Publié le 16 Août 2026
Et au milieu coule une rivière
Nous sommes dans la première moitié du XIXe siècle, au moulin Dorlcote qui siège au bord de la rivière Floss. Nous suivons deux enfants : Tom et Maggie Tulliver dont le père est propriétaire du moulin. La vie s’écoule paisiblement, comme cette rivière. Une enfance faite de parties de pêche et de jeux même si l’on découvre rapidement que Tom et Maggie sont différents : Tom ressemble davantage à la branche maternelle, les Dodson, et se comporte comme un petit coq, avec cette supériorité que l’époque donne aux hommes. Il n’hésite pas à être dur et condescendant envers sa sœur qui lui voue pourtant un culte. Maggie, elle, est plus du côté des Tulliver, brune aux yeux noirs, le négatif de sa cousine Lucy dont Mme Tulliver admire les si belles boucles et son tempérament calme. Maggie est une enfant vive, intelligente, passionnée de littérature mais, elle n’est pas taillée dans l’étoffe de l’idéal féminin victorien (le roman est publié en 1860).
La première rupture est la mise en pension de Tom où il étudie avec Philip, le fils de l’ennemi juré de son père, le notaire Wakem.
La seconde rupture a lieu à l’adolescence quand M. Tulliver, homme en révolte mais peu doué en affaires, perd un procès et du même coup la propriété du Moulin qui passe aux mains de Wakem. Tom, seize ans, tient coûte que coûte à redorer l’image de son père et à récupérer le moulin. Rien ne pourra se mettre en travers de cette volonté, et encore moins Maggie qui va découvrir la peine et la souffrance …
La vie devient tempétueuse, tout comme la Floss…
Je voulais lire George Eliot depuis un moment sans oser m’y mettre (il faut dire que ses livres sont de beaux pavés). Le lancement par Nicole de son été avec les deux George a permis de sauter le pas et pour mon plus grand plaisir !
George Eliot a vraiment l’art de nous embarquer dans son récit. On s’attache immédiatement à ses personnages et surtout à Maggie, figure féminine puissante, indépendante mais victime de la société dans laquelle elle évolue. George Eliot a mis beaucoup de sa personne dans ce personnage, pour ne pas dire que Maggie est une sorte de miroir de l’autrice. J’ai aussi beaucoup apprécié les tantes de Tom et Maggie, les sœurs Dodson, qui représentent parfaitement toute la rigidité de l’époque et ce qu’on attend des femmes. Les scènes de réunion de famille sont les plus réussies du roman ainsi que celle du marchandage entre Bob Jakin, un colporteur, ami de Tom et Maggie, avec l’une des sœurs Dodson, Mme Glegg. Je n’ai pas pu m’empêcher de sourire tout au long de ce dialogue savoureux.
C’est justement là aussi la grande qualité de George Eliot : être capable d’écrire un livre très romanesque tout en étant très critique de la société anglaise de l’époque, usant du sarcasme et de l’ironie avec brio.
J’ai été heureuse de voir, plus de cent cinquante ans avant notre époque, une scène qui interroge le consentement.
Enfin, malgré la critique assez vive de la religion par l’autrice (qui s’explique par sa biographie), Maggie est vraiment une figure christique dans ce roman.
Comme vous pouvez le constater, ma première rencontre avec George Eliot a été merveilleuse et j’ai vraiment hâte de poursuivre la lecture de son œuvre. Je ferai par contre attention au choix de l’édition car celle que je viens de lire n’est pas du tout idéal, non pas pour la traduction mais pour l’absence d’appareil critique ce qui est moyen pour une œuvre aussi riche et importante.
Traduit de l’anglais par Lucienne Molitor.
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