouvelle saison des Classiques c’est fantastique de Moka Milla, nous devions lire cet été Marcel Pagnol. Je me suis rendue compte que je l’avais déjà pas mal lu puisque j’ai lu adolescente les quatre tomes de ses Souvenirs d’enfance mais aussi Manon des sources (sans avoir lu Jean de Florette d’ailleurs). Je pensais jeter mon dévolu sur La fille du puisatier et j’ai finalement opté pour Marius, premier volet de la Trilogie Marseillaise, parce que si j’ai vu le film, je n’avais pas encore lu la pièce.

Cette pièce a été jouée pour la première fois à Paris le 9 mars 1929, deux ans avant son adaptation cinématographique, qui met à l’honneur le comédien Raimu, ami fidèle de Pagnol, dans le rôle de César.

Marius est un jeune homme de vingt-deux ans qui travaille avec son père César, le patron du bar de la Marine sur le port de Marseille. Au bar, on trouve des clients réguliers comme le maître-voilier Panisse, le capitaine de ferry-boat Escartefigue, le Lyonnais travaillant aux Douanes M. Brun ou encore le mendiant Piquoiseau.

Marius n’est pas insensible aux charmes de Fanny, la marchande de coquillages qui travaille en face du bar avec sa mère Honorine.

Fanny devient l’enjeu d’une rivalité entre Panisse et Marius mais c’est sans compter l’appel du large…

Enorme succès populaire au théâtre et encore davantage grâce au cinéma, Marius est devenu, avec les autres pièces de la trilogie, une véritable vitrine de Marseille, de sa culture, de son mode de vie, de son (franc) parler. Tout le monde connaît au moins la scène du jeu de manille avec le fameux « Tu me fends le cœur » de Marius. La pièce, en quatre actes, est très bien écrite, très bien rythmée et offre d’autres pépites comme la scène des quatre tiers ou encore les envolées lyriques de Honorine. Elle a conservé tout son potentiel comique même si, évidemment, pour le lecteur d’aujourd’hui, certaines choses ne vieillissent pas très bien (les remarques sexistes et l’utilisation du mot nègre).

Les classiques c'est fantastique - Saison 7 - Août 2026

Les classiques c'est fantastique - Saison 7 - Août 2026

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Publié le 30 Août 2026

Andrea Thominot - Depuis quand les oiseaux

Métamorphoiseau

Tout commence avec des milliers d’oiseaux « qui s’accaparent le ciel »,

Des milliers d’oiseaux « à la place des arbres / partis depuis longtemps / les arbres calcinés arrachés asphyxiés ».

C’est ironique quand on sait que les oiseaux sont de moins en moins nombreux, année après année.

Les miroirs se brisent, les masques tombent.

La parole est répétée puis disparaît.

« ils sont arrivés dans la nuit

et ont mis le monde à l’envers ».

Dans ce long poème narratif, les oiseaux n’attaquent pas les humains comme dans le film d’Hitchcock.

Non, les oiseaux obligent les humains à se regarder en face, pour de vrai.

C’est pourtant difficile quand on donne le même visage, uniforme à tout le monde.

Le monde du travail, capitaliste, réduit les personnes à des corps sans visage, à des bras, à des gestes.

On s’adapte, on fait des efforts, on change de personnalité… mais rien n’y fait…

On s’ennuie, on tourne en rond, on ne trouve pas le sommeil… on erre… sans but, sans visage.

Les oiseaux sont des milliers à rappeler que l’homme est en cage, aliéné, avec une liberté apparente.

Les oiseaux amorcent la métamorphose.

« depuis que les oiseaux sont là,

Tout se dérègle à merveille » :

C’est ironique quand on sait que c’est l’Homme qui dérègle.

Les oiseaux permettent de retrouver une normalité, de mettre de côté, d’oublier l’avant.

L’espoir d’un changement, d’un renouveau se fait jour :

« et lentement

pas trop vite

nous tentons de refaire

recommencer la langue

comme on construit un nid

mot par mot

lentement ».

Mot par mot, lentement, Andrea Thominot recommence notre monde, tente de lui trouver un nouveau langage, où les oiseaux et les hommes, les hommes entre eux se font la paix, s’ouvrent, tentent un avenir désirable.

Et même si on ne peut pas refaire le monde,

« on peut déjà faire mieux avec ce qui est là ».

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Publié dans #Poésie, #Ecologie

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